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Ce projet artistique décentre le male gaze et célèbre l’homme érotique

Permettre aux hommes de se libérer de leur rôle de dominant en les invitant à découvrir leur pouvoir érotique, c'est l'un des objectifs du projet photo féministe Lusted Men. Interviews des créatrices et d'un participant au projet.

Temps de lecture : 7 minutes

Quelle est la place des hommes dans les photographies érotiques ? À quoi ressemble l’homme sensuel, sexy, attirant dans l’inconscient collectif ?

Par qui et pour qui les représentations des corps des hommes sont-elles créées ? Est-il possible de se détacher des normes qui enferment les hommes dans un rôle genré et les séparent de leur pouvoir érotique ?

Ce sont toutes ces questions auxquelles répond le projet Lusted Men, créé en 2019 par un collectif d’une dizaine de personnes dont Flora Bleibt, Lucie Brugier, Salomé Burstein, Laura Lafon et Morgane Tocco.

Un projet photographique pour permettre aux personnes se considérant comme hommes de sortir de leur rôle de dominant et désirant, pour se saisir du rôle de personne désirée et érotisée, rôle d’ordinaire majoritairement assigné aux femmes.

Les créatrices du projet et un homme y ayant participé en parlent pour Rockie !

Le projet Lusted Men rend possible l’érotisation des corps des hommes

En créant Lusted Men il y a quelques mois, le collectif est parti d’un constat simple : les hommes sont absents des photos dites érotiques, le champ de l’érotisme est trop souvent assigné aux femmes, objets de désir des hommes dans une société patriarcale genrée.

Depuis petits, les hommes sont culturellement éduqués à dominer, conquérir l’autre. Pas à se dévoiler, à se montrer vulnérables ou à montrer leur intimité. De cette dynamique découle pressions, manque de représentations et frustrations.

En tant que collectif composé de femmes passionnées par l’image (cinéma et photographie), la sociologie, la culture visuelle ou encore l’anthropologie, les créatrices de Lusted Men ont décidé d’explorer cette terre encore trop peu foulée de l’érotisation des hommes, à destination à la fois des femmes désirantes souhaitant assoir leur regard, mais aussi des hommes à la recherche de leurs âmes et corps érotiques.

Oui, les personnes se considérant comme hommes peuvent incarner autre chose que la conquête, la force et la victoire : elles peuvent être sensibles, objets de désirs. En créant une collection de photos participatives ouverte à tous et toutes, le projet Lusted Men lance des images et pistes de réflexions anti-patriarcales, non-hétéronormatives, anti-sexistes et féministes.

Pourquoi ? Pour permettre à tous et à toutes de se réapproprier les codes du genre, et pour une plus grande liberté dans la manière de désirer.

Moins de six mois après leur premier appel à projet de juillet 2019, le collectif à rassemblé plus de 230 contributions de photographes professionnels ou amateurs, faisant de Lusted Men un véritable manifeste et une communauté Instagram grandissante.

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What interests me is to put men in forbidden or badly seen situations: in situations of vulnerability, demonstration of affection, care, pretty se, softness, abandonment, any situation that they do not consider as male stereotyped… In short, everything that is usually linked to stereotyped and hypersexualized femininity. . . @dwamdwamdwam is part of the collection. ——- Ce qui m'intéresse c'est de mettre les hommes dans des situations interdites ou mal vues : en situation de vulnérabilité, de démonstration d'affection, de soin, de joliesse, de douceur, d'abandon, toute situation qu'ils ne considèrent pas comme stéréotypée masculine… Bref tout ce qui d'habitude est lié à la féminité stéréotypée et hypersexualisée. . . #changeroles #lustedmen #collectingpictures #man #mennudemodel #sexy #beautifulboy #feminist #photographie #art #hommenu #hommeetfleur

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Le projet photo Lusted Men : sortir du male gaze pour permettre aux autres regards d’exister

Pour le collectif à l’origine du projet Lusted Men, identifier et désigner le male gaze, le regard de l’homme hétérosexuel comme porte d’entrée dominante sur toute notre culture visuelle, c’est un premier pas militant et important pour permettre aux autres regards d’exister.

En laissant carte blanche aux contributeurs et contributrices de leur collection, le collectif a ouvert toutes les portes de la créativité sans l’enfermer dans des codes pré-existants et prédéterminés.

Les créatrices expliquent à Rockie :

« Le regard dominant s’impose et se déploie si largement qu’on a l’impression que rien d’autre n’existe. On a même l’impression que ce n’est pas un point de vue en particulier mais l’objectivité même. C’est là que nommer devient intéressant.

À partir du moment où tu dis : ceci n’est pas l’objectivité même, mais, par exemple, le regard des hommes* de pouvoir sur les femmes* (male gaze), alors tu crées la possibilité que d’autres regards existent : celui des femmes* sur les femmes*, des hommes* sur les hommes*, etc.

[…] Ce qui est très exaltant avec ce projet, c’est qu’on ne savait pas au départ quels codes on allait trouver dans les contributions : les codes du nu féminin ? les codes de l’homoérotisme ? d’autres encore, plus nouveaux ?

