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C’est quoi, ce hashtag #Plusde70kgEtSereine ?

Un hashtag prônant la "fat acceptance" a ressurgi sur Twitter dimanche 26 juillet. Mais d'où vient-il ?

Temps de lecture : 3 minutes

Les grossophobes sont en PLS. Si tu traînes un peu sur Twitter, tu as peut-être vu en trending topic le hashtag #Plusde70kgEtSereine et voir qu’il était accompagné d’images de femmes rondes se prenant en photo.

Mais d’où vient-il ? Qui l’a lancé, et pourquoi ? J’ai pu rencontrer celle qui l’a lancé une première fois l’année dernière, puis de nouveau cette année.

#Plusde70kgEtSereine, l’histoire du hashtag tendance sur Twitter

Elawan est une jeune technicienne de laboratoire de 30 ans. Le 10 juin 2019, elle voit un tweet passer (aujourd’hui supprimé), d’un utilisateur qui disait, à l’attention des femmes : « Comment pouvez-vous peser plus de 70 kg et être sereine ? »

D’abord hésitante, elle décide de se décharger sur la toile après avoir vu les réponses grossophobes suivre ce tweet.

Quand j’ai vu ça, j’ai cité son tweet, j’ai posté une photo de moi et hop, c’était lancé. Ce n’est que plus tard dans la journée qu’une de mes followers m’a suggéré de lancer un hashtag. Je l’ai fait, j’ai éteint mon téléphone, et je n’ai réalisé que le lendemain en voyant les réponses et les tweets par centaines que le hashtag était en TT, et qu’il décollait.

Cette année, j’ai refait la même chose. J’ai posté deux photos dimanche après-midi, en repartageant le même hashtag, et ça a repris à l’identique. Je me trouvais vraiment mignonne sur la photo que je venais de poster en plus.

Le schéma a été une nouvelle fois le même : je poste cette nouvelle photo, je retourne à mes occupations, et le lendemain soir je vois que mon hashtag est une nouvelle fois en TT.  Deuxième tour de piste ! Je crois que je vais le reposter l’année prochaine, ça va devenir un rendez-vous annuel !

#Plusde70kgEtSereine, quelle réponse à ceux qui pensent le contraire ?

Je demande à Elawan ce qu’elle répond à ceux qui l’attaquent, elle et toutes celles qui ne font pas moins de 70 kg :

J’ai deux versions pour ces gens-là. La première, plutôt brut de décoffrage est de leur dire : « je vous emmerde ».

Mon autre version, un peu moins violente, est de dire : il va falloir vous y faire. En fait, qu’on soit en bonne ou en mauvaise santé, ce n’est pas en regardant la tête ou le physique d’une personne qu’on peut juger de la qualité de sa vie, ce qui est pourtant l’argument phare des grossophobes.

On peut peser plus de 70 kg, plus de 100 kg et être sereine, la santé de la personne ne concerne qu’elle. Ce n’est pas en regardant son physique qu’on peut émettre des hypothèses sur sa condition physique.

Daria Marx, autrice et militante, a proposé également son propre hashtag, en réponse à l’initial :

Twitter et les remarques grossophobes, une histoire qui dure

Dans la sphère particulière de Twitter, il est difficile d’accumuler les retweets sur un sujet aussi sensible sans subir soi-même des attaques. Je lui demande comment elle arrive à gérer les attaques grossophobes qu’elle peut recevoir :

Je bloque directement les comptes qui m’insultent, je ne cherche pas plus loin. Pour ceux qui ont des propos « pas trop violents », je cite le tweet en question pour qu’il soit vu, tout en expliquant pourquoi c’est une remarque grossophobe et qui n’est pas pertinente. Je me sers de ça pour rebondir et faire de la pédagogie.

Généralement, ça calme.

Grossophobie : vers une évolution des mentalités ?

J’ai demandé à Elawan si, après avoir brillé sur la sphère Twitter, elle avait remarqué une évolution autour de la grossophobie :

Non pas vraiment. J’ai l’impression que chaque fois qu’on parle de ces sujets, le body positive ou le fat acceptance par exemple, il y a toujours un regard de grossophobie juste derrière.

Même lorsque que Gras Politique (NDLR : le collectif de lutte contre les agressions grossophobes) tweete simplement sur le fait qu’ils ont organisé une activité ou un atelier, il y a toujours des gens pour répondre que l’obésité est dangereuse, alors que ce n’était pas le sujet initial.

Je le redis encore : on sait que l’obésité est dangereuse. Je travaille dans un laboratoire, et si les gens malades avaient des signes uniquement physiques, on serait tous au chômage.

Je lui demande si elle voit une différence en termes de soutien entre la sortie du hashtag en juin 2019 et celle de cette année :

Je me sens un peu plus soutenue. J’ai remarqué qu’entre l’année dernière et 2020, il y avait davantage de personnes qui postaient avec ce hashtag, ou qui soutenaient celles qui le faisaient.

Peut-être que la pédagogie faite par moi et toutes celles qui luttent contre la grossophobie commence à prendre. Je l’espère, mais je n’en suis pas sûre.

Cette libération de la parole est primordiale, pour permettre à toutes les femmes d’occuper l’espace auquel elles ont droit, comme tout le monde. Et tu sais quoi ? Elles ne vont pas disparaître, et c’est tant mieux. Soyons sereines !

À lire aussi : Pourquoi moi, Daria Marx, j’ai fait un documentaire sur la grossophobie

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Le dernier commentaire

3 Août 2020, à 17:36
il y a pas que le poids qui est mal vu quad on a "trop", il y a aussi les muscles. Je suis musclée, j'ai des épaules musclées par le travail (je fais de l'entretien d'espaces naturels, c'est très physique et intense, et pas de pitié parce que je suis une femme). Et je me prends des tas de remarques parce que je suis baraquée, que c'est pas féminin ni beau, et que c'est même moche à ne pas vouloir etre comme moi. En plus, je suis petite et pulpeuse, j'ai le trio gagnant, et c'est vraiment relou.
des qu'on dépasse de la norme, c'est fou tout ce qu'on prends sur la figure. J'en vient à regretter de ne plus etre anorexique, c'est dire!
 
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