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Lettre à ma sage-femme qui nous a sauvé la vie

A l'occasion de la journée mondiale de la sage-femme, Manon a tenu à rendre hommage à la sienne, qui l'a accompagnée pendant toute sa grossesse, et son accouchement mouvementé.

Temps de lecture : 7 minutes

Journée Mondiale de la Sage-Femme

Mardi 5 mai, c’est la journée mondiale de la sage-femme.

Les personnes pratiquant ce métier surveillent la grossesse, en suivent l’évolution et gèrent l’accouchement. Ce métier autrefois réservé aux femmes est maintenant mixte.

En France, les sages-femmes réalisent 80% des accouchements normaux. 

Mais les sages-femmes ne prennent pas qu’en charge les femmes enceintes : elles assurent également le suivi de la femme en bonne santé, peuvent lui prescrire une contraception, réaliser certaines vaccinations, intervenir dans la prévention des addictions… Depuis la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé , elles peuvent même pratiquer l’interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse et vacciner l’entourage de la femme et du nouveau-né.

J’ai eu de la chance je le sais, j’ai eu une grossesse des plus calmes. Pas de problèmes particuliers, pas de pathologies à risques, pas de problème foetal, rien du tout. Une grossesse des plus banales, qui s’est déroulée sans encombre.

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J’étais suivie à la maternité de l’hôpital Trousseau à Paris 12, que j’avais choisi parce qu’elle était de niveau 3, ce qui voulait dire qu’elle disposait de services de néonataologie et de réanimation néonatale et pédiatrique.

Même si je n’avais pas de pathologies particulières, j’avais préféré choisir une maternité proposant ces services parce que j’avais un poids assez important, et que je préférais être sûre que la maternité où j’allais accoucher avait tous les moyens nécessaires pour parer à l’éventualité d’une complication.

C’est donc dans cette maternité que j’ai rencontré ma sage-femme, celle qui m’a suivi toute ma grossesse, mois après mois, rendez-vous après rendez-vous, et je le dis : j’ai eu beaucoup de chance de tomber sur elle, sans aucun doute.

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Ma sage-femme ne m’a jamais jugée

Ça peut sembler normal pour certaines d’entres vous, mais je considère avoir eu de la chance de tomber sur une sage-femme qui n’a jamais porté aucun jugement sur mon physique.

Comme je te le disais, je n’ai pas un poids qui rentre dans les normes. J’ai un IMC élevé, mais heureusement je n’ai aucun problème de santé qui peuvent souvent y être associés.

Néanmoins, je ne sais que trop ce que ça fait d’être jugée par le corps médical pour être en surpoids. J’en ai subi des réflexions de médecins, de soignants, de gynécologues et j’en passe. Mais avec ma sage-femme, je n’ai jamais eu la moindre réflexion.

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Ça a été même plutôt l’inverse je dois dire. Vers le 6ème mois de grossesse, j’avais perdu, sans l’expliquer, 3kg. Pour une fois que je perdais du poids, j’étais plutôt contente.

À la pesée, lors de mon rendez-vous mensuel à la maternité, j’attendais une réflexion de ma sage-femme, ayant, comme je te l’ai dit plus haut, toujours été jugée sur mon surpoids. Mais sa réflexion ne fut pas celle que j’attendais : elle s’est inquiétée. Elle m’a dit, mot pour mot :

Je sais que vous devez être contente d’avoir perdu ces kilos, mais ce n’est pas le moment, ni pour vous, ni pour votre bébé. Votre poids n’est pas un problème, ni avant la grossesse, ni maintenant, ce n’est pas le moment d’essayer de le perdre.

Ça m’a fait un bien fou d’entendre ça, tu n’imagines même pas. C’était la première fois que je n’entendais pas de jugement dans la voix d’un membre du corps médical, c’était la première fois qu’on ne me disait pas que mon surpoids était un problème, c’était la première fois qu’on me disait de ne pas perdre des kilos sous peine de danger pour moi, ou pour mon bébé.

Ça m’a vraiment enlevé un poids, c’est le cas de le dire.

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Un début d’accouchement compliqué

Comme je te le disais, ma grossesse s’est déroulée normalement. Au jour même du terme prévu, ma fille n’étant visiblement pas décidée à quitter les lieux et, le liquide amniotique commençant à manquer, les médecins ont décidé qu’il était plus prudent de déclencher mon accouchement.

(NDLR : Déclencher un accouchement, ça veut dire qu’il faut provoquer le début du travail avec l’administration intra-vaginale de prostaglandines, ou la perfusion d’ocytocine artificielle associée à une rupture de la poche des eaux.)

