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La grossesse et l’accouchement vus par les pères

À quelques jours de la fête des Pères, Virginie donne la parole aux darons sur leur expérience avec la grossesse et sur leurs débuts en tant que figures paternelles.

Temps de lecture : 9 minutes

Si la naissance d’un enfant est un gros chamboulement émotionnel et physique pour la mère, le ressenti des pères est relativement peu abordé. Du moins, il semble moins passionner les foules. Pourtant, il s’en passe des choses dans leur tête (dans leur cœur et dans leurs tripes) au moment de l’annonce de la grossesse, de l’accouchement et des premiers temps « en famille ».

À l’occasion de la fête des Pères, qui tombe ce dimanche 16 juin, j’ai demandé à de jeunes et moins jeunes papas de me raconter leur entrée pas toujours triomphale dans la team des darons.

L’annonce de la grossesse : entre la joie et la panique

L’annonce d’une grossesse est toujours un moment marquant. Que ce soit une surprise ou que le couple essaye de concevoir, depuis peu de temps comme depuis des années, il y a un avant et un après. Pour le père, qui ne porte pas l’enfant et ne ressent aucun symptôme de grossesse (non, la couvade n’est pas un symptôme !), c’est la confirmation que la fécondation a bien eu lieu et qu’un embryon se développe dans l’utérus de sa conjointe.

La grande annonce faite, des sentiments contraires ont tendance à envahir le futur père, et c’est bien normal ! Maxime, fier papa d’une petite fille de 3 ans – et demi (ça compte à cet âge-là)- , s’en souvient avec émotion :

À ce moment, c’est un peu un sentiment de ouf malade qui me submerge… La joie immense de cette bonne nouvelle, mais aussi le flip total.

Pierre-Yves, qui a accueilli un petit Léon en octobre dernier, ne s’attendait pas à réagir de cette façon :

Très vite, ma femme a eu des symptômes de grossesse. Quand j’y pensais, avant qu’on se lance, je croyais que j’allais paniquer. En fait, ça a été tout l’inverse : quand j’ai compris qu’elle était enceinte, que j’allais être papa, j’ai été rempli par une sensation de sérénité et de calme. C’était le truc le plus normal du monde ! Même ma femme a été surprise par ma soudaine tranquillité.

Quant à Raphaël, papa d’une ravissante petite personne depuis 11 mois (je ne suis pas objective, c’est aussi ma fille), l’information a mis un peu plus de temps à monter au cerveau :

Virginie m’a annoncé sa grossesse un vendredi soir, alors que je rentrais d’un dîner un peu arrosé. Je ne sais pas si c’est l’alcool ou le choc de la nouvelle, mais je n’ai pas réalisé sur le coup. J’ai dit deux mots un peu nuls comme « super, c’est cool ! » et je me suis couché. Je n’ai vraiment réalisé que le lendemain, et ma tête s’est remplie de questions et d’angoisses. J’étais très heureux, mais je questionnais ma capacité à être un bon père.

Le père, acteur et témoin de la grossesse

Comme les hommes ne peuvent pas porter d’enfant, ils vivent le développement du bébé à travers leur conjointe, qui enchaîne les rendez-vous médicaux et dont le ventre s’arrondit au fil des mois.

De plus en plus de futurs papas décident d’accompagner leur moitié dans tout le suivi de leur grossesse, des échographies aux cours de préparation à la naissance, ce qui est souvent source de beaucoup d’émotions pour eux.

Raphaël se souvient de la première fois où il a vu son bébé, lors de l’échographie du 1er trimestre :

Lorsque j’ai aperçu sa silhouette sur le grand écran de la radiologue, j’ai été hypnotisé par les mouvements de ses bras et de ses jambes. Mon bébé était là, devant moi. J’ai ressenti une grosse bouffée de chaleur. Ça m’a permis de mettre une image sur ce petit être qui grandissait dans le ventre de ma femme, ça l’a rendu plus concret et m’a encore plus donné envie de le rencontrer.

Créer des liens entre le père et l’enfant à naître pendant la grossesse

Marc, papa d’un petit garçon de 2 ans, garde un super souvenir de ses sessions d’haptonomie, une pratique qui consiste à entrer en contact et communiquer avec son enfant à naître par le biais du toucher :

Dès que ma femme a commencé à sentir le bébé bouger, on a participé à des cours d’haptonomie. Pour être honnête, je n’étais pas très chaud au début, je trouvais même ça un peu bizarre, et puis j’ai totalement changé d’avis au fil des séances. Sentir mon bébé réagir à mes caresses a été un moment merveilleux et l’un de mes plus jolis souvenirs de cette grossesse.

Si les pensées positives sont très présentes pendant une grossesse, des appréhensions peuvent malgré tout surgir à tout moment, et c’est valable pour la maman comme pour le papa.

