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Faire des enfants et/ou sauver la planète ?

La planète souffre et les ressources naturelles s’épuisent. Faire des enfants dans ces conditions est un pari que certain·es refusent de faire.

Temps de lecture : 5 minutes


Petite confession avant de démarrer : j’ai rarement galéré autant pour écrire un article. Je me suis rongé tous les ongles de la main gauche et j’ai passé le week-end à ruminer le sujet en arrière-plan dans ma tête. C’est là que j’ai compris que parler d’environnement et d’écologie créait BEAUCOUP d’anxiété chez moi.

Si, au quotidien, j’arrive assez bien à faire l’autruche et à me racheter une bonne conscience (en triant consciencieusement mes déchets et en n’achetant plus de viande par exemple), là en lisant les dizaines de réponses reçues suite à mon appel à témoignages, je me suis confrontée sérieusement au sujet. Comme tous les (futurs) parents qui m’ont écrit.

Quel monde va-t-on laisser à nos enfants ?

Quand on se lance dans l’aventure de la parentalité, on se pose souvent la question de savoir quel monde on va laisser à nos enfants. Et les dernières nouvelles sur le front de l’environnement ne sont pas réjouissantes : épuisement des ressources naturelles, réchauffement climatique, extinction des espèces animales… Autant de raisons qui peuvent décourager d’avoir une progéniture.

“Je ne veux pas avoir d’enfants pour de multiples raisons, dont la catastrophe écologique en cours. Ça me paraît incroyablement optimiste de faire un pari sur les vingt prochaines années en mettant au monde une nouvelle vie humaine… Et je ne suis pas vraiment optimiste pour l’avenir”.

Comme dans le cas de Chloé, les motifs personnels et environnementaux s’entremêlent souvent chez les personnes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants. Et cette décision peut être mal comprise ou perçue par l’entourage :

“J’ai provoqué des réactions parfois assez épidermiques et pas rationnelles du tout. On m’a souvent opposé le classique ‘tu dis ça maintenant mais tu verras, ton tour viendra’, comme si le désir d’enfant était universel et impossible à soumettre à une réflexion rationnelle”,

Il faut dire que ne pas vouloir d’enfants remet implicitement (et involontairement) en cause le choix de ceux qui en ont.

Le choix de l’adoption

Si ces réactions négatives ne m’ont pas surprises, j’ai par contre été étonnée par le nombre de personnes qui m’ont confié réfléchir à adopter un ou des enfants plutôt que de se reproduire, comme Solène et son compagnon.

“Nous avons fait le choix de ne pas avoir plus d’enfants car la Terre ne peut pas supporter plus d’humains, par contre il existe un peu partout des enfants ou des jeunes qui n’ont pas forcément l’environnement adéquat pour se développer et exprimer leur potentiel.”

Mais l’adoption est un véritable parcours du combattant, avec beaucoup de candidats et peu d’élus. En 2017, 13.700 foyers français possédaient l’agrément pour adopter, mais seuls 1.500 ont pu réaliser leur projet cette année là.

Moins de 800 pupilles de l’Etat sont à adopter sur le territoire chaque année, et les adoptions d’enfants à l’étranger ont beaucoup diminué ces dernières années. Bref, ce n’est pas impossible, mais c’est un projet qui nécessite de la patience et de la ténacité.

D’autres personnes m’ont raconté avoir décidé de ne pas avoir d’enfants biologiques mais d’aider leur conjoint·e à élever les siens, issus d’une précédente union. Certains envisagent aussi de n’avoir qu’un seul enfant pour limiter leur impact environnemental tout en assouvissant leur envie d’être parent. Audrey, qui a 28 ans, raconte :

“Je ne voulais pas avoir un enfant unique au départ, maintenant, je ne sais plus. En tout cas, je ne ferais certainement pas un autre enfant pour que ma fille ait un compagnon de jeu, elle a ses potes de la crèche pour ça. Je ferai (peut-être) un deuxième enfant si et seulement si mon envie devient plus forte que mes convictions”.

Quand avoir des enfants est une envie viscérale

Comme elle, de nombreux parents m’ont confié leur envie viscérale d’avoir un enfant, malgré leurs inquiétudes concernant l’avenir de la planète. C’est le cas de Julie, enceinte de 6 mois :

“La décision d’avoir un enfant est un acte égoïste et propre à chacun. J’admire le courage de ceux qui s’y refusent pour ne pas contribuer à la croissance de la population mondiale, je n’en aurais pas été capable !”

Il y a aussi celles et ceux qui se rassurent en se disant que leurs enfants auront été sensibilisés à la protection de l’environnement dès leur plus jeune âge et auront donc à terme un impact positif. Comme me l’a expliqué Clara qui a notamment décidé d’utiliser des couches et lingettes lavables pour sa fille :

“Si les écolos ne font pas d’enfant… Qui fera des enfants ? Bah, les gens pas écolo. Donc on aura plein de petits bébés élevés dans des conditions pas écolo, qui grandiront dans des valeurs pas très écolo…”.

Devenir plus écolo pour ses enfants

Pour certain·es, l’arrivée d’un enfant a servi de déclencheur pour changer de mode de vie. C’est le cas d’Alix, pas franchement écolo avant d’avoir des enfants, mais qui s’est lancée dans une démarche zéro déchets, écoeurée par le monceau de poubelles produit par sa famille de quatre.