Me voilà donc embarquée sans bien comprendre tout ce qui arrivait, avec un ballon dans le vagin pour aider mon col à s’ouvrir (spoiler : ça n’a pas marché), une perfusion, des contractions horribles, une poche des eaux rompue manuellement, bref ça ne ressemblait déjà plus à ce que j’avais pu imaginer comme accouchement idéal.

Rien ne se faisait naturellement, tout était médicalisé, et je sentais que ce n’était pas prêt de s’arrêter.

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Au bout de 18h de travail forcé qui n’avait presque aucun effet sur la mise au monde de ma fille, après avoir vu défiler internes, gynécologues, anesthésistes, après la double pose de la péridurale en plein milieu de la nuit (la première n’avais pas marché, youpi), j’ai vu arriver ma sage-femme dans ma chambre, et j’ai eu envie de pleurer.

Elle venait de prendre son tour de garde, il était 8h du matin. J’étais épuisée, mon col ne s’ouvrait pas, j’avais faim, j’avais soif et je voulais rentrer chez moi. je ne voulais plus accoucher, je voulais qu’on me laisse tranquille, j’étais à bout.

Et le fait de la voir entrer, de reconnaitre son visage, j’ai eu l’impression, qu’enfin, tout allait bien se passer.

Elle était tout aussi contente que moi visiblement, m’a dit qu’elle avait sauté sur mon dossier quand elle avait vu mon nom pendant sa réunion de passation, et qu’elle était ravie de pouvoir m’accoucher, après tout ce temps passé en consultation pendant des mois.

Elle voulait aller au bout avec moi, et jamais je ne m’étais sentie aussi soutenue dans ce qui allait être le plus gros marathon de ma vie.

D’un début d’accouchement compliqué à l’urgence vitale

Mais malheureusement, la présence de ma sage-femme n’a pas aidé à accélérer mon accouchement. Mon col était toujours peu ouvert, j’étais toujours épuisée, et même si je ne sentais plus les contractions, j’étais à bout.

Et malheureusement, je n’étais pas la seule. Ma fille se fatiguait elle aussi, et ça, c’était pas du tout rassurant. Sa fréquence cardiaque diminuait, beaucoup trop, ma tension chutait, quelque chose n’allait pas.

C’est là, à ce moment clé qui va suivre, que j’ai été contente d’avoir choisi cette maternité. C’est à cet instant précis que j’ai compris que ça allait se compliquer, que même si j’avais eu la chance d’avoir une grossesse sans encombre, le plus dur était à jouer. Et j’ai compris ma chance d’avoir cette sage-femme à mes côtés.

Elle a regardé le monitoring, elle a froncé les sourcils, elle a appuyé sur un bouton fixé au mur dans la salle de naissance, et elle s’est approchée très près de mon visage. Elle m’a dit, d’une voix très calme, rassurante mais ferme :

Manon, je ne veux pas que vous vous inquiétiez, vous êtes toutes les deux entre de bonnes mains. On a 7 minutes maximum pour faire sortir votre fille de votre ventre, je sais que ce n’est pas comme ça que vous auriez voulu que ça se passe, mais on a plus le choix. Il faut qu’elle sorte, pour votre bien à toutes les deux. Je ne vous lâche pas, faites-moi confiance, je suis avec vous, je ne pars pas, je ne vous laisse pas.

Et effectivement, moins de 7 minutes plus tard, j’étais allongée sur une table froide, les bras en croix, mon mari à côté de moi dans un bloc opératoire, complètement anesthésiée, un grand drap bleu levé devant mes yeux pour ne pas voir l’intérieur de mes entrailles qui étaient en train d’être ouvertes, pour faire sortir ma fille en urgence.

Et au milieu du silence, arrive le plus beau son au monde

Et là, on l’a entendu. J’avais eu peur de ne pas l’entendre, mais il était là, au beau milieu de cette pièce froide et aseptisée, au beau milieu de ces charlottes en papier et de cette odeur d’hôpital, au beau milieu de toute cette inquiétude qui n’avait cessé de grandir d’heure en heure : son premier cri.

Il a déchiré l’air étouffant, il a éclairci cette pièce froide et moche, il a réchauffé l’atmosphère. C’était le plus beau son que j’avais jamais entendu. J’ai regardé mon mari, on a rien dit, on a pleuré.

Très peu de temps après, ma sage-femme s’est approchée de moi avec un tout petit paquet dans les bras, notre fille, et l’a posée sur ma poitrine pour que je puisse la voir.

