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Mon corps, le plus beau témoin de ma vie

Mon corps, le plus beau témoin de ma vie

Aujourd'hui sur Rockie, nous te proposons de lire un témoignage inédit de la série "Corps à cœur, Cœur à corps" que Léa Castor réalise chaque semaine pour madmoiZelle. Cette fois-ci, c'est Suzanne, 28 ans, qui lui a parlé de sa relation avec son corps.

Temps de lecture : 4 minutes

Salut toi ! Comment tu vas ?

Suzanne m’a écrit ce texte sur l’évolution de son corps au fil du temps, comment elle s’est définie et se redéfinie avec lui. J’ai trouvé ça chouette et j’ai eu envie de le partager cette semaine dans ce Corps à cœur, Cœur à corps.

Corps à cœur, Cœur à corps

Si tu n’as pas suivi, il s’agit d’une série de témoignages illustrés par Léa Castor, mettant en avant des personnes qui ont décidé d’avoir un regard plus positif vis-à-vis de leurs complexes physiques.

Il ne s’agit pas de se sentir bien À TOUT PRIX (ça suffit les injonctions, oh !) ou de dire qu’il y a des complexes plus importants que d’autres, mais d’observer les chemins que prennent différentes personnes pour se sentir plus en paix avec elles-mêmes.

Tous les corps sont différents, ça te dit de les célébrer avec moi chaque semaine ?

Les illustrations sont faites par mes petites mains et à partir de photos envoyées en même temps que le texte. J’en reçois plusieurs et je choisis celle qui m’inspire le plus.

Donc, sans plus attendre, le témoignage de cette semaine.

Mon corps, tu as de beaux jours devant toi

Cher corps,
Il y a quatre ans je t’ai écrit ce texte :
« Je remarque pour la première fois
à cause du clair-obscur des fines rides
à la naissance de mes seins.

À 24 ans. Bam.

Elles étaient là, cela n’a duré que quelques
instants, seulement le temps de l’éclaircie
et de mon reflet sur l’écran de mon ordinateur.
Sur la peau rendue dorée elles étaient là,
de petits plissements fins, juste au-dessus
du rebondi, et de la ligne de mon tee-shirt.

Je perds déjà, il faut croire, la fermeté
impudente. Je vais devenir une femme qui
a eu de beaux seins. Les deux globes qui font
ma fierté lorsque j’enlevais mes vêtements
seront bientôt lourds.

Et si ce n’était que mes seins.

Mais ma gorge ? Mais la base de mon cou
et la texture de ma peau ? Je n’avais pas envisagé
qu’ils puissent me trahir.

Je ne pensais pas que la décadence viendrait
par là. Mon visage est encore lisse. J’ai une peau
de bébé. Haïssez-moi, je n’ai jamais souffert
d’acné. Aurais-je du renoncer au soleil ?
Quelle est la prochaine étape ?

Ces petites lignes blanches dessinent un
long V qui s’écrase. »

Je connaissais mon corps et j’avais appris
à l’aimer, je l’aimais avec ses rondeurs,
ses lourdeurs, le pantalon qui se déchire
toujours au niveau des fesses et les cuisses
qui frottent jusqu’à brûler sous les robes
fleuries en été.

J’ai observé les femmes de ma famille,
ma mère et la mère de ma mère surtout.

Dans ma famille, on ne devient pas des vieilles
rabougries, non. On devient des matriarches
avec des soutiens gorges grands comme
des toiles de tente.

J’avais des grosses fesses et un ventre qui
faisait des plis mais mon décolleté compensait,
mon amoureux m’a dit une fois que j’étais
une « déesse callipyge ».

Un certain Clément a écrit un poème à
la gloire de mes seins ! Un autre une chanson
intitulée « baise-moi ! »

Putain, j’ai 28 ans et je me sens nostalgique
comme une aïeule.

Et maintenant, quatre ans après ces premières
inquiétudes j’ai eu tort sur toute la ligne.
Après un enfant que j’ai porté et nourri,
mes seins que je m’attendais à voir s’alourdir,
ont presque disparu.

Je ne m’y attendais fucking pas.
J’ai fondu bizarrement, je me vois dans la glace
et on dirait un babybel oublié au soleil.
Ma poitrine est posée, légèrement aplatie,
mon ventre est creusé mais a toujours des plis
et du gras.

Cher corps, tu me montres comme ma vie a
changé ces derniers temps. Je me sers de toi
tous les jours à présent je ne suis plus penchée
sur un ordinateur, mes bras ont minci,
ma taille aussi, pas mon cul, non, la génétique
est plus forte que tout.

Je suis marbrée de vergetures pâles pour bien
rappeler les étapes de ma vie.

Je me regarde dans la glace et je ne me
reconnais pas.

J’étais fière d’avoir réussi à t’aimer mon corps
et j’ai l’impression que je dois recommencer
à zéro.

J’ai été la fille dodue et marrante et maintenant
je suis quoi ? La maman qui s’entête à faire
du topless avec son corps en pâte à pain et
deux petits seins épuisés ?

En me déshabillant pour prendre cette photo
je me suis rendue compte de quelque chose
de nouveau en moi : des muscles, timides
encore mais présents.

Des muscles qui témoignent des seaux d’eau
portés, des réveils à 5h30, de mes kilomètres
de marche quotidiens, de mes deux
petits-déjeuners car j’ai toujours faim, des bottes
de foins transportés, de la grange rénovée,
des animaux que je peux soulever, des sacs
de grains de 25 kilos que je mets sur
mon épaule et de mon fils que je porte
sur la hanche quand on se promène
sur la ferme.

J’ai hâte d’avoir trente ans.
Cher corps tu as de beaux jours devant toi.

Témoigner sur ses complexes, ça fait quoi ?

J’ai également demandé à Suzanne de faire un retour sur cette expérience : témoigner et voir son corps illustré, ça fait quoi, qu’a-t-elle ressenti ?

Ma première réaction en recevant ton dessin
est de voir que le document s’appelait :
« témoignage-corps-vieillir » et de me dire
que c’était un peu cash et aussi que cela
résumait exactement le contexte
de cette expérience.

Lorsque j’ai écrit ce témoignage j’avais besoin
de faire le point, je ne me sentais pas vraiment
légitime à témoigner, mais je voulais essayer
de mettre des mots pour m’approprier
ce nouveau corps.

Depuis je crois que j’ai réussi à « tourner la page »
de toutes ces années à me scruter pour voir
quel allait être le produit fini.

J’ai réalisé avec ce dessin qu’il n’y aurait pas
de fin à l’évolution de mon corps et qu’il
continuerait à s’adapter aux besoins
que j’aurais de lui.

Je reconnais dans ce dessin celle que j’étais
il ya quelques temps, on dirait que l’image
est en mouvement, le bras seulement figé
pour quelques secondes et je trouve
cela magnifique.

Merci encore Léa !

Pour suivre Léa Castor, rendez vous sur Instagram et Facebook !

 

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Le dernier commentaire

5 Fev 2019, à 22:39
ma mere m'a jamais dit je t'aime, elle l'a mis sur papier sur des cartes d'anniv, mais jamais elle n'a dit les mots.
et moi tous les soirs je le murmure a l'oreille de mes fils pour qu'ils le sachent. je le dis a mon homme tous les jours le matin, tous les soir, car rien n'est acquis!
Beaucoup de similitude dans nos vécus. Certains parents reproduisent, nous avons fait l'inverse, et choisi de donner ce que nous n'avons pas reçu.
 
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