“On est passés à l’essuie-tout lavable, aux gourdes lavables pour les compotes des enfants, on fait le marché avec nos propres sacs, on fait notre propre lessive et on vient de passer aux savons et shampoings solides…”.

À 30 ans, Fabiola et son mari ont eux, carrément décidé de quitter leur vie en ville pour s’installer à la campagne avec option potager en permaculture et récupérateur d’eau de pluie. Au même moment, leur fils Aaron a été diagnostiqué autiste, et Fabiola a décidé d’arrêter de travailler pour s’occuper de lui.

“J’ai commencé pièce par pièce à m’interroger sur notre vie, comment nous consommions telle chose, pourquoi et est-ce qu’il y a une alternative plus écolo/saine”.

Aujourd’hui, toute la famille mange quasiment végétarien, n’achète que des produits bruts chez les producteurs du coin et fabrique ses propres cosmétiques. Un changement de vie qu’elle raconte dans son blog “Hippie du dimanche”, mais qui peut paraître difficile à combiner avec deux parents travaillant à plein temps.

« J’ai autre chose à faire dans ma vie »

C’est ce qui dissuade Marie, 30 ans, d’avoir des enfants.

“Je sais que des alternatives existent pour élever un enfant en essayant d’être en cohérence avec mes convictions écologistes, mais elles sont extrêmement coûteuse financièrement, et surtout en termes de liberté, et là je me heurte à mes convictions féministes. Concrètement, je n’ai pas envie de perdre mon temps à laver des langes souillés ou à préparer des purées bios… C’est déjà difficile de le faire pour soi-même, avec un enfant cela me paraît un vrai enfer sur terre, et clairement j’ai autre chose à faire dans ma vie”.

À chaque parent d’arbitrer entre ses convictions, son emploi du temps et ses ressources financières pour trouver un équilibre. Mais je reste convaincue qu’il est possible, un pas après l’autre, de transformer son mode de vie pour le rendre plus respectueux de l’environnement, sans trop de contraintes.

Se ranger du côté de l’espoir

Pour finir, j’avais envie de partager avec vous ces quelques mots de Camille, à son enfant à naître :

“Je me suis souvent demandée pourquoi j’avais tant envie de faire un enfant, malgré ce monde en perdition. Je ne sais pas si j’ai vraiment trouvé la réponse : peut-être y a t-il quelque chose de l’ordre de l’instinct purement animal et biologique qui me pousse à la reproduction ? Peut-être aussi y a t-il une part d’égoïsme, d’avoir envie de fermer les yeux et d’espérer, de se ranger du côté de la vie plutôt que de la morbidité inquiétante d’une fin imminente ? (…)

Alors, ma Petite Crevette, même si on déborde déjà d’amour pour toi, il est possible qu’un jour tu nous en veuilles de t’avoir mis·e au monde par les temps qui courent mais garde bien en tête que tant que ce n’est pas fini, tant qu’il y a encore de la vie, ce ne sera jamais trop tard ».

En lisant ce message, et tous ceux que j’ai reçus, j’ai déjà de l’espoir. Entre celles et ceux qui renoncent à la parentalité et celles et ceux qui l’embrassent en ayant bien conscience des défis que nous devons relever, je me dis qu’on est de plus en plus nombreux à aller dans la bonne direction. Et franchement, ça m’aide à mieux dormir. Tout comme l’optimisme à toute épreuve du père de mes (hypothétiques) enfants.

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Le dernier commentaire

24 Mai 2019, à 13:18
@Gringo ben si on arrête tous d'un coup de procréer (hypothèse complètement irréaliste, je sais), ça va être "vite" résolu à l'échelle de l'histoire humaine (100 ans c'est vite passé), mais en termes pratiquo-pratiques, c'est moins simple :cretin: pour les derniers nés qui vont vivre entre 70 et 90 ans assez compliqués.
Sachant que la dynamique démographique c'est plutôt moins de naissances que plus du tout de naissances.

@Nedjma même sans parler du financement des retraites (qu'on peut financer autrement que par la solidarité intergénérationnelle, ce n'est qu'une modalité parmi d'autres), il y a tout l'aspect social.
Il faut des gens en âge de travailler pour assurer les tâches que les personnes plus âgées ne peuvent plus assurer (du moins dans l'état actuel de notre société) : il faut des agriculteurices, des pharmacien-nes, des médecins, des vendeureuses, des chauffeureuses... On vit dans une société de l'interdépendance. Pour faire vivre une personne, il faut plusieurs dizaines (si ce n'est centaines) d'actifs qui effectuent des tâches différentes.
D'ailleurs, c'est aussi ce qui justifie que la collectivité supporte une partie du coût de la natalité parce que c'est un investissement. Je n'ai pas d'enfants, je ne sais pas si j'en aurais, mais je serai contente, à 90 ans, d'avoir des médecins de 30 ans pour fournir des soins. Ce qui voudra dire que des gens de mon âge ont fait le choix de procréer, et que des gens plus jeunes que moi auront aussi fait ce choix et que moi, à titre individuel, je vais bénéficier de ce choix quand bien même je n'ai pas choisi de procréer.
 
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