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Je ne peux pas m’empêcher de me comparer aux autres

Tu as souvent l'impression que l'herbe est plus verte ailleurs et ça te déprime ? Marie t'explique d'où vient ce sentiment et comment travailler dessus pour t'en détacher.

Temps de lecture : 7 minutes

La dernière fois que je me suis comparée à quelqu’un remonte exactement à 10 minutes. J’étais en train de regarder une vidéo tuto d’Animal Crossing: New Horizons et en voyant ce que le joueur avait fait de son camping, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire : le sien est TELLEMENT plus beau que le mien, il est si doué, je n’aurai jamais cette vision.

La comparaison est un réflexe tellement naturel chez moi que je ne me rends plus compte qu’elle est ma compagne quotidienne. En période d’isolement social et alors que j’ai moins d’occasions d’être gratifiée de compliments, me comparer sans cesse peut m’amener dans un cercle d’auto-dépréciation plutôt désagréable.

Je me compare sur tout, tout le temps

En temps normal, je ne suis pas vraiment ma meilleure amie. Ma vie spirituelle et les petites voix qui traversent mes pensées n’ont pas la bienveillance de mes proches et de ma psy. Je me juge toujours plus durement que je ne juge les autres et dès lors, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. 

La comparaison n’a pas de limites, elle touche tous les aspects de ma vie. Souvent, je l’associe à une image fantasmée de la réussite telle que la société nous l’enseigne. Celles et ceux qui réussissent voient leurs talents reconnus, n’ont pas de problèmes d’argent, ont une carrière ambitieuse, une vie sociale épanouissante. Voir les autres réussir crée de l’envie et le succès me rend désireuse.

Je compare mon physique à celui d’une autre, et je la trouve plus sportive, plus dynamique. J’envie sa capacité à se discipliner pour faire du sport régulièrement et le bien-être que ça lui apporte.

Je compare ma situation financière à celle de ma pote, et moi aussi, j’aimerais bien avoir un filet pour lancer mes propres projets sans craindre de dilapider mes économies en quelques mois.

Je compare mon état d’esprit à cette influenceuse toujours souriante, si gentille et attentionnée, qui semble pouvoir ouvrir son cœur à n’importe qui et attire les gens qui lui veulent du bien.

Je compare ma carrière à celle de ce rôle modèle très inspirant, qui s’est créée des opportunités professionnelles incroyables et qui semble avoir une route toute tracée, sans craindre les lendemains.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond ? Alors que ma vie me plait, alors que je suis fière de ce que j’ai accompli, je ne suis jamais satisfaite et mes attentes se cristallisent sur des valeurs que je rejette d’ordinaire. Pourquoi je me prends la tête sur mon physique alors que je suis pour le bodypositivism ? Pourquoi je m’évertue à croire que l’argent fait le bonheur ? Pourquoi je focalise sur ma carrière alors que je veux avant tout profiter de mes proches ?

Je nage en plein paradoxe. Et le pire, c’est que j’en ai conscience et que ça a des conséquences.

Ce que provoque la comparaison

J’évolue dans un milieu où la pensée dominante est : « Si à 30 ans t’as pas publié un livre ou lancé un podcast qui fait la home d’Apple Podcast, t’as raté ta vie ». On ne le dit pas tout haut, non, mais au fond, tout le monde le pense.

J’ai la chance d’être entourée de personnes créatives et intéressantes, d’artistes et d’autrices avec qui on ne s’ennuie pas en soirée. Suivies par des communautés de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de personnes, elles sont respectées dans leur domaine.

Dans ce contexte, la comparaison est une véritable pression. Qu’aurai-je à raconter la prochaine fois qu’on me demandera « t’es sur quel projet en ce moment » ? Est-ce que je mérite d’évoluer dans ce milieu ? La pression réveille des insécurités enfouies et c’est toute ma confiance en moi qui peut être ébranlée.

Quand ça touche à mes insécurités, mes premiers sentiments sont encore moins glorieux, j’en ai un peu honte. Se regarder les tréfonds n’est pas toujours joli, et pour être parfaitement honnête, ces inquiétudes peuvent aussi susciter chez moi des relents de jalousie et un fort sentiment d’injustice.

Pourquoi ce mec qui n’a fait « que ça » est aussi apprécié alors que moi je me casse autant le cul pour dix fois moins de reconnaissance ? Forcément, il a des privilèges que je n’ai pas, non ? Et cette meuf là, elle est pas un peu surcotée ? Quand mes insécurités s’expriment, ma propension à vanter la sororité est en danger, je me sens moins solidaire.

