Close

Je suis en couple mais je ne veux pas vivre sous le même toit que mon mec

Échaudée par une première expérience de vie à deux, cette lectrice de Rockie a décidé à 31 ans de ne pas s'installer avec son nouveau compagnon. Elle t'explique son cheminement.

Temps de lecture : 6 minutes

Appel à témoignages La rédaction de Rockie est constamment à la recherche de témoignages de ses lectrices et lecteurs. Si tu souhaites partager un morceau de ton vécu avec nous, tu peux nous envoyer ton texte ici.

À 23 ans, j’ai rencontré un homme, avec qui j’ai vécu un amour fusionnel. Nous nous sommes installés ensemble quasiment dans le mois où nous nous sommes connus.

Trois ans plus tard, nous avons acheté notre appartement, un petit nid que j’aimais d’amour et nous avons décidé de nous marier. Nous étions sur l’autoroute de la vie « standard », pour ainsi dire. Il ne manquait plus que le bébé, mais je traînais un peu de la patte, n’ayant jamais été très portée sur les enfants, au grand dam de mes amies en peine de baby-sitter.

Je tiens à préciser que je ne méprise aucunement cette vie classique choisie par beaucoup d’entre nous. Mais je sentais bien que quelque chose n’allait pas chez moi, et qu’une voix intérieure me criait mon insatisfaction.

Vivre en couple et partager les tâches ménagères

Au début, le partage des tâches ménagères était assez équilibré. Il est maniaque et moi bordélique, il passait donc du temps à ranger et nettoyer et me poussait à faire des efforts sur ce plan là, que je faisais en rechignant.

En revanche, je gérais l’intendance et la paperasse administrative, que je déteste par-dessus tout mais qui me stresse quand elle traîne sur le buffet.

L’amour fusionnel qui nous reliait a fini par être étouffé par le quotidien, et notamment par son travail qui le bouffait littéralement. Il est devenu renfermé et a commencé à avoir des mots très durs envers moi.

Je gérais tout à la maison et ce n’était jamais assez pour lui, ou il faisait des remarques désagréables sur mon physique. Je ne me sentais plus à l’aise, ni chez moi, ni dans mon corps.

À lire aussi : Comment mieux répartir les tâches ménagères (et la charge mentale) en couple

Progressivement, je me suis rendue à l’évidence : j’étais mieux quand il n’était pas à la maison. Durant les quelques heures entre mon retour du travail et le sien, j’adorais les moments que je passais chez moi. J’aime le silence, je me mettais sur mon canapé ou dans mon jardin, gratouillais mon chat avec un thé ou un jus de fruit, et feuilletais un bouquin.

Ça fait cliché, je sais, mais c’était la réalité et souvent je fermais les yeux quelques instants pour profiter du moment. J’étais détendue, moins en alerte. Puis, quand j’entendais sa clef tourner dans la serrure, mon esprit me disait « ma vieille, c’est la fin de la récré ! », mon corps se tendait et je me résignais à lui laisser la place qui semblait lui revenir de droit.

Vivre en couple et avoir du mal à trouver sa place

Il arrivait, il mettait la chaîne qui lui plaisait à la télévision sans me demander mon avis, il voulait manger, mais pas des légumes, alors je cuisinais le plus souvent des pâtes (puis il me reprochait de prendre du poids, ô ironie du sort…).

Formulé comme ça, je sais que j’ai l’air de m’être laissé marcher sur les pieds, mais il en bavait tellement au travail que je voulais qu’il se sente bien en rentrant chez nous.

Il prenait beaucoup de place sans s’en rendre compte. Mais il était aussi chez lui, je n’avais pas le droit de lui reprocher.

Quand il était là, je faisais attention à être toujours un peu jolie, à ne pas me « laisser aller ». Sans aller jusqu’à me promener en talon de 12 et porte-jarretelle tous les dimanches, j’avais toujours une petite robe, un maquillage léger, j’évitais de m’affaler les jambes écartées sur le canapé à me gratter le ventre.

Nous nous sommes finalement quittés. Et dans les griefs retenus contre moi, il m’a notamment reproché mes culottes en coton « qui ne [le] faisait pas bander », le fait que je ne sois pas toujours apprêtée, et que parfois mon épilation laissait à désirer. En entendant ces mots, au regard des efforts que je faisais, je me suis dit : « tout ça pour ça ? ».

Vivre seule et savourer sa liberté

Je suis donc partie, mon chat sous le bras, m’installer à Paris. J’ai eu la chance incroyable de trouver un super appartement pour lequel j’avais eu un coup de cœur. Et puis j’ai savouré…

J’ai savouré de ne devoir m’occuper que de moi. Faire les courses qui me plaisaient et ne pas devoir manger en fonction d’un autre. J’ai savouré en faisant une décoration d’intérieur à mon image, sans avoir besoin de la validation d’un autre.

