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J’ai allaité ma fille, et j’ai détesté ça

Avouer qu'on n’a pas aimé allaiter son enfant est un sujet encore tabou, même en 2020, alors que les injonctions faites aux femmes perdent peu à peu de leur poids. Et pourtant...

Temps de lecture : 5 minutes

Allez, moment confidence. Je crois que je n’ai jamais aimé allaiter. Après ne pas avoir aimé être enceinte, c’était peut-être une suite logique. Heureusement que j’aime ma fille, sinon je me serai vraiment plantée sur toute la ligne !

Non, l’allaitement, ça n’était vraiment pas mon truc. Et ce pour un bon nombre de raisons.

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Je n’ai pas aimé allaiter

Quand je prononce cette phrase, j’ai souvent le droit à des sourcils levés, et à des questions plus ou moins bienveillantes. Pourtant, c’est vraiment un ressenti profond, un moment que je n’ai que très peu apprécié, voire pas du tout.

Devoir encore partager mon corps alors que je l’avais déjà fait pendant neuf mois à contre-cœur, ne pas pouvoir consommer ce que je voulais sans réfléchir et compter les heures entre un verre de vin et une tétée,  être seule à nourrir ma fille et donc à me lever la nuit pour les repas nocturnes… Bof.

Et encore, je crois que ce n’est pas ce que j’ai détesté le plus. Non le pire, pour moi, c’était que mes seins, avec qui j’ai toujours eu un rapport compliqué, étaient devenus des biberons géants.

Je t’en avais parlé dans un précédent article, j’ai une forte poitrine. Et quand je devais sortir un téton pour nourrir ma fille, c’était toute une gymnastique à mettre en place pour ne pas me retrouver complètement à poil.

Quand j’étais chez moi, ça allait, mais quand j’étais en extérieur, avec d’autres personnes autour de moi, à devoir la nourrir immédiatement-tout-de-suite (un bébé qui a faim n’attend pas), j’étais extrêmement mal à l’aise.

Pas de la nourrir, c’était naturel, mais de devoir dévoiler une partie de mon intimité devant mes proches et les inconnus qui gravitaient autour de nous.

Je pense que si j’avais eu une plus petite poitrine, ça aurait été plus simple et surtout plus discret. Mais avec mon 110E, l’allaitement ne passait pas inaperçu.

Peut-être que j’aurais pu m’en foutre, peut-être que j’aurais pu ignorer les regards, peut-être que j’aurais pu faire comme si cet acte, ô combien naturel, ne me gênait pas. Mais c’était impossible.

J’aurais aimé pouvoir allaiter en public comme des millions de mamans, comme celles qu’on peut voir dans les restaurants, dans les parcs, sur Instagram. J’aurais bien aimé pouvoir être comme elles, mais je n’y arrivais pas, et je ne le voulais pas.

L’allaitement en public ne devrait pas être un tabou, et quand je lis, par exemple,  l’histoire de cette femme dans un restaurant qui, après que le personnel lui ai demandé de « se couvrir » a pris le contrepied de leur réflexion en se cachant le visage directement, je me dis que ce combat n’est peut-être pas le mien, mais qu’il est clairement entre de bonnes mains. C’est rassurant.

A friend’s daughter-in-law was told to “cover up” while feeding her baby, so she did!🤣 I’ve never met her, but I think…

Publiée par Carol Lockwood sur Lundi 30 juillet 2018

Mes seins ont été sexualisés pendant l’allaitement

Un jour, je me souviens, ça a été le coup de trop : j’étais en promenade dans un bois parisien (donc pas du tout isolé et avec du monde), et ma fille a eu faim.

Il n’y avait pas d’endroit où m’assoir, et j’ai préféré m’installer sur la banquette arrière de la voiture qu’on avait garée pour la nourrir, me disant qu’au moins, je serai un peu peinarde et cachée.

C’était sans compter les promeneurs qui passaient à côté de nous, et surtout cet homme-là, qui a marqué une pause près de la vitre, et a regardé ce que je faisais. Ou plutôt, qui a regardé mon sein avec un regard…

Tu vois de quel regard je parle. Il ne voyait pas un moment mère-fille, il ne voyait pas un simple allaitement, il voyait un morceau de ma poitrine dénudée, et ça lui donnait envie. Il a sexualisé ce moment intime et chaste.

J’étais figée, ma fille collée contre moi, seule dans la voiture avec ce type qui matait un truc qui vraisemblablement l’excitait. Je n’arrivais pas à parler, je n’arrivais pas à réagir, je serrais plus fort ma fille, attendant avec horreur qu’il déguerpisse et qu’il nous laisse tranquille.

J’ai eu l’impression que ça durait beaucoup trop longtemps, avant qu’il ne se décide à continuer sa route, un sale petit sourire aux lèvres.

J’ai éclaté en sanglots : c’était l’évènement de trop. J’allaitais ma fille depuis six mois alors que je détestais ça, je faisais tout ou presque pour me cacher à chaque tétée depuis sa naissance, et là c’était la goutte qui faisait déborder le biberon : je n’en pouvais plus.

J’avais tenu aussi longtemps que je le pouvais et je ne voulais plus continuer. Suite à cet épisode, j’ai commencé à la sevrer en douceur, et j’ai arrêté, enfin.

Aujourd’hui, si je devais revivre cette scène avec ce mec au regard lubrique, je pense que je l’enverrais bouler bien fort. Je pense que je sortirais de la voiture, sein à l’air et sûre de moi, et que je lui dirais très clairement ma façon de penser sur son regard déplacé. Avec un peu de courage supplémentaire, je lui enverrai même peut-être une lichette de lait maternel en plein dans les yeux, mais bon, je ne sais pas très bien viser, et à tout moment ça se transforme en petite giclette ridicule. 

