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De la difficulté d’aimer quand on sait que l’amour meurt aussi

Comment aimer, quand on sait qu'il y aura probablement, un jour, une rupture ? Mymy offre quelques réflexions, comme un extrait de journal intime sorti de son cerveau, son cœur et ses tripes.

Temps de lecture : 5 minutes

Article publié initialement en mai 2020

L’autre jour, je me suis surprise à avoir envie de lancer une appli de rencontres pour faire la connaissance d’un homme, draguer, flirter, pourquoi pas coucher.

Je suis en couple mais ce n’est pas un souci, « j’ai le droit » : ma relation est non-exclusive et rien ne m’empêche d’aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte, tant que ça reste du sexe (et pourquoi pas de l’amitié), sans sentiments amoureux.

Mais je me suis retenue car je me connais : petit coeur d’artichaut sous mes airs un peu cash, j’ai tendance à vite avoir des crush et je n’ai pas besoin de ce genre de prises de tête en ce temps. Et puis je crois qu’au fond ce n’était pas vraiment l’envie de sexe qui me démangeait.

Cette « passade » m’a pas mal perturbée parce que je n’ai vraiment pas à me plaindre de mon couple : le mec avec qui je sors depuis plusieurs mois est rafraîchissant, épanouissant, m’apporte autant que je lui apporte, au niveau sexuel c’est TIP-TOP et je me sens sincèrement amoureuse de lui.

Je l’ai rencontré presque par hasard et ce fut un petit miracle qui m’a redonné le sourire, m’a rappelé une joie de vivre peut-être un peu effacée par les années et un couple précédent bien plus compliqué.

Cette envie d’aller ken du trentenaire inconnu freinée par ma peur de fondre pour un autre m’a interrogée sur ma perception du couple et je dois avouer être un peu paumée.

Je crois fondamentalement que le couple traditionnel c’est une arnaque, un système bien pratique à l’époque où la contraception et l’IVG n’existaient pas et où la famille était un socle essentiel pour la société, mais je ne pense pas que c’est compatible avec ce que les humains sont.

Pour moi, n’avoir qu’un amour c’est un peu comme n’avoir qu’un ami, c’est absurde de penser qu’on ne peut être la femme que d’un seul homme, surtout pour toute sa vie.

Je ne veux ni faire des enfants, ni me marier, et je ne me vois pas liée au même mec pour l’éternité. Parfois je me dis « Ah oui, donc le couple, en fait, c’est soit on se sépare soit y en a l’un des deux qui meurt », et ça me fait aussi peur que ça me rassure : au moins, c’est simple.

Même au-delà de la question de l’exclusivité sexuelle, de plus en plus questionnée (et tant mieux), l’exclusivité amoureuse au long terme me semble délicate.

Comment peut-on, alors qu’on change tout au long de sa vie, être la bonne personne pour la même personne, décennie après décennie ?

Bien sûr, on change ensemble et c’est très bien, ça permet de retarder l’échéance, mais y a-t-il vraiment UN mec qui sera le bon pour moi toute ma vie durant ? Probablement pas.

Ça choque parfois des gens quand je dis que j’envisage forcément la potentialité d’une rupture, malgré tout l’amour que je porte à mes compagnons : pour eux, c’est partir vaincue, c’est ne pas vouloir « tout donner » pour éviter ça.

Mais bien sûr que je ne veux pas éviter la rupture à tout prix, la rupture a bien souvent de très bonnes raisons d’arriver, et ce pour les deux personnes concernées malgré la douleur qu’elle cause d’un côté comme de l’autre.

Le but c’est d’être le mieux possible ensemble pendant le plus longtemps possible. Et à la fin, soit je meurs, soit tu meurs, soit on se sépare.

Il n’y a pas vraiment de 4ème choix.

Quand je suis venue à la relation libre, c’était pour moi une évidence car je me disais : je trouve ça totalement débile que mon envie de coucher avec un homme remette en question ce que je ressens pour mon copain, ce que je vis avec lui, l’amour que je lui porte.

Mais est-ce que ce n’est pas pareil pour l’amour ?

Mes amies ne m’en veulent pas d’avoir d’autres amies, elles n’exigent pas de moi un contrat d’exclusivité, alors pourquoi a-t-on décidé qu’en amour ce serait le cas ?

Pourtant le jour où je serai amoureuse d’un autre homme il sera temps de ne plus être amoureuse de mon homme. C’est absurde, non ?