J’ai savouré de pouvoir rentrer chez moi et m’affaler en pyjama moche pour regarder une série sans avoir peur du jugement. J’ai savouré le silence que je pouvais instaurer chez moi après la frénésie d’une journée bien remplie.

J’ai savouré de pouvoir dépenser mon argent comment je l’entendais sans avoir peur qu’on me reproche mes achats. J’ai savouré de pouvoir sortir jusqu’à pas d’heure sans avoir de compte à rendre.

J’ai savouré de pouvoir mettre le bordel chez moi pendant plusieurs jour pour ensuite faire un grand ménage et être satisfaite de moi. Bref, j’ai savouré d’être redevenue maîtresse de ma vie. J’étais moi, enfin.

J’avais pris du poids en étant en couple, et 6 mois après ma rupture j’avais déjà perdu 20 kg, sans effort, juste en respectant mon corps et mes envies.

Une nouvelle histoire d’amour…

Et puis j’ai rencontré un autre homme. Ce n’était censé être qu’un plan cul parmi les autres, il s’est finalement taillé une place dans ma vie en balayant les autres avec une facilité déconcertante. Il s’appelle Julien.

Avec lui, je peux parler jusqu’au bout de la nuit, débattre de tous les sujets qui me tiennent à cœur. Il est attentif, attentionné. Mais… Mais Julien est très bordélique, prend 6 mois pour appeler un plombier là où j’en aurais appelé un en toute urgence.

Pour lui, le rangement de sa grande maison (par rapport aux standards parisiens) est un art abstrait, le ménage est délégué à d’autres que lui, les courses sont optionnelles même pour les biens de première nécessité.

Un jour, il m’a dit qu’il avait envie de vivre avec moi. Mouvement de panique, mes voyants se sont tous mis à clignoter : comment ? Pourquoi ? Si vite, je vais devoir quitter mon paradis pour me remettre dans les rails de cette vie que j’avais fini par détester ?

Je me suis brièvement projetée à vivre ma vie avec lui. Faire les courses pour deux, le ménage pour deux (même s’il a une femme de ménage, il n’empêche qu’il y a un « quotidien » à assurer un minimum). Penser à tout. La charge mentale aurait été parfaitement illustrée dans notre couple.

Mais je tiens à préciser qu’il s’agit aussi et surtout d’une différence de seuil de tolérance. Moi, ça me dérange que de la vaisselle traine plus d’une journée, qu’il n’y ait plus de papier toilette depuis 3 jours, que la valise des vacances d’il y a deux mois n’ait toujours pas été défaite. Mais pas lui.

Et alors ? Il est CHEZ LUI, il peut bien faire ce qu’il veut. Si ma tolérance est moins grande que la sienne sur ces détails, je me force à arrêter de me prendre la tête et je laisse faire. Son appart, son problème. Bon, j’avoue que je vais parfois acheter du papier toilette, quand même.

Chacun chez soi et l’amour sera bien gardé

Nous n’avons pas non plus le même rythme de vie. Il est excessif, consomme beaucoup d’alcool, ne mange pas toujours sainement. Il parle tout le temps. Tout. Le. Temps. Faire une grasse matinée avec lui relève de l’impossible, je soulève à peine une paupière qu’un flot ininterrompu de paroles, visiblement contenues depuis déjà plusieurs heures, me tombe dessus.

Et pourtant, malgré tout ça, et parfois même grâce à tout ça, je l’aime. J’aime nos débats interminables, j’aime qu’il insiste pour participer aux manifestations féministes, j’aime quand on arpente Paris de long en large et qu’il me fait découvrir plein de quartiers que je ne connais pas. J’aime nos petits restos, les expos qu’on fait ensemble, les verres qu’on se boit en terrasse avec nos potes. Il est absolument unique.

Mais… J’aime vivre seule. Et mon équilibre dépend de ça.

J’aime qu’il me manque. J’aime qu’on choisisse de se voir. Parfois, je n’ai pas trop envie, j’ai envie de me mettre dans ma bulle. J’ai envie de rentrer dans mon petit paradis juste à moi, qui ne souffre d’aucun compromis et qui m’appartient totalement. Alors je lui dis et il le comprend. Plus rarement, c’est lui qui me réclame une soirée de libre, que je lui concède volontiers. Se voir à contrecœur ? Très peu pour nous !

Alors j’ai décidé de ne pas faire de concession et de ne pas m’installer chez lui. Je lui ai dit, et il l’a compris.

