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Baby-blues et solitude : ce qui se passe dans la tête après un accouchement

La période post-partum est rythmée par de nombreux bouleversements physiques et psychologiques. Le fameux « baby blues » en fait partie, et il est beaucoup moins sympa que son nom le laisse penser.

Temps de lecture : 5 minutes

Après avoir accueilli son bébé, la femme rentre dans une période appelée le « post-partum ». Généralement, elle dure jusqu’au retour des règles (le fameux « retour de couches »), c’est à dire entre 6 et 8 semaines.

Loin d’être de tout repos, ce passage obligatoire est un challenge pour le corps, qui doit récupérer de l’accouchement tout en répondant aux besoins de l’enfant, mais aussi pour l’esprit. En effet, le post-partum est rythmé par de nombreux bouleversements psychiques qui font de ces quelques semaines ou mois une période psychologiquement « à risque » pour celles qui viennent d’enfanter.

À lire aussi : Suites de couches : ce qui arrive au corps après l’accouchement

Le baby blues, un syndrome dépressif transitoire

Quelques jours après la naissance du bébé (et parfois même juste après, si l’accouchement ne s’est pas passé comme souhaité), certaines femmes se sentent d’humeur instable et ont du mal à contrôler leurs larmes. On parle alors de « baby blues ». Cette période de fragilité psychologique touche un grand nombre de femmes, primipares comme multipares, mais toutes ne la vivent pas avec la même intensité.

Le baby blues est un syndrome dépressif transitoire qui peut durer plusieurs semaines. Ses symptômes sont nombreux : on y retrouve les troubles du sommeil, l’hypersensibilité, l’inquiétude de ne pas être une bonne mère, la difficulté à se lier au nouveau-né, une irritabilité inhabituelle etc.

Les causes de la manifestation de ce cafard maternel sont variées et dépendent de chaque accouchée. Dans la plupart des cas, la baisse brutale du taux d’hormones est la première incriminée. En effet, pendant la grossesse, le corps produit un niveau très élevé (entre autres) d’œstrogènes et de progestérone. Lorsque le placenta est expulsé à la fin de l’accouchement, ce niveau chute en quelques heures, ce qui est un véritable choc pour le corps mais aussi pour le cerveau et la balance des émotions.

La fatigue physique et émotionnelle que ce bouleversement entraîne est aussi considérée comme un terreau fertile au développement du baby blues.

Le passage du rêve à la réalité

Un accouchement qui ne s’est pas passé comme prévu, ou qui s‘est soldé par une séparation de la mère avec son enfant, peut mener à un grand sentiment de déception et même de frustration. La femme doit faire le deuil de son accouchement rêvé, et c’est d’autant plus difficile qu’elle n’a souvent pas beaucoup de temps pour elle.

Pauline, qui souhaitait accoucher sans péridurale de son deuxième bébé, a dû subir une césarienne d’urgence qui a entaché sa confiance en elle :

Pour mettre au monde ma fille, j’avais choisi la formule la moins médicalisée possible. Je voulais vivre un accouchement « à l’ancienne » et l’accueillir naturellement, comme des millions de femmes avant moi. Et puis le grand jour est arrivé et, alors que je poussais depuis 45 minutes, mon bébé a commencé à montrer des signes de faiblesse. J’ai été endormie très rapidement pour que mon médecin puisse réaliser une césarienne en urgence.

Lorsque je me suis réveillée, j’étais sonnée, mon ventre était vide et mon bébé n’était pas là. Je m’en suis beaucoup voulue de ne pas avoir réussi à donner naissance à ma fille comme je l’aurais souhaité. Je n’ai pas pu lui donner de tété d’accueil, ni faire le premier peau à peau. Ça m’a beaucoup perturbée les premières semaines : j’avais l’impression d’avoir raté mon accouchement et d’avoir bousillé le lien entre mon bébé et moi. Je me sentais hyper mal.

Violences obstétricales et syndrome post‑traumatique Si une femme est victime de violences obstétricales pendant le travail ou lors de son accouchement, elle peut développer des déséquilibres psychiques et souffrir d’un syndrome de stress post traumatique (SSPT) plus ou moins sévère.

Si tu as l’impression que ton consentement n’a pas été recueilli lors de certaines phases de ton accouchement, tu peux tenter d’en discuter avec l’équipe médicale ou avec un professionnel de santé extérieur, te tourner vers les commissions d’usagers présentes dans les hôpitaux publics et privés, ou encore contacter une association comme le Ciane pour être épaulée dans ta reconstruction et dans tes démarches, surtout si elles incluent une procédure juridique.

