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J’ai détesté être enceinte !

Manon t'explique pourquoi elle a détesté les 9 plus longs mois de sa vie, sans pour autant regretter d'avoir eu un enfant. Comme quoi, on peut vouloir avoir un môme, sans kiffer de partager son corps pendant presque une année !

Temps de lecture : 5 minutes

J’en entends déjà me dire : « Ah mais faut pas tomber enceinte si t’aimes pas ça ! »

Ce à quoi je réponds : mais comment j’aurais pu le savoir ? J’ai pas de machine magique qui me permet de voir le turfu, hein.

C’est comme pour les tomates cuites : comment savoir que c’est pas bon, sans jamais avoir goûté ? Bah maintenant je peux le dire : j’aime pas les tomates cuites, et j’ai détesté être enceinte.

La grossesse, ce moment idéalisé par le plus grand nombre

Depuis que je suis gamine, j’ai toujours vu les femmes enceintes autour de moi kiffer au max ces longs mois avec un gros bide. Elles semblaient épanouies, en phase avec elle et leur futur bébé, bref un pur moment de joie. Enfin ça, c’est ce qu’elles voulaient bien montrer peut-être.

Du coup, même si je savais que ça n’allait pas forcément n’être qu’une partie de plaisir (ça se termine avec un accouchement où tu dois expulser un rôti de ton vagin tout de même, c’est pas rien), j’me disais que globalement, la grossesse, ça avait l’air pas si terrible.

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Et bien je me suis mis le doigt dans l’oeil jusqu’au…jusqu’à l’utérus ? BREF, t’as compris l’idée.

Contrairement à ce que j’avais comme exemple autour de moi, ma grossesse n’a pas été un long fleuve d’épanouissement et de bonheur fait de gazouillis d’oiseaux et de licornes toutes douces. J’extrapole à peine.

Non, j’ai vraiment vécu ces neufs putains de longs mois comme un calvaire, tant physiquement qu’émotionnellement.

Le calvaire physique de la grossesse

Une grossesse, c’est long. Encore plus long il paraît quand c’est ton premier enfant, parce que t’as le temps de te regarder le nombril pousser.

Commençons par le premier trimestre de grossesse. Oui je sais, tout le monde n’a pas les mêmes symptômes et ça dépend d’une femme à l’autre, voire même d’une grossesse à l’autre. C’est la loterie. 

Pour ma part, j’ai pas été hyper épargnée, même si je sais que ça aurait pu être pire. Je t’avais déjà parlé de ma phobie du vomi dans cet article. Et disons que passer 3-4 mois à avoir la nausée dès le moment où j’ouvrais les yeux le matin n’a pas été le meilleur des moments, tu t’en doutes.

J’ai tout essayé pour calmer ces nausées : la cuillère de miel au réveil, les plantes, l’homéopathie, l’acuponcture : rien n’a marché.

J’ai pris mon mal en patience jusqu’au jour où ça a disparu comme par magie, sans crier gare. Et encore, je suis chanceuse : j’ai pas vomi une seule fois. Youpi youpi.

Le deuxième trimestre, c’est soi-disant celui où tu te sens le mieux dans tes baskets parce que les symptômes des premiers mois sont passés, et où tu kiffes un peu ton état de demi-ballon.

Que nenni sister, c’était tout pourri. Je commençais à avoir du mal à me déplacer sans être essoufflée (alors que j’ai l’habitude de marcher pendant des heures), j’avais envie de fumer en permanence, et en plus c’était en plein milieu de l’été, avec les chaleurs horribles, les jambes qui gonflent, les malaises vagaux et l’envie de picoler un verre de rosé ou deux.

Coucou, c’est le début de la frustration.

Le troisième trimestre fut le pire je crois. J’arrivais plus à voir mes pieds tant mon ventre était énorme, je dormais mal parce que la nuit était le moment préféré de ma fille pour faire des cabrioles dans l’espace réduit de mon utérus, et caler ses pieds dans mes côtes semblaient être son petit jeu favori.

Rajoute à ça des lumbagos, des sciatiques à répétition et des poteaux à la place des jambes et on est bien.

Non franchement, c’était tout pourri comme truc, je recommande pas hein.

Le calvaire émotionnel de la grossesse

Parce qu’il n’y a pas que les points physiques nommés ci-dessus qui sont relous, sinon c’est trop facile. Je crois que ce que j’ai détesté encore plus que l’aspect physique qui se barre en vrille, c’est ce qui se passait dans ma tête.

J’ai mis beaucoup beaucoup de temps avant de réaliser que j’avais une occupante dans mon ventre, même si ce dernier grossissait de jour en jour.

Je n’arrivais pas à admettre mon état de grossesse, et je gérais très mal la frustration et les attentions mielleuses et pourtant pleine de bonnes attentions de la part de mes proches.

