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Je n’aime pas être dominée au lit, mais j’ai mis du temps à le comprendre

Cette Rockie, âgée de 25 ans, a démarré sa vie sexuelle par des premières expériences marquées par la domination et la soumission. Jusqu'à ce qu'elle réalise que ce n'était pas ce qu'elle désirait vraiment...

Temps de lecture : 4 minutes
Itinéraire sexuelNous avons décidé de créer un nouveau format de témoignage sur Rockie en donnant la parole à des femmes pour qu'elles nous racontent leur itinéraire sexuel. Si tu souhaites participer, tu peux nous envoyer ton texte ici.

Lors de ma première fois, j’avais 18 ans. J’étais en voyage, le jeune homme était fort agréable et j’en garde un bon souvenir. À l’époque, j’ai très peu d’expérience de la séduction, et je réalise aujourd’hui que j’avais très, très envie de plaire.

Après cette première expérience, je rencontre un garçon (appelons-le Sami) avec qui j’explore ma sexualité. Il ne savait se servir quasiment que de son sexe, mais je sens chez lui un profond respect pour moi, une sorte d’attirance mêlée d’admiration, et je me sens en confiance avec lui. Je passe des moments à la fois érotiques et tendres.

Une relation avec un homme dominateur et un rapport au sexe qui bascule

Et puis, quelques mois après, mon rapport au sexe bascule — en tout cas c’est ce que j’ai compris récemment. Je rencontre un homme, plus âgé que moi, (on l’appellera Georges) qui me montre beaucoup d’intérêt, même si j’ai 19 ans et que je suis toujours cette adolescente peu sûre d’elle qui veut absolument plaire. Alors je dis oui, et je me lance.

C’est ainsi que commence une sorte de relation (car Georges est marié), où je me retrouve coincée dans ce rôle d’amante, et comme fascinée par sa personnalité. J’ai compris, longtemps après, que j’avais été victime d’un manipulateur qui avait su me dire exactement ce que je voulais entendre.

J’ai longtemps eu des remords, je m’en suis voulu, avant de comprendre que j’étais une victime, dans tout ça. Et qu’il avait su viser une femme jeune et en situation de détresse émotionnelle pour mieux l’enferrer.

La sexualité avec lui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu. Au lit, il est clairement dominateur. Il me confronte à une sexualité que je n’ai jamais envisagé : il me met en position de soumission, me montre des vidéos pornographiques, m’offre des sextoys hard.

Un mécanisme qui va me pourrir la vie pour plusieurs années se met alors en place dans mon esprit  : je dis oui à tout, car je veux absolument lui faire plaisir. Il réussit à me convaincre que c’est ça que les mecs aiment : dominer et soumettre (spoiler : C’EST FAUX). Et moi, je l’intègre.

Je commence à croire que ce que j’aime au lit, c’est la soumission

Mon syndrôme de la bonne élève appliqué à la sexualité fait ses ravages : j’arrête totalement de m’écouter, et j’adopte cette sexualité. J’oublie la beauté des relations sexuelles avec Sami, et j’intègre que ce que j’aime, c’est la soumission.

C’est faux, mais c’est comme si mon cerveau avait décidé d’effacer mes préférences naturelles et les avaient remplacées par cette sexualité brutale. (Je tiens à préciser que je ne parle pas là de pratiques SM “safe” et respectueuses, avec safeword, etc. En l’occurence, c’est lui qui m’imposait son désir et moi qui suivait. Sans agression, mais avec manipulation psychologique).

J’ai cru, en lisant des témoignages sur Internet de sexualité BDSM, que c’était là une tendance sexuelle “naturelle” chez moi que je devais accepter — alors qu’il n’y avait là aucun respect, seulement une négation de ma personne.

Cette “relation” dure quelques années, puis je finis par m’en détacher. Enfin !

Je rencontre un garçon, avec qui je me mets en couple pendant deux ans. Lui n’est pas spécialement porté sur la soumission et la domination. Mais moi, je ne connais que ça depuis des années. Alors, toujours persuadée que c’est ce que j’aime, et que c’est ça que “les mecs aiment”, je lui en parle. On essaye, il y prend goût, et finalement notre sexualité finit par se réduire à ça.

Cette relation reste quand même différente de la précédente pour moi dans le sens où lui m’aimait et me respectait, et quand il tentait une approche dominatrice, j’y étais réceptive. Mais je savais, au fond de moins, que cette sexualité me faisait du mal car après avoir fait l’amour de cette manière, je ressentais une sorte de malaise en “arrière-plan” de mon esprit que j’ai longtemps ignoré.

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Se reconnecter à sa sexualité et ses désirs grâce à une psychologue

Et puis je démarre un travail avec une psychologue où j’évoque pour la première fois Georges, et je commence à comprendre que j’ai été victime de ses manipulations. Petit à petit, je réalise que la soumission me fait du mal et que si je m’y accroche, c’est parce que inconsciemment je me persuade que je n’ai pas le droit à autre chose, que je ne mérite ni respect ni attention saine.

Évidemment, c’est faux, mais des années de manipulation ont fait des dégâts. Je préviens alors mon copain que je ne veux plus de cette sexualité, et que je désire des rapports sexuels plus simples. Il accepte, mais je sens que jusqu’à la fin de notre histoire, notre sexualité reste entachée de ces habitudes prises dès le début.

Finalement, ma relation avec lui se termine et quelques temps plus tard, je rencontre un homme merveilleux, qui partage ma vie aujourd’hui. Et c’est une RÉVÉLATION.

Il est doux, il est tendre, il m’aime infiniment et surtout, avec lui, tout est simple — y compris la sexualité. Ensemble, l’expression “faire l’amour” prend absolument tout son sens. J’y retrouve le respect et la simplicité des rapports avec Sami, amplifiés mille fois par l’amour que l’on se porte.

Une sexualité basée sur la tendresse, l’amour et la simplicité

Les pratiques en elles-mêmes peuvent se résumer à quelques positions pour la pénétration et à un apprentissage appliqué des manières de faire jouir l’autre avec la bouche et les mains. Quand je fais l’amour avec lui, c’est d’une simplicité déconcertante : l’un comme l’autre, on veut se faire du bien, se montrer qu’on s’aime, et être heureux.

Cela me semble fou d’écrire ça comme si c’était une révélation, tant cela devrait être évident dans toute relation mais pour moi, c’est nouveau. La simplicité sexuelle n’empêche d’ailleurs en rien d’essayer de nouvelles choses ensemble, mais le fondement de notre relation comme de notre vie sexuelle reste la tendresse et l’amour. Et c’est révolutionnaire pour moi.

Aujourd’hui, j’ai 25 ans, et j’ai enfin compris que je mérite d’être aimée et choyée. J’ai aussi réalisé que la sexualité n’est en rien quelque chose de figée, et que mes préférences peuvent évoluer, qu’il n’y a rien de honteux à aimer une sexualité simple et tendre, et que je ne me projette plus du tout dans un autre type de sexualité.

Et toi, quel est ton rapport à la domination et à la soumission ? Quelle révélation as-tu eue au fil de ta vie sexuelle ? Viens en parler dans les commentaires…

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Le dernier commentaire

28 Nov 2019, à 14:31
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