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Faire une cure détox en janvier, une bonne idée ?

La détox... Après les fêtes de fin d’année, la presse féminine n’a que ce mot à la bouche ! Mais en quoi consiste cette fameuse détoxication et surtout est-elle vraiment nécessaire ?

Temps de lecture : 5 minutes

Chaque année au mois de janvier, après les excès des fêtes, les magazines féminins n’ont qu’un mot en une : détox. Mais cette fameuse détox alimentaire, dont le but principal serait de nettoyer et de fortifier l’organisme, est-elle vraiment nécessaire ? Voici quelques éléments de réponse piochés du côté de la naturopathie et de la médecine générale.

La détox alimentaire, ça consiste en quoi ?

Le terme « détox » est très tendance mais sa signification reste parfois floue pour le commun des mortels.

Selon les principes de la naturopathie, cette pratique, qui se caractérise par une restriction alimentaire sous forme de monodiète (on ne consomme qu’un seul aliment pendant 24h ou plus), de cures de jus de légumes ou même de périodes de jeûne, a pour but de detoxiner l’organisme en boostant le phénomène naturel d’autolyse (on parle aussi d’autophagie) du corps.

Stressées par le manque de nourriture, les cellules vont générer de l’énergie en autodigérant leurs déchets, ce qui est censé permettre le décrassage de l’organisme.

En plus de ce gros nettoyage, la détox alimentaire permettrait d’augmenter le pouvoir d’élimination des émonctoires (le fois, les reins, les intestins mais aussi la peau et les poumons).

En effet, comme le tube digestif est pratiquement mis au repos, toute l’énergie économisée par l’organisme pourrait être utilisée ailleurs, ce qui permettrait (entre autres) à ces organes d’être plus efficaces pour éliminer les déchets internes.

Ces cures détox sont souvent recommandées après une période d’alimentation trop grasse, trop sucrée et trop salée, ainsi qu’à chaque changement de saison pour purifier l’organisme et recharger ses batteries. Mais sur quelles bases scientifiques se basent-elles ? Une question qu’un certain nombre de professionnels de santé se posent, non sans montrer une certaine part de scepticisme.

La détox, un sujet qui provoque le scepticisme dans le milieu médical

Si la détox fait les choux gras des magazines féminins et des éditeurs de livres sur le bien-être, elle est loin de faire l’unanimité. En effet, de nombreux médecins voient d’un mauvais œil cette nouvelle tendance « santé » qui, si elle peut être totalement inoffensive, peut aussi avoir des conséquences moins positives sur l’organisme.

Pour Tania Totolidis Stoltz, médecin généraliste et nutritionniste qui écrit régulièrement pour Rockie, la mode de la détox post-fêtes de fin d’année a pris une ampleur démesurée :

Le corps n’a pas besoin d’être detoxiné avec des jus verts et des compléments alimentaires, il s’en sort bien tout seul ! C’est le rôle du foie et des reins de réguler l’organisme et ils font très bien leur boulot. Pour moi, ces nouvelles diètes alimentaires sont une injonction de plus faite au corps humain.

En plus de ça, si on met son corps dans un état de détresse en l’alimentant très peu ou pas du tout pendant un ou plusieurs jours, il risque de ralentir son métabolisme de base. Du coup, dès qu’on va se remettre à manger normalement, il va stocker afin de ne plus se retrouver dans la même situation de famine. Ce qui n’est vraiment pas idéal pour conserver son poids de forme !

Un avis que partagent beaucoup d’autres professionnels de santé qui n’hésitent pas à publier des articles à charge sur le sujet. C’est le cas du professeur David Bender, qui a écrit L’Illusion de la détox pour The Biologist, le magazine de la Société de Biologie britannique, ou plus récemment du docteur Mary McMillan, qui a signé un papier intitulé Le corps possède un système d’épuration interne pour le journal australien The Flinders News.

En 2014, la Fondation britannique pour la nutrition s’est aussi penchée sur le sujet et a publié une étude démontrant que malgré le boom du marché de la détox, il existait à ce jour trop peu de preuves cliniques pour encourager ces cures restrictives.