La suite, je ne m’en souviens que peu. Je me rappelle avoir dit à mon mec de ne pas lâcher notre fille des yeux une seconde, d’avoir remercié ma sage-femme, et d’avoir eu l’impression de tomber dans un trou sans fond.

Mon mari est sorti avec notre fille et ma sage-femme pour les premiers soins, et moi, j’ai lâché prise. Je me sentais partir, littéralement, j’avais l’impression de sombrer loin, très loin.

J’ai entendu le médecin qui devait être en train de me recoudre dire que je faisais une hémorragie, et tout le monde s’est agité.

J’ai vu ma sage-femme revenir à côté de moi et me caresser la tête, en ne cessant de me parler. Elle me parlait de ma fille, elle me disait des mots rassurants, et puis d’un coup, plus rien. Je n’étais plus là, et je ne sais pas ce qu’il s’est passé ensuite.

De l’urgence vitale, au réveil rassurant

Je me suis réveillée plusieurs heures plus tard dans une salle avec d’autres lits et d’autres mères qui venaient d’accoucher. Je ne sentais toujours pas mon corps, mes jambes ne fonctionnaient plus, et j’avais terriblement soif.

Et enfin, j’ai pu les voir. Mon mari et ma fille sont arrivés, pâles et fatigués tous les deux, l’une par sa naissance houleuse, l’autre par la peur de nous avoir perdu toutes les deux.

J’ai appris plus tard que mon mec, pendant que j’étais encore en salle d’opération et après les premiers soins de notre fille, s’était retrouvé seul avec elle, en entendant les médecins dirent que je faisais une hémorragie et que j’étais en train de partir.

Père depuis seulement quelques minutes, il s’est imaginé veuf en l’espace de quelques secondes. Il était terrorisé.

Mais heureusement pour nous trois, tout est bien qui finit bien. Je me suis remise relativement vite de tout ça, ma fille n’a eu aucune séquelle de sa naissance, et psychologiquement, je ne suis pas traumatisée non plus.

Et si ce n’est pas le cas, je pense sincèrement que c’est grâce à ma sage-femme, cette personne merveilleuse, qui, comme elle me l’avait promis, ne m’a pas lâchée.

Ma sage-femme, cette héroïne

Elle a su prendre les bonnes décisions en urgence, elle a su me rassurer, elle a su s’occuper de ma fille, elle a su penser à notre famille, pour que tout se déroule pour le mieux, dans des conditions vraiment particulières.

Je ne l’ai plus jamais revue après mon accouchement. Je lui ai écrit une lettre en partant de la maternité, que j’ai donné à ses collègues pour qu’il lui transmette.

Quelques jours plus tard, elle m’a envoyé un sms pour me remercier de mes mots et prendre de nos nouvelles. Quelle personne adorable, je n’en reviens toujours pas.

Ni cet accouchement, ni cette grossesse n’auraient été les mêmes sans elle, j’en ai bien conscience. Et si jamais elle passe par ici et qu’elle me lit : Sanni merci, encore et toujours.

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Le dernier commentaire

7 Mai 2020, à 20:24
@grenouilleau ce que tu dis ça ressemble à un autre post que j'avais fait sur le forum ici. Si c'est ça, l'idée c'était plutôt que le déclenchement est généralement ressenti comme plus douloureux parce que l'ocytocine de synthèse ne passe pas dans le cerveau + le fait qu'avec perf d'ocytocine dans un déclenchement tu peux passer de 0 à 4 contractions en 10 minutes très très rapidement.

Après il y a aussi forcément des risques associés au déclenchement, comme avec toute intervention. L'utérus peut être trop stimulés (5 contractions en 10 min ou plus), ce qui est normalement regardé de près pour pouvoir diminuer la dose/donner un truc qui réduit le nombre de contractions, et il y a une augmentation du risque (qui reste petit) de rupture utérine (surtout pour les femmes qui ont déjà eu une césarienne), d'hémorragie du post-partum, d'embolie amniotique pour la mère, et d'hypoxie (ne pas recevoir assez d'oxygène avec des conséquences plus ou moins grave en fonction du degré) pour le bébé. (J'ai tiré ça de ce bouquin). D'après une revue de littérature d'une sage-femme ici, on peut ajouter des taux d'allaitement plus faible, plus de dépression post-partum/anxiété, et plus de jaunisse chez les bébés.

