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Le confinement sans ma fille, une liberté déchirante

Manon est séparée de son mari et sa fille de 3 ans pendant le confinement, et elle a du mal à gérer la situation. Entre arrachement et sentiment de liberté, le dilemme est là.

Temps de lecture : 6 minutes

Attention attention : cet article, c’est #3615mylife. Mais je ne suis peut-être pas la seule dans ce cas, et en parler, ça fait quand même beaucoup de bien, et peut-être pas qu’à moi. 

Ma fille et mon mec sont partis il y a plus d’une semaine chez mes beaux-parents, pour ce qui devait être, à la base, de simples vacances. Je ne pouvais pas partir avec eux, je bossais à Paris dans les bureaux de Rockie, le pays tout entier ou presque n’était pas encore en télétravail. Tout ça, c’était il y a seulement plus d’une semaine.

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Tu as pu le constater, les choses ont bougé très rapidement. Tant mieux, il faut que cette pandémie cesse au plus vite et le confinement est la seule solution. Sauf que ma fille et son père ne sont pas rentrés plus tôt à Paris comme prévu. Je leur ai conseillé de rester sur place, dans la grande maison avec jardin du nord de la France, sentant le confinement arriver.

On se voyait mal devoir être tous les 3 les uns sur les autres, sans la possibilité de sortir, de bouger, le tout dans 50m2. On aurait dû tirer à la courte paille pour savoir lequel d’entre nous allait faire une Dupont de Ligonnès avant la fin du confinement. Pas la meilleure des idées, donc.

Et ça peut paraître bête dit comme ça, mais ça fait 9 jours que je ne les ai pas vus, je ne sais pas du tout quand on va pouvoir à nouveau être ensemble, et c’est dur, très dur. Cette séparation est très douloureuse pour nous trois, tout en étant extrêmement bénéfique pour ma pomme, égoïstement. J’ai vraiment l’impression d’être face à un dilemme.

Le confinement sans ma famille et la sensation d’être amputée

Initialement, j’avais prévu d’aller les rejoindre et d’être confinée avec eux. Youpi, soyons en famille pendant la pandémie, ça sonne presque romantique tout ça. Mais lundi matin j’ai commencé à tousser, à avoir un peu de fièvre et des courbatures… Bref ça sentait pas bon.

Il était absolument hors de question que je risque de contaminer mon mari asthmatique et ses parents âgés en débarquant la fleur au fusil, mon potentiel Coronavirus sous le bras. Si ça se trouve, c’est juste un gros rhume, mais dans le doute, je ne voulais pas risquer de mettre qui que ce soit en danger. J’ai décidé de me mettre en quatorzaine — en quarantaine pendant 14 jours, pour être sûre.

La décision fut prise : je resterai à Paris, il n’y avait pas d’autre choix. Quand on a compris, mon mec et moi, qu’ils ne pourraient pas rentrer à la maison avant un bon bout de temps, j’ai pleuré, beaucoup, beaucoup, beaucoup.

Pour t’expliquer ma réaction qui peut paraître quelque peu démesurée pour certaines : je n’ai plus de parents. Je suis orpheline depuis un paquet d’années maintenant, et je n’ai que ma sœur qui me relie à mon passé. C’est sûrement pour ça que j’ai ce besoin de « clan » avec mon mari et ma fille, c’est vital pour ma santé mentale de les avoir avec moi.

Alors oui, je fais des blagues H24 sur le fait que les enfants c’est relou, que ça bouffe tout, que t’as plus de vie et bla-bla-bla, mais en vrai je n’arrive pas à passer plus de deux jours sans ma fille tant elle me manque quand elle n’est pas là.

J’imagine que c’est le cas de pas mal de parents, mais pour moi, le fait de ne pas savoir quand je vais pouvoir la revoir et revoir son père me terrifie.

Mais ce qui est rassurant en un sens, c’est que ce sentiment est partagé. Je ne suis pas la seule à ressentir ça, ce n’est pas un sentiment « toxique » que je leur impose à cause de mes traumatismes. Nous sommes tous les trois très unis, difficilement séparables, on fonctionne comme ça dans notre petite famille : on s’empile comme des Lego et on aime ça.

Depuis qu’on est plus sous le même toit, c’est plus qu’un sentiment de solitude qui m’envahit. C’est un vrai crève-coeur, une sensation d’amputation, la bonne grosse ambiance quoi.

La culpabilité de ne pas être avec eux

Dis-toi que je continue quand même, par réflexe, par aller dans la chambre de ma fille avant d’aller me coucher, pour vérifier qu’elle est bien bordée. Quand je me retrouve comme une conne face à son lit vide, je colle mon nez dans son coussin pour tenter de retrouver son odeur. Ri-di-cu-le.

Ce qui est extrêmement dur pour moi, en tant que maman, c’est la culpabilité. Entendre ma fille me dire au téléphone que je lui manque, c’est dur. Elle me dit qu’elle a mal au ventre tous les soirs, et je sais que c’est à cause de ça. Chaque jour, elle me dit qu’elle veut rentrer à Paris et me voir, et chaque jour je dois lui dire « bientôt, promis ».

