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Confinement et troubles du comportement alimentaire : comment tenir le coup

Comment gérer ses TCA en pleine période de confinement ? Comment faut-il réagir face à ses angoisses quand on est cloîtrée chez soi avec un frigo plein ? Marie, psychologue et contributrice de Rockie, te donne quelques conseils pour t'aider.

Temps de lecture : 7 minutes

TCA et confinement

À la fin de cet article, tu pourras découvrir également un témoignage à lire chez madmoiZelle.

« Je vais rester enfermée chez moi, manger tout ce qu’il y a dans les placards, et je vais grossir »

En cette période de confinement, c’est une angoisse très présente, notamment pour les personnes souffrant de Troubles du Comportement Alimentaire (TCA).

Bien sûr, nous ne sommes pas tous égaux devant ces appréhensions : pour certaines personnes cela reste gérable, pour d’autres ça devient une véritable obsession, tant grossir est une source d’anxiété.

TCA : une grande difficulté supplémentaire pendant le confinement

Pour les personnes atteintes de TCA,  être enfermées face à son corps avec un frigo plein de nourriture est un véritable challenge. Dès les premiers instants, l’angoisse s’installe, car on ne peut plus mettre en place les astuces qui nous permettent habituellement de tenir nos peurs et nos compulsions à distance.

Il n’y a plus d’échappatoire, on est face à une source de nourriture mais aussi face à nos compulsions, sans défense, puisque le confinement les a balayées d’un seul coup.

On voit bien comment, à ce moment-là, le corps devient un ennemi : c’est contre lui que nous allons devoir mener une guerre. Ce corps qui nous envoie des signaux de faim, qui grossit même si nous faisons tout pour le restreindre, qui est tout le temps présent alors qu’on aimerait l’oublier pour une fois. Il faut dresser un plan d’attaque pour qu’il nous laisse tranquille, pour le contrôler.

Et là s’enclenche un cercle qui ne va plus s’arrêter : je me restreins, je suis assez forte pour ignorer les signaux que mon corps m’envoie, je mange compulsivement (binge eating*) le paquet de gâteaux que j’essaye d’ignorer depuis quelques heures, je culpabilise, je me restreins.

*Le binge eating désigne l’absorption d’une grande quantité de nourriture sur un temps court accompagnée d’une perte de contrôle.

TCA : d’où viennent ces pulsions ?

Les compulsions alimentaires sont souvent symptomatiques de deux types de troubles du comportement alimentaire : la boulimie et l’hyperphagie.

La boulimie est définie par B. Brusset dans le Nouveau traité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent comme « des accès d’absorption rapide et incontrêlée de grande quantité de nourriture sous l’effet d’une contrainte ressentie comme plus ou moins irrépressible, et se terminant typiquement par le vomissement provoqué, parfois le sommeil. »

L’hyperphagie boulimique est définie dans le DSM V (le livre de référence en psychiatrie et en psychologie qui détaille tous les critères de diagnostic pour les troubles mentaux) par des crises de « binge eating » récurrentes et sources de beaucoup de souffrances, sans vomissement ou pratiques d’élimination, ce qui peut conduire au surpoids ou à l’obésité.

Ces deux troubles ont en commun des compulsions alimentaires récurrentes qui correspondent aux caractéristiques suivantes:

  • manger beaucoup plus rapidement que la normale
  • manger jusqu’à se sentir inconfortablement pleine
  • manger de grandes quantités de nourriture sans ressentir la faim physiquement
  • manger seule, parce qu’on se sent gênée par la quantité de nourriture que l’on absorbe
  • se sentir dégoûtée de soi-même, déprimée ou très coupable après avoir trop mangé

Ce trouble a une fonction salvatrice pour l’appareil psychique de l’individu, il l’aide à lutter contre ses angoisses. Cette fonction est tellement puissante et elle aide à contenir des angoisses si importantes qu’elle est difficile à estomper.