Pour de vrai, je ne pense pas que je tenterais l’approche pédagogue avec ce genre de type, ça ne sert à rien. Je n’ai pas envie de lui apprendre à se comporter comme un être humain décent, c’est pas mon boulot. Tu commences à me connaître : je cogne d’abord, je parle ensuite. Comment tu aurais réagi, toi ?

Je n’ai pas aimé l’allaitement, mais je l’ai fait quand même

Mais pourquoi est-ce que j’ai allaité alors que je n’en avais pas envie ? Pour de multiples raisons, qui, j’en avais l’impression, ne m’appartenaient pas toutes.

J’avais envie d’essayer. Comment savoir que ce n’était pas mon truc si je ne testais pas ? C’est toujours mon leitmotiv dans la vie : « Tu ne peux pas dire que tu n’aimes pas tant que tu n’as pas goûté. »

Au début, je me fixais des petits objectifs : je ne voulais allaiter que les premiers jours pour le colostrum – le premier lait un peu jaunâtre qui vient juste après l’accouchement, bourrés de protéines et d’anticorps, qui aide le bébé à avoir une bonne immunité.

Puis je voulais essayer de tenir quinze jours. Puis un mois. Et pouf, d’un coup, j’en étais à six. Je savais pour sûr que je ne voulais d’un allaitement long, pour les raisons citées plus haut. Mais je voulais tenter l’expérience.

Et pour moi, c’était réussi. J’avais allaité ma fille, j’avais tenu bon. Mais au fond, est-ce que je n’aurais pas du plus m’écouter plutôt que de subir ces moments ? Est-ce que ces instants avaient été heureux ?

J’ai allaité, mais ce n’était pas vraiment mon choix

J’avais cédé à la « pression » sociale qui me disait que le lait maternel était le meilleur pour mon bébé tout neuf. C’était sûrement le cas, je n’en doute pas.

Mais ce que je retiens surtout des discours de certaines professionnelles ou même de mon entourage, sans parler des divers forums de parentalité que je fréquentais pendant ma grossesse, c’est que je me devais d’allaiter, et que si je ne le faisais pas, c’est parce que j’étais égoïste, voire que j’étais une mauvaise mère.

Grosse ambiance.

Selon ces personnes, il était primordial que mon bébé boive de mon lait et surtout pas du lait en poudre. Pourquoi ma fille devrait-elle boire autre chose que ce qui venait de mon corps ? Pour ces gens-là, le non-allaitement était une aberration.

J’ai allaité à contre-cœur parce que j’avais cédé à la pression, parce que je n’avais pas envie d’être jugée pour un choix différent, parce que j’étais paumée, fatiguée, en pleine chute d’hormones, parce que j’étais traumatisée par mon accouchement compliqué, parce qu’on m’avait dit ‘il faut faire ça » alors j’ai fait comme on me disait.

C’était mon premier bébé, je n’y connaissais rien, et je voulais bien faire. Je ne voulais pas qu’on me dise ou qu’on pense que j’étais une mauvaise mère (ce qui n’aurait pas été le cas, quoi qu’ils en pensent.)

Mais si c’était à refaire, est-ce que je retenterais l’expérience ? Si je devais avoir un deuxième enfant, est-ce que je l’allaiterais aussi ? Je ne pense pas, non. Je pense que je tiendrais le coup le temps du colostrum, et puis je passerais aux biberons de lait en poudre.

On verra hein, on en est pas là. Mais ce qui est certain, c’est que je ne céderai plus à la pression et surtout aux injonctions, je ne me laisserai plus atteindre par les jugements, et que je ferai comme je le voudrais, comme je le sentirais.

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Le dernier commentaire

27 Août 2020, à 16:04
J'allais dire qu'en ce qui concerne la MSN, LE truc qui a fait diminuer le nombre de morts depuis les 90's c'est de faire dormir bébé sur le dos, mais @Hermione1234 m'a devancée. Une grosse étude faite aux UK a par exemple montré que les bébés qui dorment sur le ventre ont 6 fois plus de chance de faire une MSN que ceux qui dorment sur le dos, et c'est a priori encore plus risqué pour les bébés qui dorment habituellement sur le dos et sont parfois mis sur le ventre (jusqu'au moment où ils savent se tourner tout seul) (Le Lullaby Trust a un immense document qui récapitule l'état de la recherche sur la question si y a des gens qui veulent en savoir plus)

Il faut aussi être conscient que la démarche d'avoir des pratiques evidence-based est assez récente, et que la recherche dans les domaines qui touchent à l'obstétrique (j'ai envie de dire au corps de la femme en général..) est hyper en retard sur d'autres domaines, et ça s'étend à d'autres aspects du post-partum/la maternité/les premiers mois de bébé. Et si on veut faire de la recherche qui prend en compte l'impact d'une pratique x ou y (que ce soit la césarienne, l'allaitement maternel, l'utilisation d'un médoc, etc.) sur le long terme, ça demande des dizaines d'années jusqu'à ce que les bébés soient adultes (et du coup c'est compliqué parce qu'il y a des milliers de facteurs qui vont aussi jouer un rôle).

Je trouve hyper important de laisser les gens décider eux mêmes si ils trouvent telle ou telle recommandation pertinente dans leur situation, mais je trouve aussi qu'il est important de présenter ces recommandations et d'expliquer pourquoi elles existent, et combien on a confiance en elles dans l'état actuel de la connaissance. Et après si la personne n'est pas convaincue et veut faire autre chose que ce qui est recommandé, bah, elle prend ses décisions pour elle-même et c'est le rôle du personnel médical de l'accompagner dans son choix..
 
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