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Pourquoi certaines féministes s’inquiètent de la réforme des retraites ?

La réforme des retraites va-t-elle pénaliser les femmes ? C'est en tout cas ce que redoutent certaines militantes et associations féministes.

Temps de lecture : 4 minutes

« À cause de Macron, c’est la chute des pensions pour Fatou et Marion.
À cause de Macron, grandes perdantes nous serons, faut t’le dire sur quel ton ?!
À cause de Macron, on crie révolution ! »

Depuis plusieurs semaines, des centaines de femmes manifestent contre la réforme des retraites en chantant ces paroles sur l’air d’« À cause des garçons », déguisées en Rosie la Riveteuse, un symbole de la lutte féministe.

Aux quatre coins de la France, elles dansent sur des flashmobs vêtues de bleus de travail, de gants jaunes et de foulards rouges.

L’association Attac qui milite pour la justice fiscale, sociale et écologique a imaginé ce mode de mobilisation, et fournit un « kit d’action » sur son site web.

De plus en plus de militantes s’inquiètent des conséquences de la réforme des retraites pour les femmes

Ce ne sont pas les seules à se mobiliser contre la réforme des retraites. Le 16 décembre, la députée France Insoumise Clémentine Autain a organisé un meeting où 28 femmes militantes associatives, syndicalistes, personnalités, chercheuses et politiques ont dénoncé un projet gouvernemental « injuste et discriminatoire ».

Clémentine Autain y a critiqué les prises de position du gouvernement :

« Le gouvernement communique beaucoup sur les soi-disant avantages pour les femmes de la réforme Macron. C’est insupportable quand on sait ce que va être la réalité. »

Le gouvernement a en effet annoncé à de nombreuses reprises que les femmes seraient « les grandes gagnantes » de la réforme, comme dans ce tweet d’Edouard Philippe :

En plus des mobilisations IRL contre la réforme des retraites, plusieurs tribunes ont été publiées ces dernières semaines. Le 28 novembre 2019, un collectif de 16 femmes syndicalistes, féministes et économistes a signé la tribune « La réforme des retraites pénalisera encore plus les femmes » dans Le Monde.

Elles dénoncent l’aggravation des inégalités de pensions entre les femmes et les hommes qu’engendrerait le nouveau système de retraite par points selon elles.

Une autre tribune en date du 23 janvier 2020, intitulée « Les femmes divorcées seront les grandes perdantes », a été signée par un collectif de chercheurs et de chercheuses.

Les inégalités professionnelles femmes-hommes se répercutent sur les retraites

Pour mieux comprendre ces inquiétudes des féministes autour de la réforme des retraites, j’ai contacté Brigitte Grésy, présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE).

Elle souligne les répercussions des inégalités professionnelles existantes entre les femmes et les hommes sur les pensions de ces dernières :

« La question est de savoir si au sein du nouveau système la logique de solidarité sera suffisante pour compenser les inégalités professionnelles qui existent entre les femmes et les hommes. »

Les inégalités de salaire et de carrière qui existent entre les femmes et les hommes rejaillissent en effet sur les retraites.

Actuellement, l’écart au niveau des pensions entre femmes et hommes est de 42%. C’est plus que l’écart qui existe au niveau des salaires !

La présidente du HCE poursuit son explication :

« L’écart de rémunération entre femmes et hommes est de 24%. De plus, les temps partiels concernent plus les femmes : 30% d’entre elles contre à peine 7% des hommes.

Il y a aussi moins de femmes aux postes les plus rémunérateurs. Or, ces différences se retrouvent au moment des retraites.

C’est sûr que les femmes, qui en général ont des carrières plus heurtées et sont moins payées, se retrouvent avec des retraites moindres. »

Pour Brigitte Grésy, il faudrait que le système de retraites atténue les effets des inégalités de carrière. Mais elle estime que la réforme telle qu’elle est proposée aujourd’hui contient encore des angles morts et ne repose pas sur assez de simulations.

Les principaux points d’inquiétude autour de la réforme des retraites pour les femmes

Si tu veux en savoir plus sur le sujet, j’ai repéré pour toi les principaux points d’inquiétude pour les femmes autour de la réforme des retraites.

1-La retraite ne sera plus calculée sur les meilleures années

Actuellement, le montant de la pension de retraite est calculée à partir des meilleures années de la carrière (les 25 meilleures pour les salariés du privé). Avec la réforme, elle sera calculée sur l’ensemble de la vie professionnelle.

