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Déodorant : comment bien choisir ce produit controversé ?

Mettre du déodorant est devenu un geste réflexe le matin, mais ce produit n’a pas toujours existé et il est régulièrement pointé du doigt pour sa composition. Voici ce qu’il faut savoir pour bien choisir son déodorant.

Temps de lecture : 8 minutes

Le marché français des déodorants pèse plus de 529 millions d’euros (selon des données Iri de 2017 partagées par le magazine spécialisé LSA). Pourtant, les différentes polémiques sanitaires et environnementales qui entourent les déodorants et leurs petits frères les anti-transpirants depuis la fin des années 1990 ont créé un climat de méfiance parmi les consommateurs, à la recherche de plus de transparence.

Avant d’examiner ces différentes controverses et de présenter des clés pour bien choisir son déodorant, je suis repartie dans le passé pour découvrir ses ancêtres.

Le déodorant, une réponse moderne à une problématique archaïque

Depuis qu’il pense à la première personne du singulier, l’être humain n’a de cessé de vouloir gommer tout ce qui rappellerait un peu trop son animalité. Ainsi, les odeurs corporelles, autrefois bien pratiques pour se protéger contre les attaques de prédateurs (dans le monde animal, une odeur forte est une piste mais aussi un avertissement) ou choisir son partenaire sexuel, ont-elles presque toujours été considérées comme des manifestations d’intimité intempestives qu’il fallait étouffer.

Dans l’Antiquité, la propreté par la purification du corps est directement liée aux différentes pratiques religieuses de l’époque. En Égypte comme à Rome, les homme et les femmes se lavent régulièrement. Les plus aisés s’enduisent le corps d’huiles et d’onguents parfumés réalisés à partir de graisse animale, de plantes et d’épices. De petits sachets d’herbes aromatiques peuvent même être cousus à l’intérieur des vêtements, au niveau des aisselles, afin de prévenir les odeurs de transpiration, religieusement et socialement inconvenantes. Le déodorant moderne est encore loin mais l’idée est là.

Peinture de la tombe de Zeserkerêsonb, Thèbes, Egypte.

Les siècles qui suivirent furent marqués par de grandes disparités en terme d’hygiène corporelle mais de manière générale, dans l’Occident de la Renaissance, la propreté décroît. Au fil du temps, l’eau purificatrice, est soupçonnée d’être vectrice de maladies comme la peste, et remplacée par l’utilisation de parfums et de cosmétiques pour masquer les odeurs corporelles et parfois même la putréfaction de la chair.

Le déodorant, du baume poisseux à l’aérosol

Il faudra attendre le 19e siècle, et plus précisément l’année 1888, pour qu’un chimiste américain s’attaque à la cause de l’odeur de transpiration, les bactéries présentes sur la peau, afin de la traiter et non plus de la masquer. Intitulé Mum, le tout premier déodorant à être commercialisé a la consistance d’un baume. Il est efficace mais fastidieux à appliquer et à retirer, en plus de tâcher les vêtements.

Le premier anti-transpirant, qui bloque le processus naturel de sudation, est lancé quelques années plus tard sous le nom d’Everdry. Comme son prédécesseur, il est efficace, mais son application répétée entraîne des rougeurs et des irritations de la peau.

Au début du 20e siècle, l’américain Abraham D. Murphy, chirurgien, développe un liquide transparent très efficace pour garder les mains bien sèches au bloc opératoire. Sa fille, trouvant la formule adaptée aux aisselles, la commercialise sous le nom d’Odo-Ro-No (« Odor ? Oh no ! »).

Si le succès n’est pas immédiat, de nombreuses campagnes de pub agressives et souvent dégradantes pour la gent féminine permettent à Odo-Ro-No de se frayer un chemin dans de nombreux cabinets de toilette sur le continent Américain et en Europe. En France, le produit sera vendu en pharmacie après 1945.

Belle, mais idiote. Elle n’a jamais appris la première règle pour rester séduisante : un déodorant efficace dans le temps.

Une fois le marché féminin sécurisé à grands coups de slogans dévalorisants, la nouvelle industrie des déodorants et anti-transpirants s’attaque à l’homme. En 1935, le premier déodorant masculin, Top-Flite, est commercialisé. Pour faire accepter ce nouveau geste aux mâles du 20e siècle, les publicitaires insistent sur l’idée que des odeurs corporelles trop fortes pourraient saboter une carrière professionnelle florissante.