Même chose du côté du Centre national de la médecine complémentaire et intégrative américain, qui publie en septembre 2019 « qu’il n’y a aucune preuve tangible que les diètes et autres cures de jus permettent d’éliminer les toxines de l’organisme ou même d’améliorer la santé ».

Mais alors que répondre aux personnes qui se sentent transformées après un jeûne ou une cure de jus de raisins ?

La détox, une victoire du marketing bien-être ?

Malgré le peu de preuves scientifiques, si les cures détox sont aujourd’hui si populaires, c’est bien que ceux et celles qui les pratiquent y trouvent un intérêt. D’ailleurs, internet regorge de témoignages de personnes séduites par le concept et qui ne tarissent pas d’éloges sur les bénéfices qu’ils ressentent après chaque cure.

Le docteur David Juurlink, chef du service de pharmacologie et toxicologie de l’hôpital universitaire Sunnybrook, à Toronto, ne remet pas en doute l’impression de bien-être des adeptes de la détox : « Je ne dis pas que lorsque les gens font des cures ou suivent des régimes un peu fous ils ne se sentent pas mieux, je dis juste que ça n’a rien à voir avec l’élimination des toxines », explique t-il au National Post. Serait-ce le fameux effet placebo ?

Pour Tania Totolidis Stoltz, la vraie solution pour être en bonne santé, c’est d’apprendre à écouter son corps et ses techniques de régulation naturelle :

Plutôt que de verser dans des extrêmes, il faut trouver le juste milieu entre les excès et les privations, manger de tout et faire preuve de bon sens.

Le matin, il m’arrive de me préparer un verre d’eau tiède avec du jus de citron. Ça me permet de boire de l’eau et d’ingérer un peu de vitamine C, mais est-ce que ça a vraiment un effet « détox » sur mon organisme… Je sais que ça ne me causera pas du tort, mais je ne suis pas convaincue que ça m’aidera non plus.

Concernant les vertus de la célèbre citronnade tiède, il n’est pas prouvé que le citron a un effet détoxinant sur le foie, ni qu’il facilite la digestion.

En effet, entre 2009 et 2012, une soixantaine d’allégations santé portant sur des plantes ou des substances prétendant à un effet détox (dont le citron) ont été soumises à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) mais elles ont toutes été rejetées. Pour cause, des effets revendiqués imprécis et un manque de données scientifiques.

Tu l’auras compris, l’utilité de la détox alimentaire, après les repas à rallonge des fêtes comme tout au long de l’année, ne fait pas consensus : certains professionnels de santé et du bien-être la recommandent, d’autres conseillent de l’éviter, et d’autres encore n’en voient juste pas l’utilité.

Si de ton côté, tu as envie de boire des jus de légumes et de faire une orgie de fruits en janvier, il ne faut évidemment pas t’en priver ! En revanche, si tu veux te lancer dans une cure plus restrictive, ça peut valoir le coup d’en parler au préalable à un·e médecin nutritionniste et/ou un·e naturopathe afin de vérifier que ton état de santé te permet de te lancer sans risque.

Et toi, as-tu déjà testé une détox alimentaire ? Viens me raconter ton expérience dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

23 Jan 2020, à 22:53
@Jeanne Dark
Tu dis que «Pour le cas OGM, l'INRA a quand même mis des années avant de faire ce constat, 24 ans quoi... 24 années ayant suffit à ces industriels à développer mondialement des cultures OGM.»
L'INRA (INRAE désormais) étant un organisme français de recherche (et les recommandations issues de ses recherches ne sont pas forcément suivies de politiques publiques adaptées), je ne vois pas comment son avis aurait pu freiner le développement mondial des OGM... Les freins français et européens aux OGM ont amené les selectionneurs et multiplicateurs de semences à privilégier d'autres bassins de production, mais on ne peut pas interdire une pratique en dehors de notre territoire.
 
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