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Faire face en couple à la baisse de désir

La baisse du désir sexuel dans un couple ? “C’est comme un éléphant dans la pièce dont on ne parle pas”.

Temps de lecture : 7 minutes


Vu les dizaines de mails reçus après mon appel à témoignages, la baisse de désir dans un couple est une situation TRÈS courante. Pourtant, le sujet de la libido est rarement abordé dans les médias, autrement que sous l’angle du “10 conseils pour rallumer la flamme hihihi”.

Du coup, j’ai voulu donner la parole à celles qui sont passées par là pour comprendre pourquoi à un moment l’un des membres du couple, ou les deux, voient leur libido chuter. Et comment on s’en sort.

Quand le désir s’essouffle

Une disparue : la libido. Trois suspects principaux (et bien commodes) : le stress, la fatigue et la routine. “J’ai un travail très prenant (60 à 80 heures par semaine), avec des horaires décalés, je vivais pas mal de situations stressantes… Bref, j’étais très fatiguée”, se souvient Emma qui a connu une période de morne couette après avoir emménagé avec son compagnon.

Être mal dans son corps peut aussi empêcher d’en jouir. C’est ce qui est arrivé à Fanny, 26 ans, lorsque sa nouvelle pilule lui a fait prendre du poids : “Vu que je détestais mon nouveau corps, je me suis mise à rejeter toutes les avances de mon copain”.

Et quand des pépins de santé entrent dans l’équation, c’est encore plus compliqué : comment prendre son pied quand on a une crampe ?! “Après pas mal de soucis côté gynéco (brûlures à chaque rapport, cautérisation au laser de cellules pré-cancéreuses…), ma libido était totalement à plat !”, raconte Mélanie, 30 ans, en couple depuis 11 ans. Rien de tel en effet qu’une bonne mycose des familles ou une infection urinaire pour éteindre les b(r)aises.

Difficile aussi d’être disponible dans sa tête pour ce genre d’activité récréative quand on traverse des moments difficiles, comme Claire qui a perdu sa mère il y a deux ans. “Après cette épreuve, j’avais juste jamais envie. Heureusement, mon copain m’a laissé le temps, je n’ai reçu aucune pression de sa part et c’est revenu petit à petit.”.

Le miracle de la vie (ou pas)

Enfin, avoir un enfant peut carrément niquer ta vie sexuelle (tu l’as ?). C’est ce qui est arrivé à Lucie, confrontée à la baisse de désir de son partenaire au début de sa grossesse. “Il m’a expliqué que la grossesse l’inquiétait un peu sur le plan sexuel et qu’il se mettait une pression folle au travail”.

Après s’être renseignés ensemble sur le sexe pendant la grossesse (tout à fait possible sauf contre-indication médicale – non, Messieurs, vous n’allez pas éborgner votre foetus), ils ont repris les travaux pratiques.

Pour Carole*, en couple depuis huit ans et mère d’un enfant de trois ans, c’est après l’accouchement que les choses se sont corsées. “J’ai eu des points dans la paroi vaginale et quand on a voulu réessayer de faire l’amour au bout d’un mois, impossible tellement ça me faisait mal … Mon corps a eu besoin de temps pour se remettre de cette épreuve”.

Sans compter bien sûr le manque de sommeil et d’intimité, l’épuisement ou le vomi dans les cheveux qui peuvent sacrément faire chuter la libido.

L’avis de Nina Luka, psychologue et coach spécialisée dans les relations amoureuses et la sexualité :

“Même si chacun·e a sa propre histoire, c’est assez universel comme situation. Au bout de deux ou trois ans, le couple est devenu un genre de cocon où il est plus difficile pour le désir -qui se nourrit du manque- de naître.

Il existe bien sûr des femmes qui ont une plus forte libido que leur conjoint, mais c’est globalement un problème plus féminin car nous avons beaucoup moins appris à prendre en main notre désir, via la connaissance de notre corps ou la masturbation.

Sans oublier le cas de certains couples où les hommes se désintéressent complètement du plaisir de leur partenaire.”

La baisse de libido : un problème très commun

Si toi aussi ta libido est partie se payer une bonne sieste des familles, sache que tu n’es pas seul·e.

