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La triste raison pour laquelle Jameela Jamil fait son coming-out

Jameela Jamil, révélée par son rôle de Tahani dans The Good Place, a fait son coming-out. Mais ce n'est pas forcément une bonne nouvelle.

Temps de lecture : 5 minutes

Connais-tu Jameela Jamil ?

Cette actrice britannique de 33 ans, aux origines indiennes et pakistanaises, a été révélée il y a 4 ans dans la chouette série The Good Place, où elle incarne la très mondaine Tahani.

Jameela Jamil vient de faire son coming-out. Et je viens t’expliquer pourquoi c’est une affaire assez triste.

Jameela Jamil, actrice engagée

Laisse-moi te donner un peu de contexte d’abord.

Il faut savoir que Jameela Jamil n’est pas « juste » actrice : elle est très engagée, notamment pour le body-positive, et elle a créé la plateforme I Weigh (Je pèse) pour mettre en avant les accomplissements de centaines de personnes.

Elle dénonce également les influenceuses comme Kylie Jenner qui vantent des produits « minceur » ou autres sucettes « coupe-faim », comme si c’était ce qui leur permettait d’avoir leur ventre plat…

Alors que c’est plutôt les milliers de dollars dépensés en coach sportif, nutritionniste, chef à domicile, sans parler des retouches Photoshop !

Jameela Jamil, la destructrice de régimes

Jameela Jamil elle-même a longtemps haï son corps et cru aux sirènes des produits miraculeux permettant d’avoir la plastique « parfaite ». Son engagement vient en bonne partie de son propre vécu.

Voilà, c’était juste pour t’expliquer l’aspect « politique » de Jameela, en plus de son boulot d’actrice.

Jameela Jamil au cœur d’une polémique concernant la communauté LGBT

The Good Place, la série qui a révélé Jameela Jamil, vient de s’achever (sur un excellent épisode final, soit dit en passant). L’actrice prépare donc ses futurs jobs.

Il a donc été annoncé ce 5 février qu’elle serait « la maîtresse de cérémonie et une des juges » d’une nouvelle émission produite par HBO Max : Legendary.

Legendary sera un programme dédié aux danses vogue et ballroom, qu’on appelle plutôt ball culture en France, et qui sont historiquement liées à la communauté LGBT américaine.

Wikipédia explique :

« La ball culture (en français : « culture ball »), le système des maisons et d’autres termes associés décrivent un phénomène de sous-culture LGBT aux États-Unis dans lesquels des personnes « marchent » (c’est-à-dire entrent en compétition) pour un trophée et des prix lors d’événements désignés comme des « bals ». […]

Les maisons « marchent » (en anglais : walk), c’est-à-dire entrent en compétition les unes avec les autres, lors de bals et sont jugées sur leurs compétences en danse (vogue), sur leurs costumes et leur attitude. »

Une vidéo pour découvrir le voguing !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’annonce n’a pas été très bien reçue.

De nombreuses personnes, figures de proue comme anonymes, se revendiquant de la communauté LGBT ont critiqué ce choix de confier une émission sur la ball culture à une femme hétéro ne faisant pas partie de ce milieu.

Et je peux en effet comprendre que pour des gens étant intégrés dans la scène ball et vogue depuis des années voir décennies, ça peut être vu comme une injustice.

Jameela Jamil a rapidement rectifié le tir : l’annonce était erronée, elle ne sera pas maîtresse de cérémonie de Legendary, mais simplement l’une des multiples juges.

C’est Dashaun Wesley, un danseur de vogue, qui présentera l’émission.

Mais comme souvent sur Internet, notamment sur Twitter, l’indignation ne s’est pas arrêtée face aux faits… et Jameela Jamil a fini par saturer.

Jameela Jamil fait son coming-out

Les critiques portant sur sa non-connaissance de la scène ball, je peux les comprendre : c’est toujours un peu chiant de voir une « nouvelle venue » devenir figure d’un mouvement auquel on appartient depuis longtemps.

Mais beaucoup des réflexions, sarcasmes, voire propos haineux visant Jameela Jamil faisaient référence à son hétérosexualité. Supposée.

L’actrice a donc fait son coming-out dans un texte qui me serre le cœur.

Elle s’identifie comme queer, un terme-parapluie regroupant diverses identités de genre et/ou orientations sexuelles.

Est-ce que Jameela Jamil est bisexuelle ? Non-binaire ? Pansexuelle ? Aromantique ? Je ne sais pas précisément, et au final ça ne me regarde pas !

« Twitter est cruel.

C’est pour ça que je n’ai jamais fait de coming-out officiel concernant le fait que je suis queer.

J’ai ajouté un arc-en-ciel à mon nom quand je me suis sentie prête à le faire, il y a quelques années, car il n’est pas aisé d’être acceptée dans la communauté d’Asie du Sud-Est, et j’ai toujours répondu honnêtement quand on me posait directement la question sur Twitter.

