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Comment le confinement m’a rendue accro à TikTok

Chloé Thibaud est journaliste, lectrice et contributrice de Rockie. En plein confinement, elle a décidé de découvrir TikTok, même si elle a 30 ans, et même si elle se dit "trop vieille pour ces conneries".

Temps de lecture : 5 minutes

Je ramène les bras en arrière en roulant des hanches, je fais un rectangle avec mes doigts, poing droit vers le bas à gauche, puis à droite, c’est pas compliqué c’est comme si je tournais une corde à sauter… Vite ! Bras en l’air, bras en l’air, bras en l’air et bras le long du corps…

Me voici, un mardi soir, depuis plus d’une heure seule face à mon téléphone, en train de répéter la choré TikTok de “Baby One More Time” avec autant d’acharnement que si Britney elle-même m’avait demandé de l’accompagner sur sa prochaine tournée.

“Où est le problème ?”, me direz-vous. Le problème, c’est que j’ai bientôt 30 ans. Et je me dis que je suis peut-être trop vieille pour ces conneries.

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La découverte de TikTok pendant le confinement

Avant le confinement lié à l’épidémie de coronavirus, je m’imaginais un peu TikTok comme l’Upside Down de Stranger Things : un univers parallèle dans lequel je ferais mieux de ne pas tremper l’orteil sous peine qu’il m’arrive des bricoles.

Réflexe de journaliste oblige, je m’étais inscrite secrètement en fin d’année dernière afin de comprendre pourquoi cette application, la plus téléchargée au monde en 2019 après WhatsApp, plaisait autant aux 16-24 ans (ils représentent les deux tiers des utilisateurs).

J’ai honte mais, franchement, au début je n’ai rien capté. “POV” ? “FYP” ? “#Renegade” ? “Like si je suis dans tes pour toi”, “Jugez pas, c’est mon premier slowmo”, “Ok, je suis un e-boy”, “J’aime trop le #facetracking” ?

Je me suis sentie aussi ringarde que ma mère quand elle prend l’accent “djeuns” et dit “zyva”. Mais au bout d’un certain temps, j’ai compris ce que tout ça voulait dire (j’ai aussi compris que le facetracking ne me mettait pas du tout en valeur) et j’ai voulu essayer.

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Mes premières vidéos, je ne les ai pas publiées. Je n’osais pas… Et si jamais quelqu’un que je connaissais me voyait ? Si jamais des rédacteurs en chef hyper sérieux à qui j’envoie mon CV hyper sérieux tombaient sur un TikTok de moi en train d’imiter Mariah Carey ?

Arrêtons de mentir, je suis complètement accro à TikTok

Mais ça, c’était avant… le confinement. Désormais certaine que je ne croiserai personne le lendemain, mes craintes se sont envolées et je me suis lancée le défi de réaliser un TikTok par jour pour tenir une sorte de journal de bord virtuel.

Il m’a fallu sept jours et quelques timides dubbings pour me retrouver en pyjama face caméra à me dandiner sur une parodie de Aya Nakamura. Confinement, bah ouais.

Je crois que c’est là que je me suis rendu compte que cette appli me faisait du bien : je danse, je chante, j’apprends des textes à la con, je relève des challenges inutiles où je dois faire des trucs improbables avec mes mains (je suis bien trop fière quand j’y arrive), bref !

Je m’amuse et, quand je suis là-dessus, je ne vois pas passer le temps. Je suis devenue tellement accro qu’il m’est arrivé de me relever une fois au lit pour tenter une dernière fois de faire un enchaînement sur cette foutue chanson “I’m a savage, yeaaah, classy, bougie, ratchet, gnagnagna”.

J’ai aussi refusé un apéro Skype et prétexté que je devais “finir d’écrire un article important” alors que j’étais en plein montage d’un TikTok où je devais mettre un pull de chaque couleur de l’arc-en-ciel.

Et récemment, j’ai carrément paramétré une limite de temps sur l’appli pour ne pas y passer plus d’une heure par journée (spoiler alert, ça ne change rien : au bout d’une heure, j’appuie sur “autoriser encore 15 minutes” et je répète l’opération quand les quinze minutes se sont écoulées).