Selon une enquête sur la sexualité en France réalisée par l’Ined, près de 7% des femmes et 2% des hommes déclarent avoir souvent eu une absence ou une insuffisance de désir sexuel sur l’année écoulée, et respectivement 29% et 20% répondent que cela leur est “parfois” arrivé.

Reste que ce genre de situation est douloureuse, en particulier lorsque les deux partenaires n’ont pas le même niveau de désir. “Je me suis sentie assez honteuse quand ça m’est arrivé”, se souvient Fanny, 26 ans, toujours en couple avec son amoureux du lycée. “Et ensuite, quand je lui en ai parlé, j’ai appris qu’il avait l’impression que c’était de sa faute si je n’avais pas envie, qu’il pensait être un mauvais amant, qu’il avait aussi honte de lui…”

Rien qu’en parler ensemble peut déjà permettre de dédramatiser et de faire baisser la pression. “Sinon, la baisse de désir est là comme un éléphant dans la pièce dont on ne parle pas”, décrit Nina Luka. Au risque de créer au fil du temps de la distance entre les deux membres du couple.

Bref, tu l’auras compris, nous voici arrivés au point LA COMMUNICATION C’EST IMPORTANT. “Il a fallu discuter sérieusement de nos envies, de nos besoins, de nos projections sur l’autre. Ça n’a pas été facile et ça a été long pour enfin réussir à expliquer à l’autre ce que l’on aimait vraiment’, raconte Manue, en couple depuis sept ans qui a entamé ce processus avec son partenaire.

Mort aux hormones

J’ai aussi reçu plusieurs témoignages expliquant que l’arrêt d’une contraception hormonale (pilule, implant…) avait été salvateur.

Clémentine*, en couple depuis quatre ans, m’a ainsi raconté que le passage aux préservatifs puis au stérilet au cuivre lui avait permis de sentir à nouveau les variations de sa libido au cours de son cycle. “J’arrive enfin à trouver une logique dans mes envies ou non-envies et ça me fait tellement plaisir !”

 

Même histoire chez Marine, en couple depuis sept ans avec son amoureux. “Je suis dégoutée qu’aucun gynécologue ne m’ait prévenue avant de cet effet indésirable, ça m’aurait peut-être permis de régler le problème plus rapidement”.

Pour l’instant, il n’existe toutefois pas de consensus médical sur le lien de causalité entre contraception hormonale et baisse de la libido car peu d’études quantitatives ont été menées sur le sujet.

Selon une enquête allemande de 2010 menée auprès de 1.200 femmes, “la contraception hormonale est associée à une baisse du désir et de l’excitation sexuelle lorsqu’on la compare avec les autres moyens contraceptifs”. Mais pour les chercheurs, il restait difficile d’expliquer pourquoi.

Surtout que la prise de la pilule est souvent liée au passage à une relation stable : et dans ce cas, qui des hormones ou de la routine sont responsables de la chute de la libido ?

En tout cas, cela ne te coûte rien d’explorer cette piste, tout en gardant en tête que pour jouir sans entraves, être protégée d’une grossesse non-désirée reste essentiel.

L’avis de Nina Luka :

« Je conseille souvent de commencer par cultiver sa propre sensualité via des activités où tu te reconnectes à ton corps et tes sensations comme la danse. Tu peux ensuite développer ton imaginaire érotique via la masturbation, la littérature ou des films.

Reste ensuite à le connecter à celui de ton (ou ta) partenaire et pour cela, tu peux commencer à organiser des rendez-vous à deux (ou lui refiler cette responsabilité #chargementale) pour se créer une bulle loin du boulot ou des enfants.

Sans se mettre la pression en mode il FAUT qu’on ait un rapport sexuel ce soir mais plutôt en partageant une activité qui vous fait plaisir. »

Prendre de la distance

Paradoxalement, prendre un peu de distance peut aussi aider à se rapprocher. “On a multiplié les sorties chacun de son côté pour recréer le désir de se retrouver sous la couette après ces moments vécus l’un sans l’autre. Et ça a marché !”, se réjouit Mélanie, 30 ans, en couple depuis 11 ans.

Clélia, 28 ans, l’a aussi constaté lorsqu’elle a décroché un job dans une autre ville. “La distance nous a finalement permis de nous retrouver… de nous manquer un peu et de se redécouvrir !”

