Close

Entrepreneuse et place en crèche, l’équation impossible à résoudre

Virginie, « chômeuse entrepreneuse », comptait sur une place en crèche pour développer son projet pro. Face à la jungle des modes de garde, elle est vite redescendue sur terre et ses ambitions professionnelles ont été quelque peu bousculées.

Temps de lecture : 4 minutes

Il y a quelques jours, je suis tombée sur une chronique de Clélie Avit sur le webmagazine littéraire ActuaLitté. L’auteure française, qui a remporté en 2015 le prix Nouveau Talent avec son premier roman Je suis là, y raconte les galères des écrivains pour louer un appartement, contracter un prêt bancaire ou encore obtenir une place en crèche. Ce dernier point a particulièrement retenu mon attention, moi qui attends depuis presque un an le coup de téléphone qui me permettrait de pouvoir enfin séparer vie privée et vie professionnelle.

Le chômage pour créer mon entreprise

Lorsque je suis tombée enceinte, j’étais depuis un an au chômage : je développais un webzine féminin et écrivais tous les jours plusieurs articles pour l’alimenter. J’avais un statut de demandeur d’emploi mais, en réalité, je créais mon entreprise. Bref, je ne chômais pas. Je m’étais installée un petit bureau dans mon salon, et j’y passais une grande partie de ma journée.

Quand s’est posée la question du mode de garde de notre bébé, mon mari et moi avons étudié les différentes possibilités qui s’offraient à nous. Nous sommes tombés d’accord sur la crèche municipale, pour des raisons de budget et de planning mais aussi parce que ce type de structure répondait à nos attentes en termes de stimulation, de sociabilisation etc. Nous sommes donc allés chercher un dossier d’inscription à la mairie de notre ville et l’avons renvoyé deux jours après, soit six mois avant la naissance de notre fille.

Obtenir une place en crèche, le graal des jeunes parents

On nous avait prévenus que les places étaient rares mais, très optimistes, on était sûrs que notre bébé serait accepté. Et puis, on n’avait pas vraiment le choix : je ne me voyais pas travailler avec un bébé à la maison. J’ai besoin d’être très concentrée pour être productive, et la présence d’un bébé à mes côtés, que j’aurais envie de cajoler tout le temps, ne m’aiderait pas à être efficace. Et je ne parle même pas des pauses pour donner un biberon, changer une couche, masser un petit ventre douloureux etc. Bref, il fallait vraiment qu’on ait cette place en crèche pour que je puisse aussi consacrer du temps à mon projet pro.

Les semaines ont passé, la commission d’attribution des places aussi et nous n’avions toujours pas de réponse. J’ai donc fini par téléphoner au service Petite Enfance de ma mairie. La réponse a été sans appel : « votre enfant n’a pas eu de place, en plus, vous êtes au chômage, alors ça ne risquait pas de passer. On réétudiera votre dossier dans 6 mois, lors de la prochaine commission, mais ne vous faites pas trop d’illusions. » Évidemment, j’ai tenté d’expliquer à la personne que j’avais au téléphone que j’étais en fait en création d’entreprise, mais elle a vite coupé court à notre conversation. Voilà, alors qu’elle grandissait encore tranquillement dans mon ventre, ma fille se voyait refuser une place en crèche parce que sa mère avait choisi l’entrepreneuriat et le télétravail. La plaie !

Les chômeurs créateurs, les oubliés des places en crèche

Dépitée, j’ai donc commencé à me renseigner : Pôle Emploi propose une plateforme appelée Ma Cigogne qui permet de faire garder son ou ses enfants de 0 à 3 ans dans le cadre d’une recherche d’emploi. Les gardes proposées sont courtes, d’une demi-journée à trois jours, et un justificatif d’entretien, de formation ou de rendez-vous avec son conseiller Pôle Emploi est systématiquement demandé. C’est super pour celles et ceux qui cherchent effectivement un travail, mais ça ne correspondait pas à ma situation de « chômeuse entrepreneuse ».

Face à la complexité de ma position, je me suis posé pas mal de questions : comment font les personnes qui veulent entreprendre pour faire garder leur(s) enfant(s) si elles n’ont pas de place dans une crèche municipale ou d’entreprise, et si leurs moyens ne leur permettent pas d’embaucher une nounou à plein temps ? Comment arrivent-elles à monter leur projet si les structures publiques actuelles ne correspondent pas à leurs besoins ? Pas étonnant dans ces conditions que 25% des entrepreneurs et entrepreneuses déclarent avoir repoussé ou abandonné le projet d’avoir un enfant.