Là on se dit : bah je suis probablement polyamoureuse. Mais j’ai pas envie d’être polyamoureuse.

C’est trop compliqué, c’est trop rare, ça m’a l’air être beaucoup trop d’organisation pour mon petit cerveau paresseux, et puis franchement j’ai tendance à être plutôt monogame du coeur et à me focaliser sur mon crush du moment donc je ne suis pas sûre de pouvoir mener plusieurs couples de front. Je sais, c’est paradoxal mais dans ma tête c’est compliqué écoute.

Le truc c’est que quand j’ai quitté mon ex, ce qui était une bonne décision, plein plein plein de petites choses qui n’appartenaient qu’à nous, qu’à notre couple, sont mortes.

Les petits surnoms, les habitudes du dimanche, le bon endroit où lui gratouiller la tête, la tasse dans laquelle il préférait son café, tout ça c’est mort à jamais et ça n’existera plus, puisqu’il y aura d’autres surnoms, d’autres dimanches, d’autres tasses, pour lui et moi aussi.

Alors quand je vis des moments doux avec mon actuel, quand je l’appelle par ses petits surnoms, que je le gratouille derrière l’oreille droite ou que je lui sers son café dans la bonne tasse, je ne peux que me dire : ça aussi, ça mourra, un jour.

Un jour, on ne sera plus bien ensemble, ou alors on tombera amoureux d’un autre, d’une autre, et ce sera la mort de toutes ces choses.

Parfois j’aimerais ouvrir une capsule temporelle et repasser un dimanche avec mon ex, pas parce que je suis encore amoureuse de lui mais parce que c’était bien aussi, c’était différent mais c’était bien, et ça me manque de temps en temps, comme un plat me manque quand je ne l’ai pas mangé depuis longtemps.

Il n’y aura plus jamais ces petits surnoms-là.

C’est peut-être ça grandir, c’est vivre avec des choses mortes qui n’existent que dans notre mémoire, et contempler de temps à autres le présent en se rappelant qu’il va mourir aussi, et n’être plus chéri que dans un souvenir.

Parfois je regarde mon amoureux, alangui dans son lit, ses petites pattes d’oie, ses longs cils, ses jolies oreilles, et j’aimerais de tout mon coeur fixer ce moment, l’emprisonner pour pouvoir y revenir, un jour, quand nous ne serons plus ensemble et que ce rayon de soleil lui caressant la paupière droite sera mort comme tant de seconde meurent dans l’indifférence générale.

Peut-être que c’est pour ça que les artistes sont artistes, pour essayer inlassablement de fixer les moments, de les faire exister en-dehors d’une boîte à souvenirs pour secondes décédées.

C’est compliqué l’amour quand on accepte qu’il a forcément une fin, mais à mon âge je ne peux pas sincèrement me dire que oui, probablement, ce petit mec que je connais depuis même pas un an va m’accompagner jusqu’à la fin de ma vie.

C’est trop long, toute la vie.

Alors peut-être que grandir c’est remplir sa vie de secondes mortes, de moments disparus dans lesquels on ne pourra jamais revenir, de surnoms plus jamais prononcés, de dimanches plus jamais vécus. Peut-être que c’est normal et que tout le monde vit avec, même si moi ça me fend un peu le coeur de vivre avec des jours morts.

À lire aussi : Plonge dans l’intimité de couples grâce à cette série de portraits sur Instagram

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Le dernier commentaire

11 Août 2020, à 11:13
Je crois à l'amour qui dure une vie, et c'est ce que j'envisage pour mon couple.
En disant ça je ne parle pas de se regarder avec des paillettes à coup de grandes déclarations. Au début ok mais tôt ou tard il va falloir passer à autre chose. C'est l’atterrissage qui est difficile à gérer. C'est construire ensemble, avancer à 2 et être une équipe.
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Il faut bien avouer qu'avant j'étais d'accord avec l'article. Ma rencontre avec lui a bouleversé ma vision "mymy-esque" du couple.
Si ça me concernait, j’appellerais cet article "de la difficulté de baiser toujours avec le même quand on sait que tôt ou tard on a envie de Ken avec d'autres".
Le polyamour, on a essayé de s"y intéresser, mais c'est clairement pas pour nous.
Aujourd'hui je pense que tous les modèles sont valables et peuvent coexister, et que l'essentiel c'est : respect (du contrat) et consentement.
 
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