Close

Le jour où j’ai fini par accoucher (c’était pas trop tôt)

Chloé est une de nos lectrices et une jeune mère à l'humour mordant. Tous les mois, elle partage sur Rockie son expérience de la grossesse et de la maternité. Dans cette septième chronique, elle te parle de son accouchement, et des surprises qui vont avec.

Temps de lecture : 5 minutes


Retrouve toutes les chroniques de Chloé sur la grossesse et la maternité en cliquant sur ce lien !

Si tu lis cette chronique depuis le début, tu te dis probablement « Oh-la-la j’ai l’impression que cette fille est enceinte depuis au moins un millénaire. » À ce stade de l’histoire, c’était aussi mon impression même si paradoxalement je ne m’étais jamais sentie moins prête à être mère.

La faute peut-être à ces connaissances « bien intentionnées » qui me conseillaient de profiter de ces derniers jours de latence pour faire TOUT ce que j’aimais dans ma vie de nullipare. Restaurant, coiffeur, cinéma, soirée en amoureux, bientôt plus rien de cela ne serait possible. Jamais.

Qui est prête à passer le restant de sa vie au bagne ? Pas moi.

Bien que l’optique de me retrouver flanquée d’un braillard insomniaque dont le seul but serait de me pomper les nichons jusqu’à ce qu’il en jaillisse du sang ne m’enchantait pas, la marche arrière n’était plus possible à ce stade et ce qui devait arriver arriva, non sans surprise.

On a beau se préparer à l’accouchement pendant neuf mois, il peut arriver que le moment venu, la confusion soit plus grande que prévu.

Surprise d’accouchement numéro 1 : on ne sait pas toujours quand ça commence.

Si tu es enceinte, que tu as été enceinte un jour ou bien que tu nourris une curiosité certaine pour les choses de la vie, tu te demandes probablement comment on sait que le travail commence.

Personnellement, je me suis désespérément raccrochée à la toute fin de cet épisode de Friends, où Rachel, dont le terme est dépassé depuis une semaine, ressent soudain quelque chose (la nature de ce quelque chose reste non identifiée à ce jour) et sait que le moment est venu de se rendre à l’hôpital.

Par pur confort mental, j’ai fait abstraction de l’épisode suivant où on peut la voir passer 48 heures en salle de travail, prouvant qu’en fait Rachel Green est comme tout le monde : bien incapable d’identifier avec certitude le début des opérations.

Contrairement à moi, Rachel n’avait pas dans son entourage une horde de mères aguerries pour la recadrer et lui expliquer avec toute la pédagogie possible que : « Rachel, ma chérie, cette sensation étrange qui vient de naître dans le tréfonds de ton ventre, ce n’est pas le bébé qui arrive, mais un gaz coincé, probablement causé par toute la nourriture épicée que tu viens de manger avec Ross. »

J’ai passé une bonne demi-journée à me plaindre de nouveaux symptômes de grossesse un peu pénibles, avant que ma bande de copines ne réussisse à me convaincre de consulter, puisqu’elles étaient persuadées que j’avais fissuré la poche des eaux.

Je me suis donc rendue à la maternité en traînant des pieds, prête à dégainer mon plus beau « AH BAH VOUS VOYEZ JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT ! ». Je n’en ai malheureusement pas eu le loisir puisque mes amies avaient raison et moi pas.

Surprise numéro 2 : un premier accouchement, c’est souvent très long

Je vois une main qui se lève au fond de la salle pour m’informer que c’est faux, puisque sa professeure d’art plastique de 4ème a accouché dans le taxi qui l’amenait à la maternité.

Le cas particulier ne définit pas la statistique et s’il y aura toujours des gens un peu agaçants pour me contredire, dans la plupart des cas un premier accouchement peut durer des heures voire des jours.

Exposée ainsi, l’information a de quoi inquiéter et lorsque l’on me demande combien de temps exactement a duré le mien, je m’adonne avec fourberie au jeu préféré des jeunes parents : terroriser les nullipares. 36 heures les gars ! Lancer un chiffre anxiogène sans contexte ça fait son petit effet à chaque fois.

Pour des raisons narratives, je passe sous silence le fait que contrairement au fantasme ancré dans l’imaginaire collectif, je n’étais absolument pas ligotée à la table médicale d’une salle de travail froide à l’hygiène douteuse.