Faute de place en crèche, une organisation de bric et de broc et un plantage

Maintenant que j’avais compris que non, ma fille n’irait pas renforcer ses défenses immunitaires à la crèche, quelles solutions me restait-il ? Honnêtement, pas grand chose. Mes beaux-parents travaillent à temps plein et ma mère habite à 300km de chez moi, alors on ne pouvait pas trop compter sur eux. Mon mari, qui travaille dans une jeune startup, n’avait pas accès à une crèche d’entreprise. Est-ce qu’il aurait pu arrêter de bosser pour me permettre de mener à bien mon projet ? Pas vraiment, on ne pouvait pas se passer de son salaire.

Ma fille est née quelques jours avant l’été et je m’en suis occupée tous les jours pendant 8 mois, jonglant comme je pouvais entre les biberons et l’écriture d’articles. Mon mari prenait le relais tous les soirs et posait souvent des jours de congés pour que je puisse me rendre à mes rendez-vous, mais mon projet professionnel en a beaucoup pâti. Ce fut même un échec, même si j’ai encore un peu de mal à me l’avouer aujourd’hui. Je n’arrivais pas à travailler avec un bébé à mes côtés, et ses quelques heures de sieste par jour ne me permettaient pas de rattraper mon retard abyssal. Je ne sais pas si une place en crèche aurait permis d’éviter ce fiasco, mais je pense que ça m’aurait quand même bien aidée. Aujourd’hui, je serai sûrement encore en train de développer mon site, et je n’aurais peut-être pas ce vieux goût amer dans la bouche.

Une situation précaire et toujours pas de place en crèche

Mon chômage touchant à sa fin, j’ai eu la chance de retrouver un travail à mi-temps dans une rédaction, chez Rockie, mais n’ayant toujours pas de place en crèche, mon mari et moi avons dû engager une nounou à domicile pour me permettre d’aller au bureau deux jours par semaine. Financièrement, c’est une situation difficile pour nous, et presque tout mon salaire y passe en attendant le versement des aides PAJE (Prestation d’Accueil du Jeune Enfant) de la CAF. La commission d’attribution des places en crèche de ma ville pour la rentrée 2019 est ces jours-ci, et j’espère vraiment que notre fille sera acceptée. J’ai envie de travailler dans de bonnes conditions, et devoir écrire des articles tout en berçant un bébé qui pleure, ce n’est pas ce que j’appelle des bonnes conditions. On croise les doigts !

Toi aussi tu as connu des galères de modes de garde (ou pas) ? Si tu as envie de partager ton expérience avec les lectrices et lecteurs de Rockie, tu peux commenter cet article, ou bien utiliser le formulaire « Contribue à Rockie ». On a hâte de te lire ! 
Rubrique
Mots-clés

Le dernier commentaire

23 Mai 2019, à 13:11
Bonjour à tous,

Je suis tombée sur l'article par hasard et, étant à trois mois de grossesse, ça m'a mis la puce à l'oreille. Mon mari est gérant d'une agence web et je suis en freelance en tant que rédactrice web. J'ai donc l'impression qu'on est sur la bonne voie pour galérer :eek:...

A toutes celles/ceux qui ont mis leurs enfants en crèche ou assistante maternelle : à combien de mois vous êtes vous préoccupé de la question du mode de garde ?

Merci à tous :)
Et bien moi je m’en suis préoccupée avant de tomber enceinte. Dès que j’ai eu un certificat médical attestant de ma grossesse, j’ai déposé une demande à la mairie. résultat pur mon aîné: une place à ses 10 mois ( on s’est débrouillé tant bien que mal avant ça, j’avais repris le travail à temps plein à ses trois mois mais mon mari avait des horaires souples). Pour la deuxième, pas de place avant son premier anniversaire, et encore, à la halte garderie qui ouvrait à 8h et fermait à 17h. J’etais à mi-temps ( mais je ne l’avais pas signalé pour maximiser mes chances) et on me proposait 2 jours par semaine. J’ai pleuré pour obtenir 2 jours et demi, puis finalement 3 jours, ce qui m’a permis de la faire effectivement garder tous les jours où je devais travailler ( je suis enseignante) sans faire appel à ma mère ( qui travaillait encore) ou mon père ( qui avait de gros soucis de santé et est d’ailleurs décédé l’annee Suivante). J'ai conscience qu’on a quand même eu de la chance même si du coup je n’ai pas repris à plein temps faute de mode de garde complet, mais la complexité de la garde en France m’ecoeure et m’a dissuadée de faire un petit troisième.
 
Voir les réactions sur le forum (50 réponses)
Close