Mais je suis toujours restée discrète parce que j’avais peur de la souffrance que je ressentirais si on m’accusait de « faire semblant », alors que cet aspect de ma vie m’a causé beaucoup de confusion, de peur, de tourmente quand j’étais jeune.

Dans ma famille, PERSONNE n’est « out ». Et en tant qu’actrice, ça fait peur d’admettre ouvertement son orientation sexuelle, surtout quand on est une femme de couleur dans la trentaine.

Ce n’est absolument pas comme ça que je voulais faire mon coming-out.

Je me tire de cette appli infernale pour un moment, parce que je ne veux pas lire de commentaires méchants qui minimiseraient ce que je fais avec ce post.

Gardez vos avis pour vous. »

L’actrice justifie ensuite sa présence parmi les juges de Legendary :

« Je sais qu’être queer ne me rend pas qualifiée pour parler de la scène ball. Mais j’ai des privilèges, du pouvoir, une vaste audience à amener vers cette émission (tout comme l’iconique Megan Thee Stallion) [qui y participera aussi, NDLR], vers ses magnifiques candidats et candidates ainsi que ses hôtes spécialisés dans le milieu ball.

Parfois c’est à celles et ceux ayant un peu plus de pouvoir d’aider à une émission à décoller, afin de mettre en lumière des stars marginalisées qui le méritent, afin de leur donner une chance.

Je ne suis pas la maîtresse de cérémonie. Je ne suis pas l’animatrice principale. Je suis juste une des juges principales, grâce à mes 11 années d’expérience en animation d’émissions, grâce à mon jugement impartiale, grâce au fait que je suis une novice dans la culture ball (comme la majorité du public), et donc une fenêtre à travers laquelle les gens vont la découvrir, et grâce au fait que je suis depuis longtemps une alliée de la communauté LGBT.

On commence à tourner demain, et j’ai vraiment hâte de voir ces stars se révéler, être célébrées.

J’ai hâte de bosser avec Leiomy, Dashaun, Mike Q, ainsi qu’avec mes amis Law Roach et Megan. »

Pour finir, Jameela Jamil tisse un parallèle (pertinent, selon moi) entre ce qu’elle vit en tant que femme aux origines indiennes et pakistanaises, et ce que peuvent vivre des membres de la communauté LGBT.

« C’est foutrement dur de s’entendre dire « patience » alors qu’on attend depuis si longtemps. Je le sais. Les récits concernant l’Asie du Sud-Est ne sont quasiment jamais racontés sans une célébrité blanche.

Mais j’espère que vous ne laisserez pas quelques choix de casting, visant à aider l’émission à décoller, vous empêcher de soutenir les talents de la scène ball qui seront dans cette émission. Ils sont bourrés de talents et je suis honorée de travailler à leurs côtés.

Pour la presse : je ne veux vraiment, vraiment pas en parler. Parlons des candidats et candidates de l’émission en attendant qu’elle soit diffusée. »

Le triste coming-out de Jameela Jamil

Honnêtement, ce post m’a noué les tripes. Je ressens beaucoup d’empathie pour Jameela Jamil, car je sais ce que ça fait d’être forcée de se dévoiler pour être prise au sérieux.

J’en parlais sur madmoiZelle dans mon article sur « la parole de concernée », ce réflexe militant consistant à te demander si tu es « concernée » par une problématique afin de savoir si ton avis est valable ou non.

Typiquement : est-ce que toi, qui as un avis sur le viol, tu as été victime de viol ? Si non, alors ton avis n’est pas pertinent.

Il peut être incroyablement douloureux de se retrouver face à des gens « du même camp que nous » qui exigent qu’on montre patte blanche, qu’on se dévoile et qu’on leur confie des choses intimes, juste pour pouvoir être écoutée.

Jameela Jamil a été quasi-forcée de faire son coming-out pour être légitime dans son rôle de juge, et pour moi ce n’est jamais normal d’obliger quelqu’un à sortir du placard.

Comme elle l’explique très bien, il n’est pas facile d’assumer le fait qu’elle est queer, pour plein de raisons, notamment ses origines mais aussi son métier.

Mais au final on s’en fout, même si elle vivait dans le milieu le plus LGBT-friendly du monde, elle devrait avoir le droit de le dire quand et comme elle veut.

Sans y être poussée par une meute hurlante prête à la déclarer canceled au moindre faux-pas…

Personnellement, j’ai décidé de ne plus céder face aux gens exigeant de connaître des choses intimes à mon sujet avant de m’écouter. Je ne dois à personne de me foutre à poil, surtout pas à de prétendues « alliées et alliés ».

Et j’espère surtout qu’on va finir par se débarrasser de ce réflexe nauséabond qui ne fait de bien à personne.

À lire aussi : Vis ma vie de jeune femme noire et handicapée

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Le dernier commentaire

26 Fev 2020, à 21:38
@Sasha.e je navigue beaucoup plus sur la sphere anglophone, la difference vient peut etre de la. Pour moi (et je crois que @Fauvette à lunettes disait la meme chose) queer est un terme parapluie, il permet de couvrir le spectre des LGBT+ sans avoir a preciser.
 
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