La vérité, c’est que lorsque j’ai finalement compris qu’il se passait quelque chose, j’avais déjà fait la moitié du chemin et que mis à part les quelques heures dont je parle plus bas, j’ai passé la majeure partie du travail chez moi à boulotter des chips devant des émissions de télé-réalité.

Surprise numéro 3 : un accouchement ça fait vraiment mal. Vraiment.

Alors là, tu te dis : ok, je vais arrêter de lire cet article et retourner tresser des bracelets brésiliens, au moins j’aurais fait quelque chose d’utile de ma journée. N’ayant pas vécu dans une grotte à l’écart du monde au cours de ces 30 dernières années, je savais, comme toi, que mettre un enfant au monde n’avait rien d’une promenade champêtre un beau jour de printemps.

Mais si mon savoir théorique était rodé, il m’a fallu attendre les toutes dernières heures du grand jour pour prendre la mesure de ce qu’impliquait la pratique.

Durant neuf mois, j’ai chanté les louanges de mon pays batave qui ne m’imposait pas d’examens réguliers que je jugeais totalement inutiles. (J’ai eu 11/20 à l’épreuve de SVT de mon bac L et j’ai écumé les forums Doctissimo, autant te dire que mon avis équivaut à celui d’un professionnel quand il s’agit du suivi de grossesse.)

Durant neuf mois je me suis goinfrée de fromage et de poisson cru en riant de ces normes paranoïaques françaises. J’ai payé mon insolence le jour où j’ai réalisé que l’apothéose de cette mouvance « tout naturel » typiquement nordique, se symbolisait par l’absence quasi-systématique de péridurale.

J’aurais pu lutter et supplier pour que l’on m’administre le précieux calmant, mais lorsque je suis arrivée en salle d’accouchement, il était déjà trop tard et les 4 heures suivantes ont fait de moi l’individu le moins fréquentable au monde.

Tentative d’évasion par la fenêtre du troisième étage, injures et menaces (très possiblement de mort) à l’égard du personnel médical, molestation continue de l’accompagnant, on sous-estime souvent sa propre force lorsque l’on est confrontée à une telle situation d’inconfort.

Surprise numéro 4 : il y avait bien un bébé là-dedans.

Alors que j’affirmais vivement à qui voulait bien l’entendre — considérant le volume sonore, je parie sur tout l’hôpital, notre région et possiblement la Belgique et l’Allemagne voisines —  que je n’allais pas y arriver et que de ce fait, j’exigeais de pouvoir rentrer chez moi immédiatement, la douleur s’est stoppée nette et quelqu’un a brandi un bébé avec les yeux grands ouverts.

Certaines ressentent un amour dévorant au premier regard, d’autres regardent la créature avec curiosité. Je fais partie de la deuxième catégorie.

J’avais beau avoir vécu avec cette locataire durant de longs mois, je ne te raconte pas ma surprise en réalisant qu’en effet, il y avait bien un bébé parfaitement formé là-dedans. Il m’a d’ailleurs fallu de longues semaines pour prendre la mesure de ce que cela signifiait vraiment.

Encore aujourd’hui j’ai parfois des moments d’épiphanie quand je réalise que cette petite personne que nous maintenons en vie d’une main plus ou moins experte depuis deux ans est bien le fruit de nos ADN respectifs. Et pourtant, je n’ai jamais vu un enfant qui ressemblait autant à ses deux grands-mères à la fois.

À suivre…

Et toi, comment s’est passé ton accouchement ? Viens en parler dans les commentaires !

Pour suivre Chloé sur les réseaux sociaux : rendez-vous sur son compte instagram !

Rubrique
Mots-clés

Le dernier commentaire

29 Fev 2020, à 18:56
25h écoulées entre la fissuration de la poche des eaux et la découverte de mon petit joufflu. Pas de péri, pas d'épisio... mais une petite déchirure (dont les points de suture, inutiles, se sont infectés) et une révision utérine (joie).
Au final, souvenir plutôt positif de cette belle expérience qu'est l'accouchement.
Même si, hé oui, ça fait mal...
 
Voir les réactions sur le forum (28 réponses)
Close