Parmi les témoignages que j’ai reçus, j’ai noté en vrac plein d’autres astuces pour tenter de se reconnecter à son désir et à celui de l’autre : méditer, boire des infusions au gingembre, se faire des massages, explorer d’autres types de sexualité ou de relations (sextoys, sexe oral, bondage, couple libre, etc)…

Et si vraiment, tu as le sentiment qu’il y a des choses plus profondes qui t’empêchent ou vous empêchent d’être un couple épanoui sur ce plan-là aussi, alors je ne peux que t’encourager vivement à demander de l’aide à un·e thérapeuthe ou sexologue. C’est la décision qu’ont fini par prendre Marie et sa femme.

“On n’a pas les mêmes envies et elle a de nombreux blocages qui me bloquent à mon tour. Alors, je lui ai plus ou moins lancé un ultimatum genre : cette fois, on s’en occupe, c’est obligé”.

Se forcer ou ne pas se forcer ?

Reste un dernier sujet tendu que j’ai volontairement gardé pour la fin : la fameuse phrase “l’appétit vient en mangeant”.

 

Précision importante : je ne parle pas ici de non-consentement – et donc de viol conjugal- mais bien de s’auto-motiver pour avoir un rapport sexuel alors qu’on n’en a pas forcément hyper envie à la base.

“En matière de sexe, plus tu en fais plus tu as envie”, assure Carole*, en couple depuis huit ans. “Donc quand je ne veux pas mais un peu quand même, je me force et en fait, après je suis bien contente de l’avoir fait.”

L’avis de Nina Luka :

« Pour certaines femmes, il y a le risque de perdre son désir en faisant cela. À force de ne pas écouter ton corps à fond, il finit par ne plus être là, comme s’il ne te faisait plus confiance. Il y a une déconnexion entre ton corps, ce que tu dis, ce que tu fais et ce que tu ressens.

Je conseille enfin de relativiser les statistiques sur le nombre moyen de rapports sexuels. Ce ne sont que des chiffres : on peut être asexuel ou avoir une libido faible et être très heureux ! C’est à partir du moment où il y en a un des deux qui est malheureux de la situation, qu’il y a quelque chose à creuser. »

Le mot de la fin sera pour Lucie, 29 ans. “Ça a mis du temps avant qu’on trouve notre vitesse de croisière mais aujourd’hui ça va. Nous n’avons pas une vie sexuelle folle avec des rapports hyper fréquents mais quand on fait l’amour, on jouit (la plupart du temps) et quand on ne jouit pas, on a passé un bon moment, on s’est amusés. Notre sexualité n’est pas dans la norme des deux rapports par semaine mais notre sexualité nous rend heureux et c’est bien tout ce qui compte finalement non ?”

Tu es passée par là dans ton couple ? Ou tu es en plein dedans ? Tu tiens le décompte précis de vos derniers rapports sexuels ? Viens en parler dans les commentaires !

*Les prénoms ont été changés, à la demande des intéressées.

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Le dernier commentaire

15 Avr 2019, à 13:59
Je suis en couple depuis 8 ans. Même au début de notre relation nous n’avons jamais beaucoup sexé. Puis est arrivé le désir d’enfant et notre sexualité est devenue un moyen de, je faisais des tests d’ovulation et nous ne faisions l’amour qu’au bon moment pas plus. Puis est arrivé la pma et là soulagement nous n’avions plus besoin de faire l’amour pour procréer mais nous ne le faisions pas des masse quand même. Depuis l’echec De la pma et la tentative de suicide que j’ai faite après, nous ne nous sommes plus touchés. Cela va bientôt faire 1 an.
J’avais une grosse libido à l’adolescence mais je ne pratiquais pas la pénétration. Celle ci est arrivée tard et ma deuxième pénétration a été un viol conjugal. J’ai pendant des années fait du vagimisne suite à cette agression. Pas de pénétration mais beaucoup de sexe d’un soir toujours dans l’optique de garder l’homme plus longtemps. Et puis j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari et j’ai compris qu’il resterait même sans sexe (c’est d’ailleurs à moi depuis le début d’etre a l’initiative et ça me pèse ) Je regrette beaucoup ma sexualité d’il y a 20 ans j’adorais le sexe j’avoue être un peu perdue
Désolée pour le pavé
 
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