Se rapprocher l’un de l’autre mais sans vivre en couple

Nous nous voyons en général 3 à 4 fois par semaine. Mais ce temps passé ensemble, nous l’avons choisi, et nous le savourons. Je suis une invitée chez lui, donc même si je fais une vaisselle ou quelques courses, c’est parce que c’est mon choix. Il est un invité chez moi. Chaque fois que nous nous voyons, c’est une petite fête.

La prochaine étape ne sera pas de vivre ensemble, mais j’envisage de me trouver un autre nid à côté de chez lui pour faciliter notre relation. Ni plus, ni moins.

En revanche, mon chat, (je devrais plutôt dire « notre chat ») a déjà élu domicile chez lui depuis plusieurs mois et ne s’en plaint pas, bien au contraire. Ce que je vois comme du bordel est un terrain de jeu infini pour lui.

J’ai écouté ma voix intérieure qui me disait que je n’étais pas à ma place dans une vie « rangée » de couple. Une nouvelle voix intérieure est apparue qui s’inquiète pour moi, parce que je ne rentre pas dans les cases et que j’ai parfois peur de finir seule. Mais cette voix là n’est qu’un chuchotement que j’arrive à apaiser avec le bonheur que je ressens aujourd’hui, et qui ne semble pas près de s’arrêter.

Si je ne renonce pas à mon paradis, c’est pour mieux aimer Julien. Si je reste égoïste, c’est pour lui donner plus. Et… Ça marche.

Ce témoignage t’a interpellé·e ? Viens en parler dans les commentaires !

Rubrique
Mots-clés

Le dernier commentaire

18 Oct 2019, à 10:08
C'est drôle comme chaque histoire est différente mais que beaucoup se recoupent.

Personnellement, ça a été un gros dilemme pour moi,, surtout parce que j'avais le sentiment d'avoir quelque chose à me prouver. Ca m'intéresserait de savoir si d'autres ont ressenti la même chose et comment elles l'ont géré.

Je m'explique : si ce n'est mon studio étudiant de mes 18 à 20 ans, j'ai toujours vécu en couple durant ma vie d'adulte. Je suis restée 7 ans avec mon ex, et nous nous sommes installés ensemble très très vite (par réelle envie). Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu'à ce que je m'intéresse un peu plus au féminisme et que je m'interroge un peu plus sur mes certitudes. Là j'ai commencé à tout remettre en question (et ça a été bénéfique) : le couple monogame, les envies de mariage, d'enfants, d'achat immobilier, de vie familiale normée, etc. Bref, tout ça a mené à une séparation, initiée par moi, parce que mon ex n'a pas du tout évolué en ce sens.
Juste avant ma séparation, je rencontre l'homme qui partage aujourd'hui ma vie. Et là je me dis "non mais meuf, t'as quitté ton mec parce que tu pouvais plus supporter la vie de couple classique qu'il t'offrait, tu vas pas réemménager avec un autre, ça n'a pas de sens". Et puis, pour revenir à mon propos de départ, je me disais "t'as 28 ans, t'as jamais vécu seule, c'est ptet le moment de te prouver que tu peux le faire et que t'es une grande fille indépendante ?"
Bon comme j'avais pas la thune, j'ai déménagé en coloc. A défaut d'être vraiment seule, au moins c'était pas une vie "en couple". Sauf que... au bout de quelques semaines, je me suis retrouvée plus souvent chez mon mec que chez moi. Et après nos premières vacances ensemble, impossible de redormir dans mon lit, j'aimais tellement partager du temps avec lui, je voyais pas l'intérêt d'en passer seule.
Donc, paf, remise du préavis au bout de 4 mois de coloc (heureusement mon proprio était sympa) et emménagement chez mon mec.

Et du coup, aujourd'hui, je suis partagée entre le sentiment de bonheur de vivre avec lui, parce que tout se passe vraiment très bien, et le sentiment d'échec de jamais avoir réussi à vraiment vivre seule. J'ai l'impression d'avoir raté un truc dans ma vie de femme adulte et indépendante, de pas avoir coché les cases pour prouver que je suis assez solide, quelque chose du genre.

@A Kane C'est vraiment intéressant ce que tu dis. Avec mon ex, qui se disait ultra féministe, notre histoire a commencé quand moi je n'y étais pas encore sensibilisée. Je le suis devenue plus tard.
Ce contenu est réservé aux membres inscrit.es. Inscris-toi par ici.
Ce contenu est réservé aux membres inscrit.es. Inscris-toi par ici.
 
Voir les réactions sur le forum (52 réponses)
Close