Close

Entretien d’embauche : comment répondre à la question « vous voulez des enfants ? »

Si tu es une femme en âge de procréer, il y a des chances que tu aies déjà été confrontée à la fameuse question : "vous avez prévu d'avoir des enfants ?" lors d'un entretien d'embauche. Voici quelques conseils pour y répondre.

Temps de lecture : 4 minutes

C’est fou à quel point nos utérus et ce qui s’y passe semblent intéresser les recruteurs ou recruteuses. Quand on est une femme âgée de 20 à 40 ans, il n’est pas rare de se voir demander en entretien d’embauche si on a des enfants ou si on prévoit d’en avoir dans les trois prochaines décennies années. Une question qui n’est étrangement jamais posée aux hommes en âge d’être père…

Que dit la loi ?

Pourtant, légalement, on ne peut poser en entretien d’embauche que des questions ayant un rapport direct avec le poste proposé.  C’est ce que précise l’article L1221-6 du Code du Travail. « Les informations demandées au candidat à un emploi, sous quelque forme que ce soit, ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles. »

On se demande donc bien en quoi le fait d’avoir des enfants ou non pourrait influer sur tes aptitudes professionnelles. À la rigueur, le recruteur ou la recruteuse pourrait t’annoncer qu’il y a des déplacements nécessaires ou des horaires décalés, et te demander si c’est compatible avec ta vie personnelle, mais ça s’arrête là.

Dans l’illégalité la plus totale

Précisons aussi tout de suite que discriminer quelqu’un à cause de sa situation de famille est bien sûr complètement illégal, selon les articles 225-1 et 225-3 du Code Pénal. Évidemment, ce n’est pas simple à prouver côté candidate, car les entreprises sont suffisamment malignes pour ne pas écrire un mail disant noir sur blanc « on n’embauche pas les mères, déso ».

Toutefois, si tu penses avoir été discriminée pour ce motif, n’hésite pas à contacter le Défenseur des droits, qui pourra te conseiller et t’accompagner dans tes démarches. Il existe aussi dans certaines villes des permanences juridiques gratuites, avec des avocat·es pouvant répondre à tes questions.

La théorie c’est bien beau, mais dans la pratique, comment peut-on se préparer à répondre à cette question ? Après tout, si tu rappelles sèchement qu’il est interdit de poser ce genre de question, cela peut compromettre tes chances d’avoir le poste.

Si tu n’as pas d’enfant, ni d’envie d’en avoir, tu pourrais être tentée de répondre simplement à la question en disant la vérité. A priori, cela ne te desservira pas, mais ça risque d’entretenir le phénomène, avec des recruteurs et recruteuses qui continuent de poser cette question à toutes les candidates.

Mentir ou dire la vérité ?

Si tu as envie d’avoir des enfants dans un futur proche (ou si tu es déjà enceinte au moment de l’entretien), tu te demandes peut-être si tu peux mentir sur ce point. Sache déjà que tu n’as aucune obligation de révéler ta grossesse ou ton projet de grossesse lors d’un entretien d’embauche. Cela ne pourra jamais être utilisé ensuite comme un motif valable de rupture de contrat par ton nouvel employeur.

Tu peux donc répondre en entretien que tu n’as pas de projet de bébé pour l’instant, puis annoncer ta grossesse dès la fin de ta période d’essai, cela ne pourra jamais être utilisé contre toi pour te licencier. Par contre, effectivement, les relations peuvent ensuite être un peu tendues au sein de l’entreprise, ou avec ton ou ta N+1.

En fait, c’est à toi de réfléchir : Est-ce que tu as vraiment besoin/envie de ce poste ? Est-ce que tu es prête à travailler dans une boite pour qui la maternité est un problème et/ou avec un·e chef qui fera la gueule si tu lui annonces ta grossesse dans six mois ? La réponse t’appartient, car chaque situation est différente.

Recentrer la discussion

Toutefois, ce que je te conseille vivement, c’est de ne PAS répondre à cette question, quelle que soit ta situation personnelle. C’est le conseil que m’a donné une recruteuse un jour et que j’ai trouvé hyper utile, donc je le partage avec toi. Quand on me pose une question en entretien qui n’a rien à voir avec mes compétences ou avec le poste, j’essaye de recentrer habilement le débat sur mes aptitudes professionnelles et ma motivation. Le tout avec un grand sourire, sans agressivité mais en restant ferme. Exemple :

– Est-ce que vous avez prévu d’avoir des enfants bientôt ?
– Ce qui compte pour moi en ce moment, c’est de décrocher ce poste pour lequel je pense être tout à fait compétente parce que blablablabla.

Non seulement je ne réponds pas à sa question déplacée, mais en plus, j’envoie le message qu’on est là pour parler de mes compétences. Si il ou elle insiste, je lui sors, avec un sourire de plus en plus grand, des variations autour de cette réponse.

Jouer la naïve

Tu peux aussi retourner sa question au recruteur ou à la recruteuse en jouant la naïve. « Pourquoi me demandez-vous cela ? C’est la première fois qu’on me pose cette question, alors j’aimerais pouvoir y répondre du mieux possible ». Il y a des chances pour qu’il ou elle bafouille et passe à autre chose.

La question directe « est-ce que vous avez des enfants ? » est un peu plus tricky. Tu peux tenter de t’en sortir en reformulant : « Peut-être que vous voulez savoir si je pourrais faire des déplacements dans le cadre de mon travail, ou rester tard certains soirs ? Je peux vous assurer que je m’engage toujours fortement dans mon travail, peu importe ma situation personnelle ».

Enfin, tu peux aussi dire que tu t’efforces de toujours séparer vie pro et perso, et que celle-ci n’a pas d’impact sur ta capacité à mener à bien les missions qui te seront confiées. Dans tous les cas, je te conseille de répondre de façon vague et de ramener la discussion sur le sujet de tes compétences et de ta motivation, tout en évitant d’entrer dans la confrontation. Évidemment, c’est plus simple d’y arriver quand tu t’y prépares à l’avance.

Utiliser cette technique te donnera aussi des infos  en plus sur le fonctionnement de l’entreprise. Est-ce que le recruteur ou la recruteuse insiste pour obtenir une réponse ? Ou est-ce que la conversation repart sur d’autres sujets ? Dans le premier cas, cela semble indiquer que la maternité est un vrai problème dans cette entreprise, et personnellement, cela déclenche un signal d’alarme dans ma tête.

Pour aller plus loin :

Et toi, on t’a déjà posé des questions gênantes en entretien d’embauche ? Partage-les dans les commentaires, qu’on trouve ensemble des astuces pour y répondre !

 

 

Rubrique
Mots-clés

Le dernier commentaire

8 Mai 2019, à 13:29
Voir les réactions sur le forum (34 réponses)
Close