Le bébé, un étranger qui vient chambouler sa vie

Le lien d’attachement entre la mère et l’enfant qu’elle porte est souvent présenté comme viscéral. Seulement, de nombreuses femmes ne ressentent pas immédiatement cette « vague d’amour inconditionnel » pour leur bébé, ce qui peut les pousser à culpabiliser.

Cette lectrice de Rockie s’en est voulu de ne pas avoir été envahie d’amour maternel à la seconde même où elle a rencontré son fils :

Ce bébé, ça faisait neuf mois que je l’imaginais. Je m’étais fait tout un film sur nos premiers moments ensemble, l’alchimie absolue qu’il y aurait entre nous etc. Et puis mon fils est né et je n’ai pas ressenti grand chose si ce n’est une fatigue extrême. Ça faisait à peine 15 minutes qu’il était sur ma poitrine que j’avais déjà envie que la sage-femme le récupère.

Je n’avais pas envisagé cette réaction de ma part et ça m’a beaucoup perturbée. À la maternité, je m’occupais de lui par obligation et non par envie. J’ai beaucoup pleuré de cette situation, j’avais l’impression d’être une mauvaise mère.

Après avoir porté un enfant pendant plus ou moins 9 mois, le corps n’est plus le même. En s’observant dans un miroir, les jeunes mères peuvent avoir du mal à se reconnaître et à accepter les modifications (vergetures, varices, kilos etc) causées par la grossesse. L’impression de « ventre vide » peut aussi mener à un sentiment de perte d’identité particulièrement déstabilisant.

La solitude des jeunes accouchées

En parlant d’identité, certaines femmes, après avoir été le centre des attentions pendant toute leur grossesse, vivent mal le fait de retrouver un statut plus « banal ». Elles ont l’impression qu’on ne s’intéresse plus à elles maintenant qu’elles ont « fait leur boulot » et donné la vie.

Pour Aurélie, qui venait d’accoucher de son premier enfant, la chute a été difficile à vivre :

Durant plus ou moins 9 mois, nous sommes un peu le centre du monde, aussi bien pour nos proches que pour le personnel médical. Rendez-vous médicaux, échographies, cours de préparation à l’accouchement… L’emploi du temps d’une future maman est bien rempli ! Le jour J, nous sommes hyper surveillées. Tout le monde s’inquiète de notre douleur, de notre utérus, de notre mental.

Et puis après, ce sont les suites de couches, et là… Youhou, y’a quelqu’un ? C’est un peu l’impression que j’ai eue. Une très grande solitude, un vide immense. Plus personne ne s’inquiète de nos douleurs, personne ne nous demande comment nous allons. Pour moi, l’étape la plus difficile de la maternité est bien celle-là !

L’impression de devoir être sur tous les fronts

Les professionnel·les de santé tentent d’ailleurs souvent de sensibiliser les femmes et leur entourage à ce sentiment de solitude soudaine qu’elles risquent de ressentir. Zina Hebbache, sage-femme à la maternité des Lilas, corrobore les propos d’Aurélie sur cette situation :

Je crois que si on doit retenir une chose, c’est que c’est une phase pendant laquelle les femmes se retrouvent seules. Elles n’ont plus de rendez-vous médicaux et le père est souvent retourné au travail. Elles se retrouvent souvent à devoir gérer comme elles peuvent l’allaitement, la perte des kilos en trop, la charge mentale de l’arrivée d’un bébé etc.

Cette impression de devoir être sur tous les fronts alors qu’elles sont à peine remises de leur accouchement est une vraie cause de souffrance.

Dans la majorité des cas, les symptômes du baby-blues disparaissent petit à petit lorsque les jeunes accouchées retrouvent un peu de repos et se sentent épaulées par leurs proches (ou par un·e professionnel·le de santé).

Seulement, il arrive que certaines femmes (entre 10 et 15%) développent une vraie pathologie après leur accouchement appelée la dépression post-partum. Beaucoup plus grave, cette maladie peut mettre en danger les mères et leurs enfants. Je ne développerai pas plus le sujet ici car c’est le thème d’un article à venir, avec des témoignages et des conseils.

Tu te sens concerné·e par le sujet ? Viens en parler dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

11 Juin 2019, à 21:53
Et sur la liste de naissance, plutôt que de mettre du matériel de puériculture, proposez donc aux gens qui vous aiment de vous offrir du temps et des invitations.
Super idée
 
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