@Kadath le problème c'est que c'est justement très difficile de savoir si un déclenchement a des conséquences positives ou négatives dans un cas x précis parce qu'on ne peut pas choisir l'alternative de ne pas déclencher en même temps et regarder ce qui se passe. Il y a un exemple hyper marquant, avec une césarienne plutôt qu'un déclenchement où un hôpital pensait que la seule manière sûre pour une femme d'accoucher était par césarienne, elle refusait la césarienne, et l'hôpital a saisi la justice pour qu'elle soit déclarée incapable mentalement, parce que ça les autorisait à procéder à la césarienne sans son consentement. Le juge a donné le feu vert, mais avant qu'ils aient le temps de faire la césarienne, la femme a accouché spontanément et vaginalement sans aucune conséquence négative, ni pour elle, ni pour le bébé. Pour le déclenchement tu peux avoir des situations similaires où tout se passe bien avec le déclenchement, mais en fait tout se serait bien passé sans déclenchement aussi. Quand tu regardes les chiffres pour le déclenchement post-dates, il y a un chercheur qui estimait (bon c'était en 2012, ça date un peu) que pour éviter un décès néonatal/une mort in utero il fallait déclencher 1'476 femmes à 41 semaines de grossesse. Donc en gros statistiquement tu exposes 1'475 femmes aux risques liés au déclenchement pour éviter un bébé mort, sachant que ces risques sont eux mêmes plus ou moins rares (l'hyperstimulation est le plus fréquent, mais aussi le plus "facile" à gérer). Bref, tout ça pour dire: une femme x qui a eu des conséquences négatives avec un déclenchement, peut-être que ça aurait été pire sans, peut-être que ça aurait été mieux, c'est très dur à déterminer pour elle précisément parce qu'on a des stats sur la population et il y a toujours la possibilité qu'elle soit une exception. C'est pour ça que ça me semble très important de donner les informations sur les risques aux femmes et de les laisser choisir pour elles mêmes. Pour certaines personnes un déclenchement pour post-date ne vaudra pas la peine parce que le risque leur semble petit (et qui sait, peut-être qu'elles savent que dans leur famille les femmes ont toute tendance à avoir des grossesses post-dates sans conséquences négatives), pour d'autre la mise en danger perçue du bébé sera inacceptable et elles préfèrent les risques liés au déclenchement qu'elles perçoivent moins graves ou plus contrôlables. Dans les deux cas c'est important de respecter leur choix et de les soutenir pour que les choses se passent au mieux comme elles le souhaitent :)

(oui, on sent à mes pavés que tout ça me passionne ? :cretin:)
Je ne niais pas les effets indésirables liés au déclenchement, le fait que l'accouchement puisse être plus douloureux par exemple, ils sont effectivement connus :)
Pour moi le débat n'est pas de savoir si le déclenchement cause des problèmes, oui, il peut en poser comme tout acte médical.
Le problème est de ne pas infliger sans justification médicale un accouchement plus douloureux ou avec les risques que vous avez cité.

En THEORIE si le déclenchement était fait uniquement quand il y a de vraies indications pour, on aurait des risques inhérents au déclenchement, mais les risques de ne pas déclencher seraient plus grand/plus graves. Dans ce cas là, c'est comme pour tout acte médical ou chirurgie, c'est statistiquement dans l'intérêt de la patient.e de faire l'acte, il faut l'informer des risques et à elle/lui d'accepter ou pas.

Dans ce cas, un déclenchement basé sur de vraies indications, si douleur plus importantes il y a, c'est embêtant, mais comme c'est mis en rapport avec un risque moindre d'infections néonatale (ou autre en fonction du cas), alors les douleurs sont plus facilement acceptables pour la patiente, et ce d'autant plus qu'elle en était informée.

Le problème c'est quand il y a déclenchement de convenance, là le rapport bénéfice-risque devient nul.
Ça revient à faire une césarienne à tout le monde d'office à une date qui arrange les équipes. Dans ce cas, on n'évite aucun risque, on a juste les risques et effets secondaires d'une opération pour rien.

Je suis totalement d'accord qu'il ne faut pas déclencher les gens sans leur consentement.
Pour connaître le milieu, en théorie on ne force pas les gens à faire une opération ou un examen qu'ils ne veulent pas faire.
Je suis bien sûr bien consciente que ça ne se passe pas toujours comme ça en pratique, et que bien souvent on n'informe pas assez les personnes sur les risques qui existent...

Pour finir, le déclenchement est sujet à débat, car c'est une mesure prophylactique. On diminue l'incidence de complications chez les patientes à risque, mais on ne le voit qu'en statistique, à grande échelle. A l'échelle individuelle, on ne voit que les inconvénients, et c'est bien normal. C'est abstrait, pas comme une appendicite qu'on opère et zou.
D'où l'intérêt de bien respecter les indications, tant pis si l'accouchement tombe mal niveau planning...
 
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