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5 bandes dessinées pour tout péter au Trivial Pursuit

Sarah est une lectrice de Rockie et une bibliothécaire passionnée. Régulièrement, elle partage sur le magazine ses coups de cœur en matière de livres. Aujourd'hui, elle te propose une sélection de BD pour apprendre des trucs.

Temps de lecture : 7 minutes

« Quoi ?? Mais Sarah ? Mais moi je croyais que tu étais m o r t e ?! Ou au moins que tu avais changé de branche pour devenir tradeuse ! »

Et bien presque, chèr·e lecteur·rice ! J’étais en réalité noyée sous la charge monstrueuse de l’écriture du dernier mémoire de ma vie, professionnel ce coup-ci (= il va vraiment être lu, voire servir à quelque chose – gasp !)

J’ai travaillé, avec une joie intense et pas mal de nuits blanches sur la bande dessinée documentaire et ses moyens de transmettre des savoirs (en bibliothèques, n’oublions pas où nous sommes).

J’ai adoré mon sujet et au-delà des technicités du monde du livre, j’en profite pour vous proposer ici les BD que j’ai découvertes à cette occasion. 

À lire aussi : J’avais peur d’accoucher, mais cette bande dessinée m’a rassurée

 

La bande dessinée commence à être très investie par l’idée de transmettre des connaissances par un support plus facile d’accès.

Si tu es comme moi issue de ce qu’on appelle « La génération Y » (appellation trop large mais c’est pas le sujet), tu as peut être déjà grandi avec les vidéos de vulgarisation ou les jeux vidéo et l’idée n’est pas si neuve d’associer divertissement et apprentissage.

Peut-être même que tu te souviens de tes cours de 1ère sur l’apologue (les fables, les paraboles, bref les petites histoires à but éducatif). 

La nouveauté, c’est que les maisons d’édition trouvent (enfin) que la BD est légitime pour le faire, et donc, depuis 2016, plein de collections de vulgarisation en BD arrivent sur le marché. Octopus, La Petite Bédéthèque des Savoirs, Sociorama, … Pour apprendre en BD, tu as aujourd’hui plein de possibilités ! Alors voici pour toi les bandes dessinées qui m’ont appris des trucs ces derniers mois, et pourquoi je les recommande !

En cliquant sur les liens dans l’article pour te procurer les livres, tu soutiens financièrement Rockie puisque la plateforme nous reverse quelques centimes par achat, mais tu peux aussi bien sûr faire le choix d’aller en librairie pour acheter les livres qui t’intéressent. Tu peux par exemple passer par le site Place des libraires pour réserver les bouquins qui t’intéressent dans une librairie près de chez toi.

Des BD pour comprendre les sciences techniques 

Pour moi, l’intérêt était de découvrir des auteur·trices, et d’essayer de comprendre des choses dans des domaines où, vraiment, il était difficile pour moi d’avoir un quelconque vernis culturel. 

Mon coup de cœur sur les sciences « dures » (qu’on oppose bien sûr aux sciences molles, hein, c’est bien connu que l’histoire se coupe comme du beurre) c’est la BD La Grande aventure du Sexe de Colas et Léo Grasset.

  • Pourquoi j’ai aimé ? Le style graphique est très accessible et Léo Grasset vulgarise très bien. On enchaîne le vocabulaire technique des sciences du vivant avec un ton humoristique très bien amené. 
  • Je conseille quoi d’autre ? 
    • La série « Quelle chose étrange » de Steve Haines et Sophie Standing, qui explore les thématiques du trauma, de la douleur et de l’anxiété. Ces BD explorent les liens entre le physique et le psychologique dans un univers très coloré, qui permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans ces perturbations.
    • Mars Horizon, une BD qui vulgarise l’astrophysique en toute décontraction, par cette merveilleuse passionée-vulgarisatrice qu’est Florence Porcel. Un bijou pour s’introduire à des sujets loin du grand public. 