J’avais l’impression qu’on me considérait comme une petite chose fragile qu’il fallait protéger et soigner, et ça me faisait royalement iech. J’étais enceinte, pas malade, ni en sucre nom di diou !

Je voulais continuer à faire ma life comme d’habitude, sauf que j’étais vite rattrapée par la réalité et donc j’étais ultra frustrée.

Et surtout, je n’existais plus. Moi, la femme, je n’étais visiblement plus présente pour ceux que je côtoyais, j’étais juste « la future maman », la « femme enceinte ».

On ne me parlait plus que de ma grossesse, toujours et tout le temps, de ce que j’allais faire quand ma fille serait née, si j’allais l’allaiter,  si elle allait dormir dans notre chambre ou dans la sienne, si j’étais plus couches lavables ou jetables, tétine ou pouce…

Bref, merci mais non merci. Je n’avais plus d’intimité dans mes pensées et mes projets, toutes les questions qu’on pouvait me poser ne tournaient qu’autour de la grossesse et de la parentalité.

J’avais l’impression qu’on me forçait à rentrer dans un rôle que je ne visualisais pas du tout comme tout le monde. Pour moi, notre vie allait certes changer, mais ma personnalité resterait la même, sur les mêmes rails. Je n’allais pas soudainement devenir ce qu’ils semblaient attendre que je sois.

Du coup, je ne correspondais pas aux attentes, je faisais soulever des sourcils interrogateurs et quelque peu jugeants, et ça me saoulait.

J’avais hâte d’accoucher et que ma fille soit là, pour ne plus être uniquement considérée autour de cette grossesse, mais aussi pour moi.

Sans compter qu’une fois née, plus personne n’essayerait de me toucher le ventre sans même me demander l’autorisation. Non mais on s’en parle de cette manie ? Ça me rend folle.

La libération de l’accouchement

Quand ma fille est née, et une fois que j’ai pu digérer ma dépression post-partum bien sévère, j’ai kiffé. J’avais eu des doutes sur le fait de réellement vouloir un enfant quand j’ai pu voir à quel point je détestais être enceinte, alors que c’était une période qui était censée être si cool et épanouissante.

Je n’avais pas été épanouie du tout, je n’avais pas du tout aimé ces 9 mois. Mais maintenant qu’elle était enfin là, que je pouvais reboire un coup et fumer une clope sans culpabiliser parce que mon utérus avait repris sa forme originelle et que l’occupante avait dégagé les lieux, ça allait mieux. J’extrapole bien sûr, mais tu vois l’idée.

Je me sens tellement mieux dans mon rôle de maman maintenant que ma fille ne vit plus dans mes entrailles ! Et je t’avoue que je ne suis pas sûre de vouloir remettre le couvert et de lui faire un petit frère ou une petite soeur.

Pour l’instant du moins, je ne me sens pas du tout prête à ça, parce que je sais par quoi je vais devoir passer. Et ce, même si chaque grossesse est différente, il reste tout de même le fait que ça impliquera encore une fois d’héberger une ou un squatteur pendant quelques mois. L’adoption n’est pas dans nos projets, donc on verra bien pour la suite !

Mais on y est pas encore, loin, très loin de là, il va me falloir encore du temps pour oublier tout ça.

J’envie presque celles qui s’épanouissent et trouvent que ces longs mois sont cool, même s’ils peuvent être relou sur bien des aspects !

Et toi, comment tu as vécu ta grossesse ? 

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Le dernier commentaire

2 Juin 2020, à 13:52
J'ai adoré être enceinte, le père de mes 2 ainées ne voulait pas d'autres enfants, je crois que pour moi, ça a été le commencement de l'ennui avec lui. J'en ai eu 2 autres avec un autre papa, et si j'avais pu, j'aurai continué à faire des bébés ... (mais finalement, maintenant, je suis contente de sortir enfin de mon boulot de mère ... )
Mais c'était un plaisir très égoïste, que je partageais avec parcimonie, pas question que tout le monde touche mon ventre. Rebelle depuis l'enfance, personne n'osait tellement me donner des conseils, et ça me fait sourire le cadeau pour la maman, parce que sans doute que ma belle-mère y a pensé en m'ofrant un livre sur des crimes atroces qui se sont déroulés y a longtemps dans notre région. Je lui ai dit de repartir avec. :yawn:
Beaucoup trop tard, j'ai rencontré un couple d'hommes, qui auraient aimé avoir un ou plusieurs enfants, nous avons ensemble regrettés de ne pas nous être connus plus tôt.

Quand je lis ce genre de commentaires, je pense à la chance que nous avons, maintenant, de pouvoir exprimer nos manques de joie, pendant nos grossesses. Parce que ces clichés du bonheur de porter la vie, n'est visiblement pas le ressenti de toutes les mères. Alors, de tout mon cœur je ressens de la compassion pour les femmes du passé qui n'ont jamais pu exprimer leur désarroi.
 
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