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L’arnaque de la vie d’adulte

J’ai 28 ans et j’attends encore le jour où je me sentirai pleinement adulte. Et apparemment, je ne suis pas la seule…

Temps de lecture : 4 minutes


Quand j’étais enfant, j’étais persuadée que les adultes étaient une espèce à part : mi-dictionnaire ambulant, mi-supers héros du quotidien. Sans doute parce que j’ai eu la chance de grandir dans une famille stable et aimante où les adultes autour de moi étaient capables de résoudre la plupart des problèmes que je leur soumettais.

Certes, il leur arrivait parfois de se mettre en colère ou d’être injustes (et je ne me privais pas pour le leur faire remarquer), mais globalement, je les trouvais solides, fiables et rassurants. Et j’espérais bien leur ressembler un jour.

J’attends encore le moment où je me sentirai pleinement adulte

Vingt ans plus tard, je me sens un peu roulée : j’ai 28 ans et j’attends encore le jour où je me sentirai pleinement adulte. Où sont cachées la sérénité et la confiance que je m’imaginais ressentir à chaque instant ?

Personne ne m’avait prévenue que je continuerai de douter, de me sentir parfois nulle et souvent pas à la hauteur. Le tout avec pourtant de plus en plus de responsabilités et de gens qui comptent sur moi : au travail, à la maison ou dans mes engagements associatifs.

C’est sûrement très naïf de ma part, mais je pensais qu’en accumulant tous les signes extérieurs d’adulterie (le permis, le diplôme, le premier job, l’appart, le compte commun, etc), je finirais par me réveiller un matin en me disant : “ça y est, je suis une vraie adulte”. Ahah. Ça n’est jamais arrivé.

Je n’ai pas pour autant le sentiment d’être une éternelle adolescente. J’estime même être quelqu’un de plutôt mûre, même s’il m’arrive encore de lire des Picsou Magazine en pyjama le dimanche (on se dit tout, n’est-ce pas ?).

Passer sa vie à courir après le temps

Ces dernières années, j’ai appris à remplir une déclaration d’impôt, j’ai acheté un classeur pour trier la paperasse (après avoir laissé les enveloppes à moitié ouvertes s’accumuler sur mon bureau), j’ai fait des bocaux de sauce tomate pour l’hiver et j’ai même dégivré mon congélateur quand il a bien fallu se rendre à l’évidence que les tiroirs ne s’ouvraient plus.

Pourtant, je continue de me dire confusément que le monde des adultes ne correspond pas à ce que l’on m’avait vendu. Que personne ne m’avait dit qu’être adulte, c’était passer sa vie à courir après le temps ou à culpabiliser dès que je ne prends pas de nouvelles de mes proches.

Que c’est avoir de longues périodes d’introspection devant mon frigo en me demandant : qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Et finir par faire des pâtes à la tomate pour la quatrième fois de la semaine (d’où les bocaux de sauce pour l’hiver).

Qu’être adulte c’est aussi avoir une liste de choses à faire qui tourne toujours en arrière-plan dans mon cerveau, même quand je dors. C’est se sentir parfois très seule et très fatiguée.

Et encore, je n’ai pas de progéniture…

J’ai l’air de me plaindre là comme ça, mais j’ai bien conscience que les jeunes parents de mon entourage ont encore plus de raisons d’être épuisés. Est-ce qu’en acceptant cette nouvelle responsabilité (la vie d’un être humain ni plus ni moins), je débloquerai magiquement l’accès au monde des adultes sûrs d’eux ? (Non, ne me répondez pas, laissez-moi me bercer d’illusions encore un peu).

Ce qui me console, c’est de savoir que je ne suis pas la seule dans cette galère. Nous sommes un certain nombre à être majeur·es et vacciné·es mais à ne pas se sentir complètement adultes. Interrogé·es dans le cadre de l’enquête “Génération Quoi ?”, seuls 25% des 75.000 jeunes Français·es de 26 à 34 ans déclaraient se sentir “tout à fait adultes”. Les autres ? On fait ce qu’on peut.

Les personnes interrogées devaient ensuite choisir une réponse parmi plusieurs propositions à la question “pour toi, être adulte aujourd’hui, c’est avant tout…”. Et là, surprise, les marqueurs habituels d’entrée dans l’âge adulte à savoir quitter le domicile parental, décrocher un emploi stable, avoir un enfant, etc, sont très peu choisis par les 26-34 ans. Non, pour notre génération, être adulte c’est avant tout “être mûr et responsable” (61% des répondants).

Il faut dire que le contexte dans lequel nous avons accédé à la vingtaine est différent de celui de nos parents. Je ne te refais pas le tableau complet, mais avec la crise économique et la montée de la précarité, de nombreux jeunes adultes se retrouvent à enchaîner les contrats courts pendant des années, à revenir vivre chez leurs parents ou à repousser leur projet de parentalité (l’âge moyen des mères au premier enfant est aujourd’hui de 29 ans contre 24 ans dans les années 1970).

On comprend donc que ces symboles traditionnels ne soient plus retenus par notre génération pour caractériser le fait d’être adulte. Désormais, est adulte… celui ou celle qui se sent responsable et mûr·e.

Est-ce que je suis assez responsable ?

Le problème de cette définition c’est qu’elle est beaucoup plus floue que les autres puisqu’il ne suffit plus de cocher une case. Je suis plutôt responsable, mais est-ce que je suis assez responsable pour me considérer comme une adulte ? Après tout, je suis incapable de garder des plantes vertes en vie plus d’un été…

Je n’ai pas de recette miracle pour t’aider à te sentir plus adulte, mais j’ai plusieurs pistes. En achevant l’écriture de cet article, je me demande finalement si l’on ne devient pas adulte en acceptant pleinement ses doutes et son syndrôme de l’imposteur, sans espérer que cela va changer un jour d’un coup de baguette magique.

Je crois enfin que le regard des autres peut aider à devenir adulte. Celui de la société et de nos parents, mais surtout celui des enfants, les nôtres ou ceux des autres.

À 28 ans, je crois que je comprends mieux mes parents que quand j’étais enfant. Je sais qu’ils ont dû être aussi inquiets et perdus que je peux l’être aujourd’hui, mais qu’ils ont fait avec (pas le choix hein). Et qu’ils sont devenus des adultes pour de bon, au fil du temps et des sourires confiants de leurs quatre enfants.

Alors, quand tes neveux ou nièces te traiteront de ringard·e, quand des jeunes te vouvoieront dans le bus ou qu’on t’appellera Madame pour la première fois, ne le vis pas mal. C’est le signe que tu es passé·e du côté adulte de la force. Et si ça te permet d’être à terme plus sûr·e de toi et épanoui·e, c’est plutôt chouette non ?

Tu te sens adulte… ou pas ? Tu as des astuces jardinage ? Dans tous les cas, ça m’intéresse ! Viens en parler dans les commentaires.

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Le dernier commentaire

17 Août 2019, à 16:35
@Zeby
Pour moi "être adulte" c'est quand on a atteint le stade où l'on cumule le fait de faire des choix et de les assumer, avec le fait que les gens en général respectent nos choix et nous laissent les gérer (ou qu'on impose ses propres choix si l'on fait face à des gens qui ne les acceptent pas).
 
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