Cette mesure risque de pénaliser les femmes car elles sont plus nombreuses que les hommes à avoir des carrières heurtées et moins rémunératrices. À cause, entre autres, de la maternité et de la proportion plus importante de femmes travaillant en temps partiel.

2-La possible exclusion des femmes divorcées de la pension de réversion

Dans la future réforme, les personnes divorcées pourraient ne plus recevoir la pension de réversion.

Le principe de cette pension ? Lorsqu’une personne décède au sein d’un couple, une partie de la pension de retraite qu’elle aurait perçue si elle avait encore été en vie est aujourd’hui reversée à son partenaire, sous condition de ressources.

Tout homme ou femme ayant été mariée a le droit de la recevoir. Dans le cas où l’ex-conjoint ou conjointe a été marié plusieurs fois, la pension de réversion est caculée proportionnellement à la durée du mariage.

Cette pension est particulièrement importante pour les femmes puisqu’elles représentent 90% des bénéficiaires. La pension de réversion constitue un quart de l’ensemble de leurs retraites.

3- La réforme prévoit une modification des droits familiaux qui inquiète

Pour chaque naissance, une femme « gagne » aujourd’hui huit trimestres de majoration pour sa retraite.

Dans le projet de retraite à points, un bonus de 5% sera attribué à l’un des deux parents à chaque naissance. Le problème, c’est que le couple pourrait stratégiquement choisir d’attribuer cette bonification au père, souvent le mieux payé.

Or, si le couple divorce, la femme n’est alors plus certaine d’en bénéficier.

La réponse du gouvernement face à ces inquiétudes

Face à ces inquiétudes, Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, affirme dans un communiqué envoyé lundi 3 février qu’elle a « consulté longuement » les organisations de droits de défense des femmes.

Elle ajoute également qu’elle a organisé une réunion avec Brigitte Grésy et Laurent Pietraszewski, Secrétaire d’État chargé des Retraites, pour « travailler sur de nouvelles pistes d’améliorations en matière de prévention et compensation de la pénibilité, notamment dans les métiers féminisés et de meilleure prise en compte des préjudices de carrière liés à la maternité et à l’éducation des enfants ».

Le projet de réforme devrait être retravaillé à l’occasion des prochaines étapes de négociation et de débat parlementaire. Le projet de loi a ainsi commencé à être examiné en commission à l’Assemblée Nationale de lundi 3 février.

En attendant, la complexité du système des retraites me donne déjà envie de m’arracher les cheveux !

Si tu n’as pas tout compris ou que tu veux en savoir plus, je te redirige vers cet article très complet de France Info qui reprend point par point les conséquences que pourrait avoir la réforme des retraites sur les pensions des femmes.

Si tu préfères le format vidéo, je te laisse cliquer ici pour découvrir une vidéo très bien faite de France Info.

Et toi, est-ce que tu réfléchis déjà à ta retraite ? Est-ce que la réforme t’inquiète ? Viens réagir en commentaire !

À lire aussi : Pourquoi les jeunes femmes deviennent moins managers que leurs collègues masculins

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Le dernier commentaire

5 Fev 2020, à 13:21
Merci pour l'article! :top:
Je rajouterais dans la lignée des réformes, qu'en plus des pertes pour les retraites, le congé parental va aussi être considéré comme à 0 salaire dans le calcul pour la réforme chômage...

Voir cet article de Mediapart mais en résumé :
- arrêt maladie, congé de maternité, de paternité ou d’adoption -> neutralisés, pas de changement donc.
- congé de présence parentale, mi-temps thérapeutique ou congés de fin de carrière + les périodes pendant lesquelles un salarié aidant familial a réduit son temps de travail pour s’occuper d’un proche -> pour que ces périodes sans salaires soient neutralisées, il faudra le demander explicitement sinon cela entraînera une réduction du montant des allocations.
- et donc le pire : le congé parental à temps plein -> pas compté du tout!
Cette période durant laquelle le contrat est suspendu – et avec celui-ci la rémunération – sera donc, selon le décret, automatiquement considérée comme… ne rapportant aucun salaire ! Un congé parental pris avant la période de chômage fera donc s’effondrer le montant de l’allocation : de 1 074 euros mensuels à… 665 euros, pour un salarié qui gagnait 1 800 euros par mois et qui a pris un congé parental d’un an. Vertigineux. Et encore une fois, les femmes sont les premières visées : seuls 6 % des pères prennent un congé parental, selon le tout dernier rapport de la Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales), sachant que parmi les femmes, les principales bénéficiaires du congé parental sont des employées ou des ouvrières.
 
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