Quand la grossesse se passe mal du côté du père

Théo, papa d’une petite fille d’un an, a mal vécu la grossesse difficile de sa femme et sa confiance en lui en a pris un coup :

Ma femme a souffert d’hyperemesis gravidarum pendant toute sa grossesse. Elle vomissait énormément et a dû être hospitalisée pour reprendre des forces. Je crois que je ne me suis jamais senti aussi inutile. Je la voyais s’affaiblir et déprimer, et je m’en voulais de ne rien pouvoir faire pour la soulager. Ça m’a mis une claque et m’a fait douter de ma capacité à m’occuper de ma famille. J’ai beaucoup travaillé sur moi pour éviter de trop culpabiliser : il fallait que je sois positif et encourageant pour ma femme, elle en avait besoin.

À l’approche de l’accouchement de sa partenaire, Pierre-Yves a senti le besoin de consulter une psychologue pour parler de ses inquiétudes :

Cela ne se passait pas bien à mon boulot depuis quelques mois déjà, et le fait d’attendre un enfant a accentué mes angoisses. Si je n’étais pas capable de m’occuper d’adultes sur ma spécialité, je me disais que j’allais sûrement merder comme papa et être un mauvais modèle pour mon fils. Du coup, j’ai commencé à voir une psy un mois avant la naissance de Léon. Ça m’a bien aidé, même si le problème n’est pas complètement réglé.

L’accouchement, le grand inconnu… pour les pères aussi !

L’accouchement est la dernière étape avant la rencontre tant attendue des parents avec leur bébé. Elle est particulièrement éprouvante pour les femmes (l’accouchement est souvent comparé à un marathon, et ce n’est pas pour rien) et laisse souvent les hommes totalement dépourvus et seuls avec leurs ressentis, bons ou mauvais.

Pierre-Yves se souvient avoir été submergé par l’émotion pendant et après la naissance de son fils :

Dans la salle, Il n’y avait que ma femme, la sage-femme, la doula et moi. Je tenais la jambe gauche de ma femme, la doula tenait la jambe droite et la sage-femme guidait ma femme avec assurance et douceur. Cette heure a été la plus magique de ma vie. Je regardais ma femme pousser, j’essayais de la rassurer mais j’avoue que je n’étais moi-même pas très serein… Et puis la sage-femme a dit que ça allait être la dernière poussée. On s’est regardés avec ma femme et on a su qu’on allait enfin rencontrer notre petit Léon.

Cette dernière minute a été un shoot de bonheur pur. On a commencé à pleurer de bonheur. Et quand Léon est sorti, le bonheur a été encore plus fort. Je l’ai aimé tout de suite, inconditionnellement. C’est un cliché, je le sais et je me moquais de ce cliché avant, mais quand j’ai vu mon fils, je l’ai aimé instantanément et immensément.

Raphaël aussi garde une très belle image de ses premiers instants avec sa fille :

Après avoir examiné ma fille, la pédiatre m’a proposé de l’habiller. J’étais tout content de pouvoir passer ce premier moment avec elle après sa naissance. Je lui ai mis un body, le pyjama que nous avions choisi avec Virginie, un gilet et un petit bonnet blanc pour qu’elle n’attrape pas froid. Je l’ai ensuite serrée très fort contre moi. Quand j’y repense, je la sens encore contre moi, si petite. Ça été un moment très fort et je m’en souviendrai toute ma vie.

Devenir père : un long cheminement et des moments parfois difficiles à vivre

Malheureusement, tous les pères ne repensent pas à l’accouchement de leur moitié avec des étoiles dans les yeux. Simon, papa d’une petite fille de 7 mois, en garde un souvenir traumatisant :

Ma femme a accouché par césarienne d’urgence sous anesthésie générale. Comme je n’avais pas le droit de rester dans la salle, je suis resté seul dans le couloir, avec ma blouse et ma calotte bleue sur la tête. L’opération a duré quelques minutes mais pour moi c’était infini ! Et puis j’ai entendu des pleurs de bébé, et ça a été la délivrance. Pendant les deux semaines qui ont suivi l’accouchement, il m’arrivait de pleurer sans raison. Parfois au travail, parfois dans la rue, le plus souvent en regardant des photos de ma femme et de ma fille. J’ai eu si peur de les perdre ! Mais elles sont toujours là et elles me rendent plus qu’heureux.

Pour Théo, qui s’est senti totalement inutile tout le long de la grossesse de sa femme, il était important de pouvoir être actif le jour de la délivrance. Il s’était donné cette mission pour vivre l’accouchement plus sereinement :

J’ai suivi des cours pour apprendre à soulager les douleurs de ma femme dues aux contractions. Le jour J, j’ai ressenti beaucoup de fierté à pouvoir la soulager un peu avant la pose de la péridurale. J’avais l’impression d’un travail d’équipe, ma femme, le bébé et moi, et je me suis senti totalement inclus dans ce processus, même si ce n’était pas mon corps qui accouchait.

Le face à face du nouveau père avec la réalité

Le premier contact du père et de la mère avec leur enfant est un moment hors du temps. Après de longs mois d’attente, l’émotion est grande de pouvoir enfin serrer la chair de sa chair contre soi.