Et ça me fait culpabiliser, car je sais les ravages que provoque la rivalité féminine. Dans la majorité des contextes, me comparer ne me rend pas aigrie pour autant. Je n’en suis pas au stade la jalousie maladive, celle qui rend cynique et paralyse.  

Heureusement, la comparaison a aussi ses bons aspects. Dans une période de confiance, elle peut agir comme un véritable moteur qui me pousse à me dépasser.

En voyant les autres réussir et aller au-delà de leurs limites, je me dis que moi aussi, j’ai le droit de viser plus loin que ce à quoi j’aurais pu être destinée. Dans ce cas, la rivalité avec les autres devient une compétition saine dans laquelle nous nous tirons toutes vers le haut.

Pourquoi je me compare aux autres ?

Alors pourquoi je ne peux pas m’empêcher de me comparer aux autres ? La psychologie sociale a sans doute des tonnes d’explications de biais inconscients qui provoquent ces mécanismes. Mais si je m’interroge, j’ai déjà quelques réponses en moi.

Souvent, je me compare pour me rassurer. Dans une société où je suis valorisée et reconnue lorsque je suis dans la norme et les standards, j’ai constamment besoin de vérifier que je fais les choses comme les autres. La norme est mon meilleur facteur d’intégration.

J’ai l’illusion qu’en parlant comme les autres,  en ayant les mêmes désirs que les autres, en évoluant comme les autres, je m’en rapproche. Si je suis difficile à saisir, difficile à cerner, si je me mets à la marge, je risque de me retrouver seule et isolée.

Et elle est là ma peur la plus profonde : si je me compare, c’est pour ne pas mourir seule. Alors comme une bonne élève, je me mets au pas, je rentre dans le moule et j’attends d’être acceptée.

Je me compare constamment aussi parce que la société compare tout, tout le temps. Quand une blogueuse poste une photo d’elle « avant/après », quand LinkedIn me propose de comparer mon salaire à celui de mes consœurs, quand un média fait un top des 10 meilleurs smartphones de 2020, ça normalise la dynamique de comparaison. Comment dès lors désapprendre cette habitude à nos cerveaux ?

Surtout, alors que les profils portés aux nues sont souvent ceux qui sont qualifiés de « meilleurs » dans la norme dictée par le plus grand nombre, ne pourrions-nous pas vanter les singularités de chacun et chacune ?

Parfois, la comparaison peut aussi être un moyen d’évacuer ma frustration et un fort sentiment d’injustice. Je passe alors de la comparaison au jugement de l’autre, voire à sa condamnation. Là aussi, c’est un réflexe pour me rassurer. Si je compare mon attitude àccelle des autres dans une situation précise, j’apaise la petite voix qui se demande constamment si je fais les choses comme il faut.

Par exemple, lorsque je compare ma discipline à mettre correctement un masque face à celle de certains mecs que j’ai pu croiser en faisant des courses et que je les catalogue inconsciemment dans la catégorie « gros cons », je m’offre un boost d’ego gratuit.

Oui, assez mal placé et méprisant, mais terriblement humain. Prendre conscience de cette tendance à juger et à l’utiliser pour flatter mon ego et me propulser en position de domination, c’est déjà un premier pas pour l’éviter à l’avenir.

Comment arrêter de se comparer aux autres ?

En lisant mes pérégrinations intérieures, tu t’es peut-être reconnue.

Et c’est normal puisque nous avons intériorisé ce réflexe de comparaison sans vraiment le savoir. Si certains aspects peuvent être positifs, d’autres te font peut-être souffrir. Voici donc quelques pistes pour travailler sur cette tendance à te comparer aux autres.

  • Identifie les moments où tu te compares

Ta première étape est une feuille blanche. Pour mieux comprendre ton fonctionnement, tu vas devoir identifier les déclencheurs qui t’amènent à te comparer aux autres. Sur quels aspects te compares-tu ? Quelles émotions cela provoque chez toi ? Quelles insécurités sont titillées ?

En commençant par cette introspection qui peut s’étaler sur plusieurs jours voire plusieurs semaines, tu apprendras à mieux te connaitre et à mettre des red flags lorsque cette tendance émerge.