Ces angoisses contre lesquelles l’individu se bat ont des sources variées et propres à chacun. Il existe beaucoup d’interprétations dans le champ de la psychologie sur l’origine psychique de ces troubles, comme la régression au stade oral, ou la dépendance psychique à un objet, par exemple.

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Ils sont bien détaillés dans l’article de Nathalie Dumet dans Les cahiers de la psychologie Clinique, où elle souligne que ces compulsions servent souvent de décharge émotionnelle, c’est-à-dire qu’elles expriment par le corps des émotions qui nous débordent et que nous n’arrivons pas à traiter.

Il semble que ces troubles puissent servir à combler une brèche émotionnelle et aussi un manque d’estime de soi criant. Elles font partie d’un cercle qui s’auto-entretient : je mange pour gérer mes émotions, mes émotions me débordent donc je mange beaucoup, je maltraite mon corps en lui faisant ressentir un mal-être, ce mal-être est insupportable donc mes émotions me débordent etc.

TCA : Comment ne pas céder aux pulsions plus que d’habitude ?

Dans ce contexte particulièrement anxiogène de confinement, nos compulsions alimentaires peuvent être plus présentes que d’habitude. Beaucoup essayent de contrôler ces pulsions pour ne pas les laisser gagner la bataille et pour ne pas sombrer dans les crises de « binge eating » et la mésestime de soi.

Or, par ce processus, une bataille s’engage avec notre propre corps et nos propres émotions. Le but de cette bataille est de faire taire tout le monde, pour être en paix, de faire taire ces émotions négatives qui expriment une angoisse et qui donnent à notre corps l’envie irrépressible de manger.

On se rend compte que cela revient à empêcher une partie de nous de s’exprimer, et donc de rentrer dans une relation de maltraitance avec nous même : « Mes émotions s’expriment trop fort, mon corps est trop présent, je veux contrôler, tout ça, bâillonner mes émotions pour être tranquille ».

Plus ce processus va être actif, plus on va empêcher ses émotions de s’exprimer, plus notre mal-être va être important et plus les compulsions alimentaires vont être présentes.

Pour les personnes atteintes de TCA, les restrictions alimentaires et le contrôle peuvent être à double tranchant : d’abord vécues comme protecteur, le contrôle relance dans un deuxième temps nos angoisses et donc nos compulsions.

Est-ce que cela revient à dire qu’il faut céder à toutes ses pulsions pour ne plus être angoissée ? Pas vraiment, puisque, comme nous l’avons vu, ces pulsions expriment un mal être et font du mal à notre corps en lui faisant ressentir des émotions inconfortables (trop plein, nausées, lourdeur, douleurs).

En revanche nous sommes capables d’écouter ces pulsions, de les prendre en compte, sans leur céder. Il s’agit de mettre en place une écoute bienveillante envers son monde intérieur, le laisser s’exprimer pour éviter qu’il nous déborde.

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La méditation en pleine conscience : un moyen de sortir de ce cercle vicieux

Je reste volontairement vague car tout ce processus est très personnel, il relève de l’intériorité de chacun. En tant que psychologue, ma posture n’est pas de dire ce qu’il faut faire pour aller mieux, mais d’aider à trouver la solution qui est la plus adaptée à chacun.

Il n’y a pas de recette magique. Il ne s’agit pas de modifier la personne que tu es. Il s’agit de pouvoir s’accepter et de bien vivre avec ce que l’on est.

En revanche il existe quelques pistes à explorer pour pouvoir mettre en place cette écoute bienveillante de toi à toi dans cette période de confinement.

La méditation en pleine conscience est une piste intéressante. Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris, explique que « c’est l’attention portée à l’expérience vécue et éprouvée sans filtre (on accepte ce qui vient), sans jugement (on en décide pas si c’est bien ou mal, désirable ou non), et sans attentes (on ne cherche pas quelque chose de précis). »

Pour expliciter ses propos, ça veut dire que la médiation en pleine conscience est un moment fait pour observer nos sensations au moment présent sans se dévaloriser, ou sans se comparer aux autres, ce qui permet de ne pas filtrer les sensations qui arrivent jusqu’à notre conscience en cet instant.