TikTok : un réseau accessible à tous et toutes

Là où Instagram continue d’être un temple du Beau, me propose des photos d’influenceuses en train de bronzer sur leur toit parisien ou de cuisiner des petits plats healthy, TikTok me parait moins fake et bien plus drôle en ces temps difficiles.

D’ailleurs, de nombreux·ses instagrameur·se·s aux 500K followers n’en ont même pas 1000 sur TikTok. Ici, les cartes sont redistribuées (je dis ça j’ai 50 abonnés).

Et ça me fait plaisir de voir de nouvelles têtes, de découvrir des talents qui n’auraient jamais émergé selon la logique des autres réseaux sociaux : je pense notamment à des personnes en surpoids ou handicapées, mais aussi à des personnes âgées (vraiment âgées) qui partagent des beaux moments de complicité avec leurs petits-enfants.

J’ai eu un coup de cœur pour cette mamie :

@sevengood7Quand tu mange trop épicé PART 2 😂😂 ##foryou ##grandma ##confinement ##coronavirus ##happyathome ##viral ##france ##pourtoii ##pourtoi ##spicy ##grandmom♬ Let’s move out – sarahplus3x

Depuis mi-mars, j’ai vu débarquer beaucoup de trentenaires sur l’appli qui, comme moi, semblent s’excuser d’être là : “Too cool for school mais too old for TikTok” (c’est ma bio, jugez-pas).

J’ai aussi suivi les aventures de jeunes femmes qui, comme moi, n’excluent pas l’idée d’y trouver un mec mais s’aperçoivent que les beaux gosses qui likent et commentent leurs vidéos n’étaient même pas nés pour ramener la coupe à la maison en 1998.

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TikTok et la célébrité, c’est pas (encore) ça

Pour nous, les (presque) trentenaires, c’est un fait : nous ne sommes ni assez jeunes ni assez vieux pour percer. Enfin, c’est ce que je me dis pour me rassurer quand, après avoir passé toute une matinée sur une vidéo, elle me rapporte 3 j’aime, alors que la nana juste après moi qui s’épile les sourcils en doublant mal un audio pas drôle en récolte 120K.

Oui, TikTok ça rend aigrie, aussi. Parce qu’il y a cette rumeur qui circule, cette légende urbaine qui raconte : “Parfois, tu vas te coucher, ta vidéo a fait 2 vues. Au réveil, tu comprends pas ce qui t’arrive, elle en a 1 million et, sur ton tel, tu as un sms d’Ellen DeGeneres qui veut te recevoir dans son émission.”

Ok, j’en rajoute, mais je ne vous cache pas que j’ai connu ce suspens au réveil. Au moment où je vous écris, ça ne m’est encore jamais arrivé. Mon plus gros “buzz” (1900 vues, ah.ah.), je le dois à une parodie de Confessions nocturnes de Diam’s et Vitaa.

@chloe_thbd##Confinement jour 13. ##confessionsnocturnes ##diams coucou @vitaa_officiel 🤗 ##pourtoi ##foryou ##journaldebord ##foryoupage♬ son original – chloe_thbd

Pour accéder à la célébrité, j’ai même tenté de partager mes moments de loose du confinement : le jour 15 où j’ai coupé ma frange toute seule avec des ciseaux de cuisine ; le jour 31 où mes toilettes ont décidé de ne plus fonctionner… mais rien n’y fait.

Je reste anonyme, et c’est peut-être mieux comme ça. Entre nous, la célébrité serait trop compliquée à gérer une fois déconfinée. Vous imaginez les demandes de selfies avec les masques, les autographes mal écrits à cause des gants ?

Non, vraiment, c’est mieux comme ça. Et puis ma mère me l’a dit : elle, je la fais rire ! À défaut de pouvoir la serrer dans mes bras, c’est déjà ça.

Allez zyva, je dois vous laisser, j’ai une choré à travailler.

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Le dernier commentaire

26 Avr 2020, à 12:54
Merci pour cet article. Je n'ai pas TikTok et je ne pense pas m'inscrire (comme Netflix… je passe déjà trop de temps sur internet !) mais je suis content de voir un peu à quoi ça ressemble et que ça peut donner une énergie positive :) Et Instagram me donne encore moins envie d'y aller du coup !
 
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