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À 30 ans, je vis ma vie comme si j’en avais 17

Chloé a décidé de vivre sa vie comme si elle avait encore 17 ans. Alors que d’après son passeport, elle en a le double.

Temps de lecture : 6 minutes

Qui est Chloé ?Chloé est une de nos lectrices à l’humour mordant. Tous les mois, elle partage sur Rockie son expérience de la vie. Tu peux retrouver toutes ses autres chroniques en cliquant ici.

J’ai pris la mesure du temps qui passe le jour où une de mes jeunes collègues, désireuse d’exprimer sa sollicitude quant à quelque chose que je venais d’accomplir, s’est exclamée que « j’étais trop un bébé ». À son sourire reconnaissant, j’ai rapidement compris qu’il s’agissait d’un compliment ultra sincère, bien qu’aujourd’hui encore je n’en saisisse pas totalement le sens.

Je vais pourtant te dire un truc que tous les gens passé 30 ans disent à leurs connaissances plus jeunes qu’eux : moi, dans ma tête, j’ai 17 ans de toute façon. Ouh mais il est déjà 18 h 45, avec le verre de Pouilly que je viens de boire je risque d’être défoncée demain. Il vaut mieux que je rentre !

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Je profite donc que mes 2 fois 17 ans approchent à grand pas pour t’expliquer pourquoi à 33 ans, je vis un peu ma vie comme si j’en avais 16 de moins.

Aimer quand tu as 17 ans, l’incision thoracique sans anesthésie

Pour commencer cet article et pour préserver l’anonymat du premier individu dont je suis réellement tombée amoureuse, mais pour que tu puisses tout de même apprécier le niveau, sache qu’à 16 ans j’étais folle d’Anakin Skywalker dans Star Wars numéro 2, ou 5 pour ce que j’en sais.

Soit un mec ténébreux (c’est-à-dire jaloux, colérique, méprisant) qui justifiait sa psychopathie chronique par une histoire personnelle soi-disant chargée.

Bien que mon premier amour ait arboré un visage légèrement moins Hollywoodien que mon crush cinématographique, te voilà renseignée quant à mes goûts très sûrs en matière d’hommes.

L’amour a révélé la poétesse/grapheuse qui sommeillait en moi, poétesse cependant lucide qui a rapidement compris qu’elle ferait mieux de gratter les chansons de Damien Saez plutôt que les siennes au Tipp-Ex sur toutes les tables du lycée.

Combien de cigarettes roulées n’importe comment ai-je pu fumer à la fenêtre de ma chambre, en rêvant au jour où ce skateur de talent réaliserait son erreur et me supplierait à genoux de le récupérer ?

Et puis, il n’y a pas si longtemps que ça j’ai rencontré Geralt D. R. et j’ai 17 ans de nouveau.

Si la virilité pectorale, poilue et transpirante de Geralt ne s’accorde absolument pas avec mes goûts glabres et androgynes de l’époque, le reste de l’histoire correspond parfaitement à mes amours d’antan.

Son regard mystérieux et pénétrant (comme il serait facile de faire une blague graveleuse ici) me permet d’y projeter tout ce que je veux, alors que le gonze est peut-être simplement en train de dresser mentalement la liste des ingrédients nécessaires à la confection de son dîner du soir.

Ce qui me plaît le plus, c’est que l’homme est absolument inaccessible, et même en admettant qu’il existe pour de vrai, sa personnalité et la mienne sont tellement désaccordées que l’union entre Donald Trump et une membre des Pussy Riot serait toujours moins contre nature que la nôtre.

Mais je m’accroche et j’aime en silence (relatif, si on en croit mon compte Instagram) en rêvant du jour où Geralt quittera Yennefer pour moi.

La musique à 17 ans, des goûts très sûrs et parfaitement assumés

Tout a commencé quand une camarade de classe m’a fait découvrir Janis Joplin, The Doors et Nirvana. Un après-midi, nous avons séché le cours d’EPS pour aller boire une Smirnoff Ice sur la tombe de Jim Morrison au cimetière du père La Chaise.

Je savais que ces musiciens précurseurs étaient reconnus pour leur immense talent et leur vie torturée et tumultueuse qui s’était achevée bien trop tôt (R.I.P). Aux vues du potentiel cool et rebel de ces artistes, prétendre les apprécier me semblait être un excellent calcul.

J’ai donc écouté leurs morceaux en boucle dans l’espoir de faire naître chez moi un début de quelque chose, mais … rien à faire, mon cœur battait en secret pour T.A.T.U., O-zone, Kyo (toi-même, tu saignes encore et tu le sais) et Diam’s.

Heureusement que Placebo et Muse sont venus me sauver la mise avec des morceaux un peu mieux acceptés socialement, parce que je vais te dire une chose : le snobisme musical, c’est vraiment une malédiction et ça m’a hanté toute mon adolescence.

Récemment, J’ai écouté l’album d’Aya Nakamura en entier, j’ai essayé Jul et Dosseh mais sur ce sujet, je crois que je ne vais pas pouvoir faire comme si j’avais 17 ans.

Les jeunes de maintenant n’y connaissent rien en musique de qualité. À mon époque, on se passionnait pour The doors, Janis Joplin et Kurt Cobain, de grands artistes intemporels dont nous vénérions le parcours de vie riche et fascinant.

Je continue de les écouter avec ferveur et je piaille d’enthousiasme quand mon mari les passe dans la voiture.