Submergés par l’émotion, certains pères ont du mal à revenir à la réalité et de simples erreurs et doutes dus à l’inexpérience peuvent prendre alors des proportions énormes.

Pour Pierre-Yves, changer et emmailloter son fils pour la première fois s’est révélé compliqué :

Après la période d’observation obligatoire, ma femme, mon fils et moi sommes montés dans la chambre. Très rapidement, il a fallu changer la couche de Léon. Ma femme était dans les vapes, alors je me suis lancé. Je n’avais pas souvent changé les couches de mes nièces et j’avais toujours eu peur de prendre des petits bébés dans les bras. Je me suis senti très seul. J’ai respiré un bon coup et je me suis dit la phrase philosophique que je me dis à chaque fois dans ce genre de situation : t’es pas plus con que les autres, s’ils y arrivent, toi aussi tu peux le faire.

Alors je me suis lancé : j’ai ouvert la couche, j’ai nettoyé et j’ai mis une nouvelle couche. Et puis j’ai dû tout recommencer, car Léon m’avait fait un petit cadeau entre temps. Ensuite, j’ai beaucoup galéré pour l’emmailloter. Quand les sages-femmes le faisaient, ça avait l’air si simple. Après 10 bonnes minutes à me battre avec le drap, j’ai pris du recul et j’ai vu mon fils mal ficelé dans un torchon. Et j’ai pleuré tout seul. Je me suis dit que je n’étais pas un bon père. Et que si, j’étais plus con que les autres. Avec du recul, ça me fait sourire, mais sur le moment, j’étais vraiment désespéré.

Pour Maxime aussi, les premiers moments à la maternité ont été riches en déconvenues :

Quelques heures après la naissance, on me donne ma fille pour que je lui mette son pyjama. Je m’exécute, en bon père de l’an 2015, puis je me pose sur le tabouret. Soupirant, je veux m’adosser au mur derrière moi… Sauf que je suis à plus d’un mètre du mur. Alors je tombe avec ma fille dans les bras. Heureusement, tout va bien et elle ne se réveille pas.

Deux jours plus tard, toujours à la maternité, je la prends avec moi après sa sieste. Elle ouvre les yeux. Je trouve qu’elle louche et qu’elle a le teint jaune, alors je me mets à pleurer en pensant l’avoir cassée. Les sages-femmes sont mortes de rire ! Ça m’a vexé, mais j’ai pris sur moi.

Le retour à la maison et la vie de famille, vus par les pères

Une fois toute la petite famille rentrée à la maison, c’est une nouvelle vie qui commence, avec son lot de grands bonheurs et de petits tracas (et l’inverse). Les papas ne sont pas épargnés par les nombreuses remises en question qu’entraîne leur nouveau statut de parent.

Maxime, qui pensait avoir tout prévu, s’est senti perdu au moment de franchir la porte de chez lui avec femme et enfant :

Lorsqu’on est arrivés à l’appartement avec notre fille, c’était bizarre. On était partis à deux et on revenait à trois. On avait préparé la chambre, on se croyait prêts, mais en fait pas du tout ! C’était le doute intersidéral. En fait, tous mes débuts de paternité, ça a été ça : avoir des doutes.

Si le baby-blues touche un grand nombre de femmes (la vraie dépression post-partum est plus rare), les hommes aussi peuvent développer des troubles de l’humeur suite à la naissance de leur enfant (je ne développe pas plus ici, c’est le sujet d’un prochain article). Sans en être à ce stade, Jérôme, papa depuis un peu plus d’un mois, est en pleine période d’adaptation et reconnaît que ce n’est pas toujours simple à gérer.

Ma fille, c’est un vrai bonheur. Moi qui pensais que les parents étaient trop « fleur bleue » ou qu’ils maximisaient les actions de leur bébé, je les comprends mieux maintenant. Mais bon, faut quand même avouer que ce n’est pas que du bonheur. Il y a de la peur, de l’angoisse. La nuit, je me réveille de temps en temps pour vérifier si le bébé est toujours en train de respirer… J’ai également eu quelques pensées sombres. Est-ce que je vais continuer à vivre avec tant de changements, saurais-je assumer mon rôle de père, de mari et d’amant ? Je me pose beaucoup de questions.

Balzac écrivait dans Le Père Goriot : « Les pères doivent toujours donner pour être heureux. Donner toujours, c’est ce qui fait qu’on est père. » C’est ce que je souhaite aux papas d’hier et d’aujourd’hui,  à ceux qui fêtent leur première comme leur 20ème fête des Pères, de donner toujours plus pour leurs enfants. Ils le méritent.

Et si tu veux entendre plus de témoignages de pères, je t’encourage vivement à aller (ré)écouter chacun des épisodes du très beau podcast Histoires de Darons réalisé par Fab.

Tu as des trucs à raconter sur l’arrivée d’un enfant en tant que père ? Viens en parler dans les commentaires sous l’article !

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