Des BD pour comprendre l’approche des sciences humaines

Plus proche de moi et de ma formation littéraire, il y a eu toutes les BD de sciences molles humaines. Le sachiez-tu ? La BD a été investie dès le XIXe siècle pour la vulgarisation de l’histoire auprès des jeunes enfants.

Associer l’image et le texte est depuis longtemps reconnu pour ses vertus pédagogiques. Sur ce je vous laisse, moi je vais briller en société avec mes anecdotes pas piquées des hannetons !

Comment ça je suis au milieu d’un article ?! Justement cher·ère lecteu·rice, tu ne verras pas la différence parce qu’une des caractéristiques du livre (et de la BD) c’est qu’il introduit sa propre temporalité : tu peux regarder ta planche pendant des heures pour en repérer les petits détails, revenir deux pages en arrière si tu n’as pas compris quelque chose. Pour la mémoire, c’est top !

Mais revenons-en à mes recommandations ! Ma pépite a été La Fabrique des corps écrit et illustré par Héloïse Chochois, qui parle de l’histoire de l’amputation et des prothèses. 

  • Pourquoi j’ai aimé ? J’ai adoré le trait d’Héloïse Chochois, simple et précis en même temps. Notre entrée dans le texte est un jeune homme qui a subi un accident et une amputation, et qui doit comprendre ce qui lui arrive. Pour ça, il est suivi par le créateur de la chirurgie moderne, Ambroise Paré, qui lui raconte les évolutions de la médecine et des prothèses. Entre émotion et connaissances, cette BD amène très bien les sujets difficiles dont elle est amenée à parler
  • Je conseille quoi d’autre ?
    • La collection Sociorama qui met en BD des études sociologiques. Les sujets sont variés, du fait d’être une femme en médecine dans Sous la blouse au divorce dans Au tribunal des couples en passant par la situation des migrant·es dans Des nouvelles de la jungle. 
    • Les BD de Marion Montaigne Tu Mourras moins bête (mais tu mourras quand même), merveilleuses petites pastilles d’humour et de connaissance. En plus, beaucoup ont été adaptées par Arte, racontées par un de mes chouchous, François Morel.

Des BD pour connaître la vie des gens (biographies et autobiographies)

Là ce ne sera pas long : pour les biographies en dessin, je n’ai pas trouvé mieux que de se faire l’intégrale totale des livres de Catel.

Cette autrice a à cœur de mettre en avant la vie de femmes souvent réduites à des clichés : Kiki de Montparnasse par l’œil de Man Ray ou Joséphine Baker et son costume de bananes.

Catel va plus loin, exposant la psyché, les failles et les grandes victoires de ces femmes dont on sait trop peu de choses. 

Personnellement, je l’ai découverte à travers Ainsi soit Benoîte Groult, qui est donc ma recommandation :

  • Pourquoi j’ai aimé ? Benoite Groult a été une figure du féminisme du XX e siècle forte et marquante et pourtant je ne la connaissais pas du tout ! A travers son récit, on revit les hantises de grossesses des femmes avant le droit à l’avortement, l’émancipation progressive qu’elles ont pu connaître en quelques dizaines d’années, mais aussi le début des débats qui nous animent aujourd’hui ! Benoite a par exemple été la première chevalièrE de la légion d’honneur !
  • Je conseille quoi d’autre ?
    • Bon, c’est le point Culottées de cet article. Je pense que tout le monde devrait connaître cette pépite de Pénélope Bagieu, donc pour les 3 personnes qui ne sont pas encore au courant que ces deux tomes de portraits de femmes existent : f o n c e z !
    • Pour l’autobiographie, je conseille le très bel Arabe du futur de Riad Satouff, dont le dernier tome paru à ce jour m’a mise en PLS pendant une semaine. Le talent de conteur de Riad est incroyable et cette série reste une des quelques BD sur lesquelles je me rue dès la sortie d’un  nouveau tome. 

Des BD témoignages

Autobiographie, témoignage, on est sur des thématiques très proches. La différence, pour moi, c’est que le témoignage permet de mettre l’accent sur des sujets très précis, chers à l’autrice.