Oh, excuse-moi, je me suis brièvement endormie, tu sais que la voiture ça me berce. Un écouteur dans mon oreille ? Non mon amour, c’est un dispositif auditif, tu sais bien que je suis un peu sourde

Mon mec n’est pas dupe, notre playlist Spotify en commun qui veut « qu’on baise sur ma tombe », et qui « recherche un mec mortel, un mec avec la voix de Musiq Soulchild et du charme et du charisme à la Beckham » m’a trahie plus d’une fois.

La question vestimentaire : et si l’habit faisait vraiment le moine ?

À 17 ans, j’arborais des pantalons baggys, des Vans et des t-shirts ultra moulants, en amatrice de rock de bonne qualité et de skateboards. Ou plutôt de gens qui montaient sur des skateboards.

Personnellement, j’ai essayé une fois de pratiquer la planche à roulettes infernale et cette dernière est partie sans moi. Je l’ai regardée voguer au loin pendant que mon postérieur et moi-même gisions au sol en retenant un glapissement de douleur.

Le propriétaire du skateboard en question riait suffisamment pour que je n’ai pas envie d’en rajouter.

Mon premier copain avait deux morceaux de Patrice sur son lecteur MP3 et une fois en soirée, j’ai fumé un bidies, alors je me suis dit que j’avais la légitimité nécessaire pour compléter ma tenue avec un gros collier de perles aux couleurs de la Jamaïque.

Aujourd’hui, et je préfère annoncer la couleur, ce n’est pas parce que je suis mère de famille que je ne vais pas m’habiller comme si j’avais 17 ans, ou plutôt comme si j’en avais 12 puisque la mode actuelle est so 1999.

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Travaillant dans les métiers du web, à un poste que j’aurais dû occuper à 20 ans si j’avais eu la bonne idée de faire des études, j’arbore des crop tops fluos, des mini jupes à carreaux et des sweats à message spirituels et matures du style « I just don’t care ».

Mais comme la vie ne consiste pas uniquement à boire des verres avec mes copines et que parfois, je dois me rendre à des entretiens d’embauche, assister aux réunions de la crèche ou organiser des événements associatifs (rapport au fait que je suis la seule à savoir qu’au fond de moi j’ai encore 17 ans, et que mes pairs voient en moi une femme adulte lambda à qui il n’est pas trop risqué de confier de menues responsabilités) j’essaye de faire un effort.

Mais pas question pour autant de me soumettre ! À moi les boucles d’oreilles motif licorne et la veste oversized rose bonbon.

Les soirées à 17 ans vs. les soirées à la trentaine

Jusqu’à mes 16 ans, je passais mes soirées devant la trilogie du samedi sur M6. Je ne regrette rien, je n’aurais jamais rencontré Jensen Ackles sans ça. Parfois, c’était la grosse déglingue et j’allais faire semblant de boire de la Smirnoff Ice sur la tombe de Jim Morrison.

Ensuite Caramail et ses rencontres IRL sont passées par là, charriant leur lot de compagnons de sortie aguerris aux plaisirs « cools » du samedi soir.

Comme ni nos missions de baby-sitting ni l’âge indiqué sur nos cartes d’identité ne nous permettaient de fréquenter les bars ou les clubs, nous nous réfugions sur les pelouses environnantes munis de bouteilles de villageoise et de tabac brun à rouler.

Une fois, nous avons bravé les 80 centimètres de grilles qui protégeaient une aire de jeux pour enfants et nous sommes allés boire du Passoà assis sur des balançoires pendant que deux membres du groupe se roulaient des pelles sous le toboggan.

Aujourd’hui, nos revenus nous permettent de consommer de l’alcool dans des établissements respectables. La villageoise et l’Amsterdamer ont été remplacées par des IPA saveur noisette / pamplemousse produites par des banquiers reconvertis en brasseurs après la crise de 2008.

En ce qui concerne le tabac, toutes mes copines ayant arrêté de fumer lors de leur première grossesse, il faut attendre l’ivresse de 21h pour que quelqu’un se décide à sortir honteusement un paquet de cigarettes industrielles à 11 euros et que le reste de la tablée se jette avidement dessus comme la vérole sur le bas clergé.

Puis l’épidémie de coronavirus est passée par là et les bars respectables ont fermé, nous poussant vers les pelouses et les bords de canal munis de bières achetées en supermarché (je vis aux Pays-Bas où les recommandations face au Covid sont différentes, nous n’avons pas eu de confinement et avons pu continuer à sortir à condition de respecter certaines règles).

Nous avons 17 ans de nouveau et il devient difficile d’enrayer les velléités troubadouresques des copains dont certains ont déjà piqué le diabolo de leurs enfants.

Quant à moi, j’ai demandé à ma mère de sortir mon jumbe de la cave et de me le ramener à sa prochaine visite.

 

Si je ne suis pas trop mauvaise à vivre ma vie comme si j’en avais 17, je pense qu’il y a encore quelques efforts à faire.

Et toi ? Que fais-tu pour donner à ta vie un petit goût vintage qui te rappelle ta jeunesse ?

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Le dernier commentaire

18 Juin 2020, à 20:29
@grenouilleau ce que je voulais dire c’est que je ne pense pas que de base cette photo ai été prise dans une optique sexuelle ou sexy même indirecte. Je vois très bien le problème avec l’hypersexualisation et en général je repère bien les clichés problématiques mais la je crois que c’est juste la photo d’une meuf qui se bourre la gueule en soirée. Après t’as peut être raison, c’est l’avantage de vivre dans une société patriarcale, c’est rarement innocent ;)
 
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