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15 ans après avoir créé madmoiZelle, Fab tire sa révérence

Fab, le créateur de madmoiZelle et Rockie, a décidé de raccrocher les gants et de céder les magazines, après 15 ans de bons et loyaux services. Il t'explique ses raisons et t'en dit plus sur l'avenir de mad et Rockie — et le sien en passant.

Temps de lecture : 5 minutes

[Tiens, une BO tout à fait raccord, à éventuellement écouter en lisant ce texte]

L’heure est venue. Après avoir créé et fait grandir madmoiZelle pendant près de 15 ans, il est temps pour moi de céder ma place, de remettre mon projet dans les mains de personnes qui vont lui offrir une nouvelle dimension, une autre vision, un renouveau qui va faire grand bien à tout le monde, à madmoiZelle / Rockie, aux équipes et à moi.

Le 1er octobre 2005, madmoiZelle était née, avec une volonté de créer peu ou prou le magazine qu’elle est devenue 15 ans plus tard : à la fois une voix différente de la presse féminine traditionnelle et qui s’adresse à un public très « ciblé », cet entre-deux âges, ce moment de la vie où on n’est plus vraiment ado et pas encore vraiment adulte.

J’avais une bonne amie qui me répétait que madmoiZelle tenait du miracle dans l’écosystème des médias aujourd’hui. Je ne suis pas très religieux, je ne crois pas vraiment aux miracles, mais je comprends l’idée. 

Je crois surtout que pour monter une boîte auto-financée, qui réunit autant d’audience (4 millions de visiteurs uniques) sur un public aussi restreint, pour bâtir une marque aussi forte en partant de strictement RIEN, dans un marché publicitaire en berne depuis des années, il a fallu du travail. Beaucoup de travail.

Aujourd’hui, je regarde ces quinze années avec un fabuleux sentiment d’accomplissement et de gratitude.

J’ai juste un petit pincement au cœur : j’aurais aimé que mes deux filles, qui ont aujourd’hui 14 et 12 ans, puissent lire et « consommer » les contenus de madmoiZelle encore dirigée par leur père.

Si elles s’y mettent petit à petit, je n’ai pas su tenir jusque-là, mais j’ai réussi, avec toutes les équipes qui s’y sont succédé, à offrir une base solide pour que le projet prospère sans moi désormais, et qu’elles puissent profiter de madmoiZelle (puis de Rockie !) sans que leur père n’y soit plus impliqué.

Je le disais dans ma lettre à Denis, mon ami et associé, mort subitement en février 2019 : madmoiZelle nous a dépassés, madmoiZelle nous survivra. Je suis si fier que cette mission, si importante à mes yeux, soit aujourd’hui accomplie.

madmoiZelle m’a énormément appris, m’a beaucoup donné, mais m’a surtout beaucoup pris ces 4 dernières années. Je crois pouvoir dire que j’ai passé les 4 dernières années les plus difficiles de ma vie, avec en point d’orgue la mort de Denis.

Il est ressorti de toute cette période que je n’avais plus envie de diriger madmoiZelle et Rockie. Le feu avait disparu, malgré tous mes efforts pour le raviver.

L’heure était donc venue de mettre en pratique mes principes de vie « théoriques » : madmoiZelle et Rockie ont besoin d’une direction à la hauteur de l’ambition du projet. Je ne faisais plus l’affaire, il fallait que je cède madmoiZelle et Rockie, et que j’aille faire autre chose de mon existence.

Un peu plus d’un an plus tard, je suis le plus heureux des fondateurs : c’est le groupe Humanoid, déjà éditeur de Numerama et Frandroid, qui reprend madmoiZelle et Rockie.

Ma bonne première impression a été confirmée de suite, quand ils ont décidé de nommer deux femmes, Marine Normand et Mélanie Wanga, à la tête des magazines. Elles aiment madmoiZelle et Rockie, respectent leur passé, tout en ayant de l’ambition pour leur avenir. Elles viendront se présenter à vous plus longuement dans les jours à venir.

Je leur souhaite une immense réussite. De tout mon cœur. Et j’ai si hâte de voir ce qu’elles et l’équipe vont faire des magazines !

Je suis serein : madmoiZelle et Rockie sont fortes, ont des valeurs solides, des communautés de lectrices enthousiastes, des équipes expérimentées, ambitieuses et heureuses de démarrer ce nouveau pan de l’Histoire du projet. 

