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Pourquoi il faut prendre la Convention Citoyenne pour le Climat au sérieux ?

La Convention Citoyenne a rendu 149 propositions pour répondre à l'urgence climatique. Des propositions ambitieuses qui ne sont pas prises au sérieux par tout le monde !

Temps de lecture : 5 minutes

As-tu entendu parler de la Convention Citoyenne pour le Climat, chère Rockie ?

Cette Convention a été réunie en octobre 2019 à la demande d’Emmanuel Macron pour tenter de répondre à une question :

Comment réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ?

Dans un esprit de justice sociale suite à la crise des gilets jaunes, 150 citoyens ont été tirés au sort parmi des volontaires pour travailler de concert avec des experts et faire des propositions pour répondre à l’urgence climatique.

Les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat

Ces derniers ont présenté jeudi 18 juin 149 propositions sur plusieurs volets : se déplacer, se loger, se nourrir, consommer, produire et travailler.

Parmi leurs propositions, on retrouve la révision de la Constitution pour y intégrer la protection de l’environnement, la suppression progressive de tous les plastiques à usage unique ou encore un vaste plan de rénovation des logements pour les rendre moins polluants.

Si tu souhaites avoir plus de détails sur les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, j’ai écrit un récap’ sur madmoiZelle !

Tu peux aussi retrouver les 500 pages du travail de la Convention sur leur site, en cliquant ici.

La Convention Citoyenne pour le Climat : pas assez prise au sérieux

Mais ce dont je voudrais te parler aujourd’hui, c’est d’un sujet que me titille : que cette Convention Citoyenne pour le Climat ne soit, pour beaucoup, pas prise au sérieux.

Je t’en avais déjà parlé en février sur madmoiZelle, lorsque une jeune membre de la Convention de 17 ans s’était fait apostropher par le président de la Ligue pour la protection des animaux Allain Bougrain-Dubourg sur le plateau de C Politique.

Je te laisse regarder l’extrait :

Maintenant publiées, les mesures pourtant ambitieuses, appuyées par des experts et fruit d’un processus de démocratie participative ne manquent pas de déclencher de vives critiques.

Le magazine économique Challenges qualifie ainsi la Convention de « modèle de bien-pensance ».

L’avocat en droit Arnaud Gossement, cité dans Le Monde, estime de son côté que « la quasi-totalité des sujets qui fâchent » ont été mis de côté, et que le rapport final de la Convention est de l’ordre d’un « catalogue de bonnes intentions ».

Convention Citoyenne pour le Climat : des propositions indéniablement ambitieuses

Que l’on soit d’accord ou pas avec les propositions qui ont été faites (le Medef a par ailleurs estimé que certaines étaient « trop extrêmes »), ces dernières relèvent de savoirs experts et sont ambitieuses.

Les propositions des 150 citoyens ne sortent pas de nul part : ces derniers se sont appuyés sur des rapports et des savoirs experts, et ont été accompagnés de scientifiques, d’associatifs, de syndicalistes, d’administratifs ou encore d’entrepreneurs.

Saluées par de nombreux politiques et membres de la société civile, les propositions ont aussi été bien accueillies par la plupart des ONG environnementales, dont certaines étaient pourtant sceptiques lors du lancement de la Convention.

« Nous attendrons de voir si les mesures sont reprises et nous nous attellerons à les rendre visibles, compréhensibles. Nous en jugerons peut-être certaines pas assez ambitieuses, mais si elles étaient toutes appliquées, on ferait un pas de géant », déclare ainsi au journal Le Monde Anne Bringault, responsable transition énergétique à Réseau Action Climat.

Même son de cloche chez Greenpeace, qui aurait aimé que les propositions aillent encore plus loin mais souligne dans Le Monde que « ces neuf mois de travaux ont montré qu’il était tout à fait possible de se retrouver sur des mesures ambitieuses pour le climat en intégrant la justice sociale, à contre-courant de la politique gouvernementale ».

Les 150 citoyens n’ont en effet pas hésité à proposer des mesures audacieuses et pas franchement consensuelles, comme la limitation à 110km/h sur les autoroutes, la réduction du temps de travail hebdomadaire à 28h hebdomadaires ou la suppression de tous les plastiques à usage unique d’ici 2023.

La Convention Citoyenne pour le Climat, ou l’émergence de propositions expertes dans l’espace public

Dans son éditorial, le journaliste de Challenge déplore le « manque d’originalité » des propositions.

Mais… dans cette lutte contre le réchauffement climatique, est-on réellement à la recherche « d’originalité » ?

Les propositions de la Convention ne sont peut-être pas originales, mais si elles ont déjà été théorisées depuis longtemps par des experts, force est de constater qu’elles ne sont TOUJOURS PAS mises en place au niveau politique.