  • Parle de ton processus avec les autres

Ce mec que tu admires tant pour sa réussite sociale ne s’épanouit peut-être pas autant que tu le penses. Cette amie dont tu envies le tour de hanche rêve peut-être d’avoir ton tour de poitrine. Nous cherchons souvent chez les autres ce que nous n’avons pas et nous ne sommes jamais vraiment satisfaites. C’est complètement humain !

En en parlant avec d’autres, tu arriveras peut-être à apprécier et à être plus reconnaissante de ce que tu as déjà. Il est possible que ce soit des choses sur lesquelles tu n’as même jamais porté d’attention !

  • Reparcours tes objectifs

Quelles sont tes insatisfactions ? Quels ambitions aimerais-tu atteindre ? En arrêtant de regarder ce que font les autres, c’est sur toi et tes propres aspirations que tu vas pouvoir te recentrer, pas celles que la société te dicte.

Cherche un juste équilibre entre ce qui te stimule et te permet d’atteindre des objectifs réalistes, pour éviter de te décourager.

  • Transforme ton regard sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont un miroir déformant de la réalité. S’ils apportent au quotidien de chouettes divertissements, n’oublie pas que les personnages qui s’y mettent en scène affichent un quotidien souvent fantasmé.

Rien ne t’oblige à quitter définitivement ces réseaux, mais tu peux réajuster leur utilisation en t’interrogeant sur l’image que les personnes que tu suis renvoient et en allant chercher des contenus de personnes qui n’hésitent pas à se mettre en vulnérabilité, à raconter leurs doutes, leurs galères, leurs échecs.

  • Apprends à t’aimer

C’est peut-être le conseil le plus difficile à suivre et il mériterait un dossier entier mais il est au cœur de ton introspection pour calmer ta tendance à te comparer. Je ne te dirai pas de te placer devant ton miroir pour trouver 3 choses que tu aimes chez toi (quoi que, si tu en as envie pourquoi pas), mais lorsque tu auras identifié les aspects qui réveillent le plus tes insécurités, tu pourras mieux travailler à t’auto-congratuler.

Plutôt que de ruminer toute la nuit sur ce que les autres font de mieux que toi, essaie de passer en revue ta journée et trouve X choses qui démontrent ta valeur. Moi par exemple, aujourd’hui, je suis fière d’avoir filé un contact utile à un ami et j’ai réussi à m’acheter tel truc qui me faisait plaisir grâce à mes économies. 

Enfin, n’oublie pas que Rome ne s’est pas construite en un jour. Chaque changement interne demande du temps, plusieurs étapes et de la patience. Comme d’habitude, sois indulgente avec toi-même et appuie-toi sur les autres pour t’accompagner sur ton chemin.

Maintenant, c’est à toi ! Est-ce que tu as noté cette tendance à te comparer ? Comment la combats-tu ? On en parle dans les commentaires !

À lire aussi : Ce que je m’empêche de faire par peur du regard des autres

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Le dernier commentaire

25 Mai 2020, à 10:38
C'est un sujet complexe la comparaison aux autres.
@grenouilleau : y a un TEDx qui est pas mal au sujet de la comparaison entre femmes et du fait que c'est un héritage du temps où il fallait être le meilleur "cheval" pour se faire acheter par un homme

Je vais essayer la technique conseillée dans l'article de noter mes instants comparaison.

En théorie, j'ai réussi des trucs cools dans ma vie. Mais en pratique, je ne suis "jamais assez bien" pour moi même. Je pense avoir des blessures-d'enfance-non-guéries moi aussi, via des parents peu sécurisants. La confiance en soi commence là après tout. J'ai pas trop de problèmes avec les inconnues sur les réseaux, c'est plutôt les personnes que je connais que j'envies : untelle qui a un boulot super bien payé, untelle qui est bonnasse et qui arrive à faire du sport, untelle qui est en couple stable et heureuse depuis longtemps. Tout est multifactoriel, tant du modèle de couple qu'aux opportunités pro/perso et de la filière pro qu'on a prise. Mais c'est dur de l'intégrer. J'y arrive toujours pas.

Là mon gros dilemme c'est la peur que la personne avec qui je suis parte pour une autre. Et l'avoir choisi, forcément c'est arrêter la recherche d'un compagnon. Et j'ai peur de passer à côté d'une "meilleure opportunités". Et je culpabilise de penser tout ça. Cercle vicieux bonjour.
 
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