À la même époque, les baumes et crèmes sont petit à petit remplacés par des applicateurs à bille (1940) puis par des aérosols (1960). De quoi transformer les formules des déodorants et anti-transpirants rarement pour le meilleur et souvent pour le pire.

Les sels d’aluminium, un danger potentiel à ne pas négliger pour choisir son déodorant

Depuis les années 1950, deux grandes familles de déodorants se partagent le marché. Les bactéricides contiennent un antiseptique détruisant les bactéries responsables de la dégradation de la transpiration. Les anti-transpirants, eux, bloquent le phénomène naturel de sudation du corps.

Cette prouesse de garder la peau sèche et d’éviter les odeurs est rendue possible grâce à l’utilisation de sels d’aluminium. Dérivés de l’élément chimique du même nom, ils forment une fine pellicule à la surface de la peau qui régule le flux de transpiration de façon partielle (entre 30 à 60% d’après un communiqué du groupe L’Oréal), sans empêcher l’épiderme de respirer.

Aussi efficaces soient-ils, ces sels d’aluminium et leur utilisation dans des produits cosmétiques sont décriés depuis le début des années 2000. En effet, ils sont suspectés d’entraîner l’apparition d’irritations et de rougeurs cutanées mais aussi, bien plus grave, de favoriser le développement de maladies neurodégénératives comme Alzheimer et de participer à l’augmentation du cancer du sein chez les jeunes femmes.

Pas de réponse claire de la part des autorités sanitaires pour choisir son déodorant

L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), alertée par la DGS (Direction générale de la santé) en 2000 et en 2004, a mené plusieurs études sur le sujet. Ses conclusions, publiées dans un rapport d’expertise en octobre 2011, stipulent que « les données disponibles ne permettent pas de conclure sur la tolérance locale des anti-transpirants contenant des sels d’aluminium. »

Les autorités sanitaires et les sels d’aluminium, une allégorie.
« Peut-être que je t’aime bien, peut-être que non ».

Concernant le cancer du sein, « aucun élément pertinent ne permet non plus de considérer l’exposition par voie cutanée à l’aluminium comme présentant un risque cancérogène. » Quant à la maladie d’Alzheimer, un rapport de 2003 de l’ANSM (qui s’appelait alors l’Afssaps) informe qu’en l’état actuel des connaissances, « une relation causale [entre une exposition chronique à l’aluminium et la maladie d’Alzheimer] ne peut être raisonnablement envisagée ».

En mars 2014, le Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs a mené sa propre enquête et a conclu que « le manque d’information concernant la pénétration de l’aluminium dans la peau ne [permettait] pas d’estimer les risques sanitaires » et que « malgré la présence de preuves indirectes, aucune relation de cause à effet entre le métal et différentes maladies neurodégénératives comme celle d’Alzheimer [n’avait encore été prouvée] ».

Les diverses études scientifiques alertant sur la dangerosité des sels d’aluminium n’ont donc pas été jugées suffisamment solides par les autorités sanitaires pour trancher le débat. L’ANSM et la Commission européenne préconisent toutefois de restreindre la concentration d’aluminium dans les produits anti-transpirants ou déodorants à 0,6 %, et de ne pas utiliser de cosmétiques contenant de l’aluminium sur une peau lésée ou tout juste rasée/épilée.

Conservateurs chimiques, alcool, parfums… D’autres ingrédients à risque pour choisir son déodorant

En plus des sels d’aluminium, d’autres ingrédients parfois présents dans les déodorants et anti-transpirants (ainsi que dans plein de produits cosmétiques) sont pointés du doigt. L’alcool, irritant pour la peau, est souvent utilisé pour ses propriétés antiseptiques et pour sa capacité à faire sécher le produit plus rapidement sur les aisselles.

Les conservateurs chimiques comme le triclosan et les parabens sont des perturbateurs endocriniens qui, à la longue et à forte dose, peuvent troubler le système hormonal et entraîner, entre autres, le développement de cancers. Enfin, les parfums exhalés par un grand nombre de sticks ou de sprays contiennent des allergènes qui sont susceptibles de provoquer l’apparition de rougeurs ou de démangeaisons chez les personnes allergiques.