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Sauf que je n’ai aucune idée de quand sera ce « bientôt ». Je culpabilise, j’ai l’impression de l’avoir abandonnée, de faillir à mon devoir envers elle, et même si je sais qu’elle est loin d’être malheureuse où elle est, avec le reste de sa famille autour d’elle, je m’en veux et mon cœur se serre de plus en plus.

Mais, malgré ce sentiment d’arrachement et le peu de visibilité qu’on peut tous avoir sur la suite et sur la durée de ce confinement, j’essaye de voir le positif, histoire de ne pas me rendre complètement tarée. Je suis pas sûre que ce soit vraiment le moment de craquer.

Le confinement et ma liberté retrouvée

C’est un vrai paradoxe. Je suis enfermée chez moi, toute seule, et même si la situation est globalement bien anxiogène et angoissante, même si ma fille et mon mari me manquent horriblement, j’arrive, au bout de quelques jours, à trouver les points positifs de cette séparation.

Je suis, en grandissant, devenue plus casanière, et rester des jours entiers chez moi ne me dérange pas plus que ça. Pour l’instant du moins. On verra sur la durée hein, à tout moment je vrille et j’écris avec ma bave sur les murs, tout peut arriver.

Mais pour le moment, ça va, je m’adapte. J’ai des clopes, de la bouffe, du vin rouge, mon chat, une connexion internet et du PQ, ça va, je peux tenir un siège.

C’est pas comme si le fait de sortir de chez moi tous les jours était une obligation pour ma santé mentale, j’ai cette chance. J’imagine que pour les autres personnes qui angoissent à l’idée de se retrouver enfermées chez elles, ça doit être une autre ambiance.

Mais surtout, ce que j’apprécie le plus dans tout ça, et c’est, pour moi, hyper culpabilisant : c’est que je retrouve ma liberté car ma fille n’est pas là. Je n’ai plus à me lever la nuit parce qu’elle a perdu son PUTAIN de doudou, je peux dormir le matin, je n’ai pas à m’obliger à sortir de chez moi, alors que j’en ai pas franchement envie, pour qu’elle puisse prendre l’air et se défouler.

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Je peux rester en pyjama toute la journée, manger des céréales pour le diner, le tout sans me dire « faut que je donne l’exemple un peu quand même ».

Non là, je ne dois rien à personne, je n’ai pas d’horaires de coucher, d’histoires à lire en boucle, de bain à donner et de chantage pour mettre des foutues chaussettes à faire : je suis libre.

Pareil pour mon mec : je n’ai pas à parler le soir alors que j’ai qu’une envie : celle de scroller toute ma timeline Twitter pendant des heures. Je n’ai pas à faire attention de ne pas « trop » dormir au milieu du lit, je n’ai même pas à prendre de douche (du moins, personne ne peut me dire que je pue, pas même mon chat).

C’est dur de se dire ça, non ? Est-ce que ça implique qu’avoir ma fille et mon mari est une sorte d’emprisonnement ? Oui sûrement, un peu. Au quotidien, je ne le vois pas forcément parce que je suis lancée dans la routine du couple et de la parentalité, mais maintenant que je suis sans eux, je redécouvre ces moments juste pour moi, ce que je n’avais plus depuis des années.

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Essayer de relativiser : on va retrouver bientôt une vie normale

Si je savoure autant ces instants, c’est surtout parce que je sais qu’ils ne vont pas durer. Le confinement va se terminer un jour, tout est une question de semaines, même si elles peuvent être nombreuses.

Mon mari et ma fille ne sont pas morts non plus, ils sont juste dans un autre département. Surtout qu’avec FaceTime, ils ne sont finalement pas si loin que ça.

Je sais qu’on va tous pouvoir tirer du bon de ce confinement, même si parfois ça semble insurmontable. j’attends avec une impatience folle le jour où je vais les revoir, je sais déjà que je vais en chialer, mais on s’en fout, je suis une sensible en vrai.

Et je sais qu’une fois que je les retrouverai, je recommencerai à pester et à me plaindre de ne pas avoir une minute à moi, de devoir me lever la nuit et de me réveiller trop tôt le matin. J’en aurai marre d’écouter toute la BO de la Reine des Neiges en boucle, mais là, pour l’instant, c’est loin d’être le cas. Et tu sais quoi ?

Le dis pas hein, mais quand le manque est trop lourd, je lance Libérée Délivrée et je chante à pleins poumons dessus, imaginant ma fille avec sa tenue d’Elsa chantant avec moi, et ça me fait vachement de bien.

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Le dernier commentaire

26 Mar 2020, à 00:03
@darezdouez je comprends tout à fait ton point de vue.

Par contre personnellement ça ne me dérange pas du tout. Au contraire, je voulais que Rockie soit un magazine jeune pour les plus vieux. Et puis je suis dans la tranche d'âge visée et pourtant j'emploi toutes ces expressions dans la vie quotidienne. Ce sont surtout les sujets qui me conviennent beaucoup plus que sur Madmoizelle. Le langage utilisé est parfois comme ça et parfois autre suivant l'auteur donc je trouve que ça passe. Enfin pour moi, je comprends que ça puisse ne pas convenir à tout le monde.
Après ça doit être compliqué pour la rédac de contenter tout le monde à mon avis.
 
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