Plein de choses vont me manquer, et me manquent déjà : entendre la foule de la Grosse Teuf chanter à tue-tête Sous le vent, écouter les équipes discuter et déconner pendant le déj, et dénicher en passant des futurs sujets pour le mag, enregistrer Laisse-moi kiffer avec les bons zozos, mes points en tête-à-tête avec mes managers…

Mais le truc qui me manquera sans doute le plus, c’est ce lien direct à vous. 

De recevoir vos emails, vos messages, vos petits mots parfois glissés dans les enveloppes de stickers, des petits moments passés ensemble durant les Grosses Teufs. Où vous dites à quel point madmoiZelle vous a aidées à grandir, vous a fait réfléchir, vous a fait changer d’avis sur certains sujets.

Vous dites merci aussi, très souvent. Ces mercis, ça a été mon carburant durant toutes ces années.

Je crois que de l’extérieur, on ne se rend pas compte de la valeur que ça a. Comment peut-on en prendre conscience ? C’est impossible. Ce genre de lettre (une au hasard parmi les centaines, les milliers, reçues en 15 ans), ça ne peut que vous faire chavirer, et donner du « sens » à votre action.

L’être humain est un animal social. On vit par les liens qu’on créé ensemble.

Ce jour de 2005, quand j’ai cliqué sur le bouton pour lancer mad, j’ai créé sans le savoir des centaines de milliers de liens entre vous, lectrices et lecteurs, entre vous et nous, mais aussi entre les équipes actuelles et passées, autant de liens qui ont une seule et même racine en commun : madmoiZelle.

Depuis 15 ans, madmoiZelle a lancé des dizaines de carrières, a aidé à découvrir des dizaines de talents aujourd’hui tout en haut de l’affiche, a « kickstarté » des centaines de projets, d’entreprises, de chaînes YouTube, de comptes Instagram, a essaimé son audience partout sur le Web et dans la vraie vie. Un immense réseau de talents, d’énergies et d’intelligences, qui va continuer à croître et à s’agrandir.

C’est d’une puissance folle, et c’est sans doute ce qui m’a valu de tenir aussi longtemps durant toutes ces années malgré les difficultés, les embûches et les claques dans la gueule. Mais c’est aussi ce qui m’a fait lâcher prise, et m’a décidé à céder mad et Rockie : ces deux projets méritent le meilleur.  

Tout d’abord, mercis spéciaux à Cath de m’avoir soutenu pendant toutes ces années, et à Denis bien sûr. Mon vieux pote, j’en ai bien bavé depuis que t’es mort, mais c’est bon, notre projet est entre de bonnes mains.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont aidé à amener le projet là où il est aujourd’hui. Merci à l’équipe actuelle pour leur soutien indéfectible dans cette dernière année compliquée, et merci aussi à toutes celles et ceux qui ont croisé mon chemin et celui de madmoiZelle pendant ces années. 

Peu importe l’état d’esprit dans lequel vous avez quitté le projet, j’espère que le travail accompli ensemble aura fait de vous une personne plus compétente, plus forte et mieux parée à votre vie d’après madmoiZelle. J’ai toujours considéré que si c’était le cas, ma mission en tant que boss était accomplie.

Voilà. L’heure est venueDe faire autre chose de ma vie, de tourner cette immense page de 15 piges. J’ai énormément appris sur moi, sur les autres, sur mon rapport aux autres, je vais mettre tout ça à profit et investir cette force dans d’autres projets qui me donneront à nouveau furieusement envie.

Je ne sais pas encore quoi. Mais je vais prendre le temps de respirer, et de remplir mon puits.

Dans un premier temps, je vais continuer à nourrir mes podcasts, Histoires de Darons, Histoires de Succès, et je vais « relancer » The Boys Club sous une nouvelle formule à la rentrée (on vous prépare avec Mymy un épisode de transition, promis).

Pour me suivre dans mes nouvelles aventures : inscrivez-vous à ma newsletter, c’est encore le moyen le plus sûr de ne pas perdre contact. 

Merci à vous, pour votre fidélité, votre sens critique, qui m’a incité à me dépasser année après année, et votre puissance. 

The record shows I took the blows,
And did it my way

Votre dévoué, FabFlo.

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Le dernier commentaire

23 Juil 2020, à 18:34
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