C’est un moment où le but n’est pas d’être exigent avec soi-même, mais au contraire d’accepter toutes nos émotions, y compris celles que l’on préfèrerait ignorer.

Dans le quotidien, nous prenons rarement le temps d’entamer ce processus, mais justement en ce moment il est peut être plus facile de se dégager du temps pour nous, les impératifs horaires du travail et de la vie nous laissent peut-être un plus plus tranquilles.

On peut ainsi se mettre à l’écoute de ses propres émotions, les laisser s’exprimer sans les juger ou les mettre de côté. Parfois c’est un processus compliqué. Il existe pour cela des vidéos, sur YouTube notamment, pour guider ce cheminement vers soi. Il y a par exemple la chaîne de Namatata, qui est aussi une application qui propose des méditations en pleine conscience guidées.

En parlant d’application il y a aussi Petit Bambou, qui peut te permettre de prendre ce temps.

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Manger en pleine conscience : faire la différence entre le besoin et la compulsion

On peut aussi manger en pleine conscience. Pour les personnes atteintes de TCA, ça peut faire toute la différence. Il s’agit de vérifier si nous sommes d’accord avec ce que nous mangeons.

Si on y arrive, on peut éviter de céder à nos pulsions puisqu’on prend le temps de se demander si on est d’accord avec ce que l’on va manger, si ça nous fait plaisir.

Et parfois on peut se rendre compte que ce qu’on mange ne nous rend pas particulièrement heureuse ou qu’après l’avoir mangé on se sent mal. Cela voulait peut-être dire qu’il s’agissait d’une compulsion, davantage que d’un besoin de notre corps.

Jean Laval a fait une vidéo à ce sujet sur sa chaîne Youtube, il y explique sa manière de manger en pleine conscience et rassemble des conseils utiles. Par exemple, une fois que son plat est devant lui, avant de manger, il prend le temps d’apprécier le moment, d’écouter ses sensations.

Tenir un journal émotionnel : une aide pour lutter contre les TCA

Parfois, il est difficile de s’écouter sans support, sans quelque chose qui concrétise nos émotions. L’écriture peut être un bon moyen de rendre ses émotions plus concrètes.

On peut, pas exemple, tenir un journal émotionnel. Il s’agit de noter nos émotions en réponse à une situation afin de pouvoir les observer et les analyser.

Par exemple dans le cas des TCA : « J’ai mangé un paquet de gâteaux au chocolat car je suis en confinement et je n’ai pas pensé à acheter d’autres encas pour les petites faims dans l’après-midi. Je me suis sentie mal, j’avais la sensation d’avoir trop mangé et de ne pas m’aimer. Je m’en suis voulue toute l’après-midi. »

Après ce constat, on peut se faire une suggestion, une piste permettant de gérer cette situation comme : « Acheter des encas que je peux manger en quantités raisonnables, qui ne réveillent pas mes compulsions alimentaires ».

Ou aussi : « j’étais anxieuse cet après-midi là car le télétravail me met vraiment la pression. Je peux faire une séance de méditation avant de manger pour pouvoir essayer de calmer mes émotions ».

Bien sûr, on peut aussi relater nos émotions positives de la journée et les analyser de la même manière. Cet article sur le journal émotionnel vous donnera quelques pistes pour aller plus loin.

Enfin, ce confinement va un jour s’arrêter. Et même s’il y a eu des ratés, si tu as pris du poids durant cette période ou si tu as eu davantage de compulsions alimentaires que d’habitude, tu pourras analyser ce moment comme un véritable challenge qui s’est imposé à toi.

Et même si tu n’as pas été parfaite comme tu l’aurais souhaité, tu auras fait de ton mieux pour respecter ton corps dans cette tourmente.

TCA et confinement

En cliquant sur ce lien, tu peux lire le témoignage d’une madmoiZelle. Force et courage à toi, tu n’es pas seule !

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Le dernier commentaire

30 Mar 2020, à 22:08
@lorad Tout mon soutien et beaucoup de courage à toi…
 
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