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Une mère retrouve sa fillette décédée grâce à la réalité virtuelle

Retrouver son enfant décédé grâce à la réalité virtuelle, c'est maintenant une possibilité... qui pose beaucoup de questions.

Temps de lecture : 3 minutes

La vidéo est poignante, et ressemble à une scène de science-fiction. Elle évoque Minority Report, mais aussi et surtout Black Mirror.

Une femme, équipée d’un casque et de gants de réalité virtuelle, retrouve une fillette dans un parc et fond en sanglots, la caressant, balbutiant des paroles chargées d’émotion.

L’enfant lève son visage vers elle, lui fait signe, lit une histoire, s’installe sur un lit. Cette petite fille, c’est la fille de cette femme. Et elle est décédée en 2016.

Une mère retrouve, en réalité virtuelle, sa fille décédée

La vidéo, originaire de Corée du Sud, a fait près de 10 millions de vues en moins d’une semaine, rien que sur YouTube — et elle a aussi tourné sur d’autres réseaux, comme Twitter.

On y voit la rencontre entre la mère et la fille, mais aussi la façon dont les prises de vues ont été réalisées, et dont l’enfant a été modélisée. Le père, le frère ainsi que la sœur de la fillette sont aussi présents, et très émus.

D’où vient cette vidéo avec une fillette décédée recréée en réalité virtuelle ?

Futurism met un peu de contexte bienvenu autour de cette vidéo surprenante, mais difficile à comprendre pour qui ne parle pas coréen.

La petite fille est Nayeon, elle est décédée en 2016 d’une maladie incurable, à l’âge de 7 ans. Sa mère s’appelle Jang Ji-sung.

Dans le cadre d’un documentaire télévisé, la fillette a été recréée en réalité virtuelle : une enfant a été filmée en motion capture, et les traits de Nayeon ont été ajoutés sur les prises de vue.

Pendant 8 mois, une équipe technique a travaillé à redonner « vie » à la petite fille, mais aussi au parc où elle « retrouve » sa mère, basé sur un endroit bien réel que la famille a déjà visité.

Cette vidéo, intitulée I Met You (Je t’ai rencontrée), est le premier extrait du documentaire, qui n’a pas encore été diffusé.

Recréer des morts en réalité virtuelle, le futur du deuil ?

Même si la technologie est loin d’être parfaite, l’émotion qui saisit Jang Ji-sung lorsqu’elle se retrouve face à sa fille est bien réelle. Qui sait ce que ça donnera quand la copie sera encore plus criante de réalisme…

Impossible de ne pas penser à Black Mirror et à son déchirant épisode Be Right Back, dans lequel une jeune veuve recrée, d’abord à l’écrit, puis en audio, puis dans un robot, son compagnon décédé.

Une partie de moi se dit qu’avoir l’occasion de dire un dernier « au revoir » peut être thérapeutique. L’autre frissonne devant les potentielles dérives de cette évolution technologique.

À lire aussi : Comment faire face au décès d’un proche et traverser les étapes du deuil

J’ai peut-être lu trop de science-fiction, mais je ne peux m’empêcher d’imaginer des gens s’immergeant à jamais dans un monde virtuel plutôt que d’affronter leur deuil…

Futurism cite le commentaire de Jang Ji-sung, confié au Aju Business Daily :

« C’était peut-être un paradis. J’ai rejoint Nayeon, qui m’a appelée et m’a souri, c’était un moment très court mais très heureux. C’est ce dont j’ai toujours rêvé. »

À la réflexion, je me dis qu’avec un solide encadrement psychologique, la réalité virtuelle pourrait permettre d’avancer moins difficilement dans son deuil, et d’atténuer la peine provoquée par la perte d’un être cher.

Après tout, il y a très peu de temps, entendre la voix, voir le visage d’une personne après sa mort était tout bonnement impossible. Aujourd’hui, il suffit de lancer une vidéo.

Les plateformes sociales développent des outils dédiés à la gestion de comptes une fois leur propriétaire décédé. L’humanité doit gérer une nouvelle facette de la mort : sa facette virtuelle.

Comme le note, avec pertinence, Futurism, le danger c’est que ce genre d’innovation est pour l’instant aux mains d’entreprises privées. Il faudrait peut-être que ces méthodes soient accessibles seulement dans le cadre d’une thérapie bien encadrée.

Mon ressenti à moi, c’est qu’il est déjà trop tard. On ne peut pas endiguer le développement de la réalité virtuelle, y compris dans des domaines aussi sensibles que celui de la gestion du deuil.

C’est humain de vouloir revoir une personne décédée. Et si la technologie le permet, alors certains et certaines le feront.

Je suis plutôt pour l’éducation aux nouvelles technologies et l’assistance de professionnels de santé pour tout ce qui peut être aussi douloureux que revoir son enfant décédé dans un monde virtuel…

En espérant que cela suffise.

Avais-tu vu passer cette vidéo, toi ? Qu’est-ce que ça t’inspire ?

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Le dernier commentaire

16 Fev 2020, à 22:47
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