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Confinement et alcool : les conseils d’une addictologue

Avec le confinement, la tendance est à l'apéro virtuel et au petit verre pour décompresser. Mais ces nouvelles habitudes présentent-elles un risque d'addiction ? Une addictologue répond.

Temps de lecture : 4 minutes

Avec le confinement, finis les apéros et dîners entre amis ! Depuis le 14 mars 2020, c’est sur Skype, FaceTime ou encore sur l’appli Houseparty qu’on retrouve ses proches pour décompresser et tenter de garder le lien.

Ces rendez-vous parfois quotidiens sont aussi l’occasion de s’ouvrir une bière ou de se servir un verre de vin. Et même deux ou trois. Et parfois à des moments où, dans notre vie pré-coronavirus, on n’aurait jamais sorti les cacahuètes (un mardi à 15h30 par exemple), et encore moins en solo. God bless le télétravail !

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Chez ceux qui vivent le confinement à plusieurs, l’appel du petit verre est aussi plus tentant, pour se relaxer après une longue journée à enchaîner les conf-call et/ou à courir après des enfants pour leur faire la classe.

Bref, il semblerait qu’on boive plus que d’habitude. Mais à quoi cette consommation d’alcool plus élevée que d’ordinaire est-elle due et y a t’il un risque d’addiction qui pourrait perdurer après le confinement ? Philippine Heraud, psychologue clinicienne et addictologue, nous donne quelques éléments de réponse.

L’alcool, un moyen simple et rapide pour tromper l’anxiété et l’ennui

Récemment, le site du quotidien d’actu 20 Minutes a lancé un appel à témoignages auprès de ses lecteurs et lectrices au sujet de leur consommation d’alcool pendant le confinement. Et les retours ne se sont pas fait attendre : en cette période de pandémie et de confinement, la canette de blonde ou le verre de rouge est devenu un moyen de tromper l’anxiété mais aussi l’ennui.

Pour Philippine Héraud, ça n’a rien d’étonnant : « Là où avant le confinement les gens pouvaient se remplir d’activités sociales, culturelles et sportives, aujourd’hui ils se voient obligés de combler le vide causé par l’isolement par d’autres occupations comme les écrans, la nourriture et l’alcool. »

Pour certaines personnes, la consommation d’alcool est aussi un moyen de lutter contre le stress causé par le confinement mais aussi par l’incertitude de la situation :

« On sait aujourd’hui grâce à différentes études qu’un confinement de 10 jours peut mettre dans le même état qu’un trouble de stress post-traumatique. La consommation d’alcool, chez des personnes anxieuses, peut être considérée comme une façon de gérer ce stress et les nombreuses questions sans réponse que soulève la situation actuelle : vais-je tomber malade ? Vais-je réussir à me nourrir correctement ? Combien de temps le confinement va-t-il durer ? »

Boire pendant le confinement : un risque de tomber dans l’addiction ?

Même si l’habitude de boire plus que la limite recommandée par les organismes de santé publics peut perdurer une fois le confinement terminé, Philippine se veut rassurante :

« En reprenant une vie normale, la grande majorité des gens retrouveront leur consommation de boissons alcoolisées habituelle. Il y a donc peu de risques qu’une véritable addiction à l’alcool se développe, même si ça peut arriver. Pendant la guerre du Vietnam, un grand nombre de soldats américains consommaient régulièrement de l’opium. On aurait pu croire qu’ils rentreraient chez eux avec cette nouvelle addiction, mais ça n’a pas été le cas. Tout est souvent une question de contexte et ce qui est devenu une habitude pendant le confinement devrait s’éteindre avec lui. »

En revanche, le confinement ne changera rien pour les personnes qui souffrent déjà de problèmes d’addiction ou de dépendance (environ 1/10 selon Philippine), qui continueront leur consommation de drogue ou d’alcool comme à l’accoutumé.

Qu'est-ce qu'une consommation d'alcool excessive ?Il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque, mais des consommations à risque plus ou moins élevé. Il n’existe donc pas de seuil de consommation qui permettrait à coup sûr de limiter les risques pour la santé tout au long de la vie.

Toutefois, un avis d’experts de Santé publique France et de l’Institut national du cancer a tenté de définir des risques acceptables et propose une valeur repère unique (aussi bien pour les hommes que pour les femmes) exprimée sous la forme d’un nombre de verres d’alcool standard.

Cette valeur repère est de 10 verres d’alcool standard par semaine, maximum, sans dépasser 2 verres standard par jour. Ces mêmes experts recommandent d’avoir des jours dans la semaine sans consommation.

Comment limiter l’alcool pendant le confinement ?

Pour limiter (et réduire) sa consommation de vin, bière et autres cocktails alcoolisés pendant le confinement, Philippine Heraud donne quelques conseils en fonction de la situation de chacun.

Si on a plutôt l’alcool « social », elle recommande de trouver d’autres activités à faire à distance avec ses amis que des apéros en visioconférence :

« Grâce aux nouveaux moyens de communication, on peut partager de nombreux moments avec ses proches comme faire du sport, jouer à des jeux en ligne et même regarder sa série Netflix préférée de façon synchronisée et la commenter en direct ! C’est tout aussi efficace pour créer du lien, le mal de crâne en moins. »

Si la consommation d’alcool est liée au stress ou à la peur, l’addictologue conseille de s’appuyer sur « un triptyque corps-tête-esprit » pour structurer sa journée et retarder au maximum le premier verre :

« Remplir son emploi du temps avec une activité physique, une activité cérébrale et un temps de méditation ou de prière peut aider à se sentir mieux et à ne pas se tourner vers l’alcool pour se rassurer. »

Pour tenter de combler l’inactivité mais aussi de contrôler cette « peur-démie » qui pousse les gens à ouvrir leurs bouteilles, le psychologue canadien Victor-Olivier Hamel-Morasse donne aussi quelques pistes :

  • Éviter le déni qui peut devenir explosif lorsqu’il est entretenu trop longtemps.
  • Éviter la panique, qui empêche de réfléchir et entraîne des comportements irrationnels.
  • Identifier les sources de contrôle et ce qu’on peut faire de nôtre côté pour se rassurer.
  • Trouver ce qui n’est pas annulé et ce qu’on peut continuer à faire même pendant le confinement.
Et dans tous les cas, si on a des questions ou que sa consommation d’alcool inquiète, il ne faut pas hésiter à appeler Alcool Info Service (0 980 980 930), qui continue de fonctionner pendant le confinement. 
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Le dernier commentaire

29 Mar 2020, à 23:50
J'avoue que cet article m'a laissée sur ma soif...

"En revanche, le confinement ne changera rien pour les personnes qui souffrent déjà de problèmes d’addiction ou de dépendance (environ 1/10 selon Philippine), qui continueront leur consommation de drogue ou d’alcool comme à l’accoutumé."
Cette affirmation me laisse très dubitative. Je pense que la situation (anxiogène) actuelle risque fort d'augmenter la consommation d'alcool de ces personnes déjà fragiles. La consommation d'un alcoolique n'est pas sociale. Un alcoolique boit seul - et l'alcool est un moyen d'apaiser angoisse, tension, solitude, incertitudes,...
Isolement dans un contexte plus angoissant que d'ordinaire = vous imaginez les conséquences :erf: C'est un environnement parfait pour renforcer les conduites alcooliques...

Quant aux conseils... peut-être utiles pour rappeler à quelqu'un qui n'a pas de problèmes particuliers avec l'alcool de faire attention pour ne pas prendre de mauvaises habitudes.
Mais pour quelqu'un qui souffre déjà d'alcoolisme...


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