Et oui je féminise direct parce que mes conseils sont ici centrés sur trois témoignages de femmes, qui m’ont tous émue et permis de mieux comprendre le monde qui m’entourait.

Ce sont trois récits centrés sur des expériences psychologiques, qu’elles relèvent de la maltraitance (TW) ou de la maladie. 

La BD permet de porter des sujets difficiles et de rendre leur approche plus facile par des publics qui ne sont pas sensibilisés à la question. Dans notre monde très exposé à l’image, la bande dessinée est une porte d’entrée qui mérite qu’on s’y attarde. 

J’ai eu du mal à choisir entre les trois tellement ces bande dessinées m’ont retournées : après une partie de « plouf plouf » intense, voici la première : Lou Lubie nous parle du spectre des troubles bipolaires dans Goupil ou face :

  • Pourquoi j’ai aimé ? Le dessin est magnifique, le propos est clair, nuancé et très bien vulgarisé. Mention particulière pour la dernière édition où Lou s’adresse aux proches des personnes cyclothymiques pour leur donner des conseils en fin d’album. 
  • Je conseille quoi d’autre ? 
    • La Différence invisible de Julie Dacherz et Madmoiselle Caroline, qui parle d’autisme et de diagnostic à l’âge adulte. Un roman graphique que j’ai adoré et qui propose beaucoup de conseils pour adapter son comportement et trouver des ressources.
    • Tant pis pour l’amour ou comment j’ai survécu à un manipulateur de Sophie Lambda, qui lui se penche sur les mécanismes toxiques de certaines relations amoureuses. Une fois de plus, beaucoup d’outils sont proposés pour reconnaître les comportements à risques. Une très bonne BD à mettre entre toutes les mains !

Une BD pour les réunir toutes

Ce travail m’a beaucoup apporté de soucis et de nuits sans sommeil. J’ai découvert des livres vers lesquels je ne me serais sans doute pas tournée de sitôt ! 

S’il ne fallait en retenir qu’une, toutefois, la BD que je choisirais, c’est celle-ci :

Une Mémoire de Roi parle de mémoire et de techniques pour augmenter sa capacité à retenir des choses. Je l’ai adorée. Les conseils sont bons, le dessin permet de spatialiser les techniques et de les tester au cours de la lecture.

Vraiment, s’il n’y en avait qu’une à retenir, ce serait celle-ci ! 

Je l’offre aux enfants qui ont du mal à apprendre des poèmes, à mes ami·es qui passent des concours, je la conseille à mes étudiant·es apeuré·es à l’approche des partiels, bref.

Allez dans votre médiathèque la plus proche jeter un œil (et un bout de cerveau) à cette très bonne BD de vulgarisation.

Sur ce, je vais récupérer quelques heures de loisir et de sommeil avant la soutenance et la publication ! Belles lectures et à très vite !

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Le dernier commentaire

10 Mar 2020, à 13:19
Bonne chance pour la soutenance @Sarah_Nobel !

Je viens de découvrir la collection Kurosavoir en manga. J'ai eu du mal avec "Le Capital" de Marx, j'ai trouvé l'adaptation scénaristique compliquée, mais j'ai beaucoup aimé leur adaptation de "La psychologie des foules" de Gustave le Bon, à la fois abordable et documentée.
Oui ! C'est une super collection de vulgarisation ! J'aurais pu en parler aussi, c'est clair :)

@Melou Merci :) J'ai beaucoup aimé l'écrire, alors j'espère qu'il sera intéressant à lire ! Et oui, je suis d'accord pour l'Arabe du Futur... Riad Sattouf expliquait qu'il a écrit cette histoire pour en arriver à ce tome... Et on le comprend ! Je ne voulais pas citer Marjane Satrapi, mais c'est Persepolis, avec Maus de Spiegelman, qui a fait exploser le genre du témoignage dessiné en France. Persepolis est une de mes BD préférées, et j'ai grandi avec l'adaptation en animation de l'autrice : un coup de coeur ! Je suis d'accord avec toi, j'apprends aussi beaucoup plus par la BD que par le documentaire !

P.S : J'ai bien signalé le bug d'affichage des images :)
 
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