Le but de le Convention Citoyenne pour le Climat, c’est de faire remonter ces propositions dans le débat public afin qu’elles se traduisent en véritables politiques plus que de faire de l’innovation.

La directrice générale de la Fondation européenne pour le climat Laurence Tubiana se félicite ainsi, dans un article du Monde :

« La majorité de ces mesures n’est pas nouvelle, mais les citoyens sont allés plus loin que ce qui existait déjà. Leur ensemble est cohérent, ambitieux et technique. »

Nous verrons si la réponse du gouvernement sera à la hauteur du travail fourni par les 150 citoyens, mais pour l’instant, leurs propositions sont diffusées, discutées, débattues dans l’espace public.

Et pour moi, cela donne déjà une certaine force de frappe à ces propositions.

Convention Citoyenne pour le Climat : une légitimité citoyenne

Les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ont été tirés au sort parmi des citoyens volontaires. Selon Julien Blanchet, rapporteur général de la Convention :

« Les membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ne représentent pas les Français comme peuvent le faire les parlementaires.

Par contre, ils décrivent une diversité de la France, et c’est cela qui leur confère une légitimité. »

Mais attention, la méthode utilisée pour le tirage au sort prenait avait pour objectif d’obtenir un échantillon représentatif de la population.

Tu peux en retrouver le détail sur le site Internet.de la Convention pour le Climat.

Ainsi, les 150 citoyens sont composés à 51% de femmes et à 49% d’hommes – conformément à la réalité de la société française – et de 6 tranches d’âges proportionnelles à la pyramide des âges, de 6 niveaux de diplômes.

La diversité des catégories socio-professionnelles en France y est reflétée, et les membres viennent de tout le territoire.

Bref, tu l’auras compris, tout a été fait pour que le groupe de travail soit le plus représentatif possible de la population française !

Les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat : prêtes à l’emploi

Selon Le Monde, un tiers des propositions ont été traduites juridiquement, ce qui signifie qu’elles sont prêtes à faire l’objet d’une proposition de loi.

Les citoyens ont en effet travaillé avec des juristes pour traduire leurs mesures en termes juridiques.

Les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat : viables financièrement

Combien vont coûter les mesures proposées par la Convention ?

L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) a tenté de répondre à cette question en effectuant une première estimation.

Selon l’I4CE, la mise en place des propositions reviendrait à une augmentation de 6 milliards d’euros par an des dépenses de l’Etat. Sur son site Internet, l’I4CE explique :

« On voit que les montants en jeu ne sont pas négligeables pour les finances publiques, mais ils restent dans l’ordre de grandeur d’autres décisions budgétaires prises par l’Etat, y compris avant le contexte du Coronavirus.

Par exemple, la suppression de la taxe d’habitation a coûté 16 milliards par an à l’Etat. »

Si ces mesures ont un certain coût, leurs bénéfices les justifient largement selon l’I4CE, qui poursuit :

« Ces efforts, menés au nom du climat, vont également se traduire en factures d’énergie réduites, en amélioration des transports ferrés et en réduction de la pollution de l’air (particules fines et azote) avec des gains significatifs pour la santé et le bien-être. »

Convention Citoyenne pour le Climat : quid de l’après ?

La principale critique que l’on peut faire à la Convention Citoyenne pour le Climat, c’est selon moi sur la question de l’après : le gouvernement va-t-il prendre des mesures conséquentes pour traduire ces propositions en lois ? 

Va-t-il au contraire s’en servir comme d’un « vernis démocratique » ?

Même si je ne suis pas, je l’avoue, ultra optimiste sur cette question, la Convention Citoyenne pour le Climat aura au moins eu le mérite de faire émerger dans le débat public et de faire connaître par le grand public un ensemble de mesures environnementales.

C’est un pas de plus dans la prise de conscience écologique qui va dans le sens du changement politique.

Elle montre aussi que nous, en tant que citoyens, avons la capacité de changer les choses via des outils de démocratie participative. Démocratie participative qui, je l’espère, continuera à se développer dans le futur.

Et toi, quel est ton avis sur la question ? Viens m’en parler dans les commentaires !

À lire aussi : L’écologie « du quotidien » est une charge mentale pour les femmes, selon Emma

 

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Le dernier commentaire

30 Juin 2020, à 11:47
Je vous conseille de jeter un coup d'oeil à l'association Anticor. Je trouve que leur travail est important et permet de mettre en lumière la corruption des politiciens que ce soit à l'échelle locale ou nationale. En tant que citoyen.ne, c'est important de soutenir des associations comme celle-ci. Ce n'est pas suffisant mais c'est quand même un contre pouvoir.
 
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