Comment choisir son déodorant en connaissance de cause ?

Sels d’aluminium potentiellement dangereux, conservateurs chimiques, allergènes irritants… La liste des ingrédients suspects est si longue que faire le choix d’un déodorant à la fois efficace et inoffensif pour la santé peut sembler mission impossible.

Pourtant, des astuce simples peuvent aider à prendre de meilleures décisions pour ses aisselles, comme apprendre à décrypter les listes d’ingrédients et s’intéresser aux alternatives naturelles.

Apprendre à décrypter les listes d’ingrédients pour choisir son déodorant

Depuis 1998, toutes les marques de cosmétiques qui désirent être vendues sur le sol européen ont l’obligation d’afficher sur les emballages de leurs produits la liste complète des ingrédients qui les composent selon un ordre décroissant. C’est une bonne nouvelle pour les consommateurs qui peuvent enfin contrôler ce qu’ils achètent, même si cette liste de matières premières en latin et en anglais semble totalement inaccessible au commun des mortels.

Moi quand j’essaye de me rappeler ce qu’est le behentrimonium methosulfate.

Dans le cas du déodorant et de l’anti-transpirant, quelques noms sont à bannir comme tous ceux commençant par « aluminium » ou se terminant par « paraben », mais aussi le triclosan, le cyclopentasiloxane, les phtalates, le propylène glycol, le stéareth, et tous les allergènes dissimulés derrière le mot « fragrance ».

Connaître les alternatives aux déodorants traditionnels

Il existe de nombreuses alternatives saines aux produits attirants mais pleins de cochonneries proposés dans les rayons Beauté des supermarchés. Certaines peuvent être utilisées brutes et d’autres demandent un peu d’huile de coude pour être préparées avant d’être appliquées sur la peau.

  • La pierre d’alun, lorsqu’elle est naturelle et non reconstituée à partir de sulfate d’ammonium ou d’aluminium (l’ingrédient « potassium alum » doit apparaître sur l’emballage), est un très bon substitut aux déodorants classiques grâce à ses propriétés anti-bactériennes et astringentes. Il suffit de l’humidifier sous un filet d’eau puis de la passer sur les aisselles pour bénéficier de ses bienfaits.
  • Le bicarbonate de soude, de son vrai nom « bicarbonate de sodium » est totalement inoffensif pour la santé et biodégradable, en plus d’être très efficace pour masquer les odeurs de transpiration. Il peut être appliqué à même la peau, sur des aisselles préalablement humidifiées, ou être mélangé à de l’huile de coco ou à de l’eau florale de menthe ou d’hamamélis pour cumuler les bienfaits de ces produits naturels. Attention tout de même aux peaux sensibles qu’il peut irriter.
  • Les huiles essentielles de lavande, de laurier ou de sauge peuvent aussi être très efficaces pour éliminer les bactéries et réguler la transpiration. À l’inverse du bicarbonate de sodium, elle ne doivent jamais être appliquées sur la peau sans avoir été diluées au préalable dans une huile végétale, une cire naturelle ou un hydrolat. Dernière contre-indication : les huiles essentielles ne sont pas recommandées pour les femmes enceintes ou les peaux sensibles.

À lire aussi : 5 alternatives naturelles à tes produits d’hygiène quotidiens

De nombreuses recettes et pas à pas pour réaliser son propre déodorant sont disponibles sur YouTube en tapant le mot clé « déodorant maison » dans la barre de recherche.

Sélection de déodorants naturels

Et si tu n’as pas envie de faire tes propres mélanges, voici une sélection de déodorants relativement sûrs que tu peux allègrement badigeonner sous tes aisselles.

Déodorant crème Le Fleuri, Clémence et Vivien, 7,90€ – Déodorant solide T’eo, Lush, 8,95€ – Déodorant crème Citrus Karité Coco, Mademoiselle Bio, 8,90€

Déodorant stick sans parfum, Acorelle, 7,95€ – Déodorant douceur Bio Actif, Rosalia, 11,40€ – Coffret cosmétique maison déodorant zéro déchet, Aroma-Zone, 9,50€

Déodorant crème, Soapwalla, 16,90€ – Déodorant stick sans parfum, Schmidt’s, 12€ – Déodorant fraîcheur hypoallergénique, Jonzac, 6,50€

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24 Juin 2019, à 11:44
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