Est-ce qu’on ne recevrait que des dick pics ? Est-ce qu’on recevrait plus d’images faites par des personnes hommes*, femmes*, trans* ? Est-ce que des femmes* lesbiennes participeraient ?

Jusqu’ici, la collection présente un spectre assez large de représentations, certaines images pourraient avoir des éléments en commun mais finalement, quand on lit les témoignages des participants et participantes, on se rend compte qu’elles ont été produites par des personnes très différentes, pour des raisons qui n’ont rien à voir.

Pour les prochains chapitres de Lusted Men, on voudrait échanger avec des communautés et des cultures plus éloignées des nôtres. On espère étendre le projet et notre collectif sur différents territoires, pour qu’ils s’enrichissent grâce à de nouvelles rencontres ! »

Avec chaque photographie envoyée pour Lusted Men est postée une caption de la ou du photographe pour encore mieux illustrer son regard et l’intention derrière son cliché :

© Mila Nijinsky/@Mila.Nijinsky – Lusted Men_censored-2

« C’est quoi pour vous l’érotisme ? Un souvenir, une nuque, une romance à ne pas oublier. Un homme vêtu de mes sous-vêtements. »

Plus qu’une simple collection de photographies, Lusted Men a été pensé comme un outil pour renverser la balance des codes genrés et du male gaze, pour permettre à chacun et chacune, contributrice ou spectateur, de grandir dans sa propre représentation du désir et de l’érotisme.

Les créatrices précisent :

« On croit au pouvoir performatif des représentations.

C’est-à-dire : nous pensons que montrer ces réalités leur permet soit « d’exister », soit d’être socialement reconnus, de prendre la place qui leur est due et d’ouvrir de le champ des possibles.

Montrer la diversité des masculinités, des hommes* qui explorent leur intimité, le rapport à leur corps, à leurs envies, à leurs désirs ou non-désirs, ça ancre l’idée qu’il n’y pas a pas « une seule manière d’être homme* » et ça permet du même coup aux hommes* de ne pas être des hommes* d’une seule façon. »

*s’identifiant comme tel·les

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"Sometimes seeing helps to unlock the mind, to clear the imagination, to destabilize a morality as arbitrary as it is unnatural. The image helps to disinfect the wounds made by executioners convinced of their right to rule the heart and sex of all human beings. Nan Goldin in museums, I think it's not trivial. It's useful." . . Pierre Borhan est un historien de la photo et commissaire d’exposition. Il a notamment publié Man to Man : A History of Gay Photography, au Vendome Press en 2007 où il retrace l’histoire de la photographie homoérotique et des représentations homosexuelles, de 1840 à nos jours. Indisso­ciable des transformations religieuses, politiques, scientifiques et sociales, de la libération progressive des mœurs et du besoin des photographes de s'exprimer librement, cette histoire est riche aussi bien d'approches documentaires que des expressions artistiques les plus suggestives, les plus provocantes ou les plus courageuses. . . #lustedmen #mantoman #pierreborhan #homoerotisme #nangoldin

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Participer au projet Lusted Men pour s’aimer soi-même

Parmi les photographes et modèles qui ont participé au projet Lusted Men, il y a Ronnie, 30 ans, modèle de ses propres photos dans 90% de son travail.

Son univers s’articule autour de deux grandes thématiques : la question du corps, notamment dans la dimension d’un nu masculin doux, sensible ; ainsi qu’un travail autour du nocturne, de l’occulte, de la figure satanique.

Deux thèmes étroitement liés dans sa vision artistique avec la question de l’interdit corporel et du désir charnel à cacher et réprimer.

Ronnie fait partie des hommes qui ont osé se lancer et se montrer sous un jour intime, érotique, vulnérable et il a touché les membres du collectif par son engagement pour le projet.

Pour lui, l’art est militant et a un rôle important à jouer dans les grandes transformations de la société. Son art, à lui, traduit son besoin d’expression et d’extériorisation.

Son rapport à son corps, à son érotisme, et l’image de lui qu’il fait transparaître dans ses clichés sont le fruit d’un véritable travail sur lui-même. Il raconte :

« Pendant très longtemps, j’ai été quelqu’un de très mal dans sa peau, qui ne se sentait pas nécessairement désiré.

Ne me pensant pas comme un être pouvant suscité le désir chez l’autre, il m’était compliqué de m’accepter et de m’aimer moi-même… je ne me posais donc même pas la question de mon côté érotique.

Le regard que je croyais être celui des autres annulait le mien.

Et puis, ce besoin d’acceptation, d’être désiré, de porter un regard sain et bienveillant sur soi-même a fini par devenir obligatoire pour cesser de brasser du noir. C’est à ce moment que l’image et la photographie sont nés dans mes créations artistiques.

Il fallait que je m’aime moi-même pour permettre aux autres de m’aimer, dans un regard mutuellement bienveillant, respectueux.

Petit à petit, touche par touche, j’ai permis à mon côté érotique de grandir et aujourd’hui je l’assume et le revendique pleinement. La photo est un tel espace de liberté, de soulagement, je ne renierais ça pour rien au monde. »

© Ronnie LXXVII – Lusted Men

« C’est un temps que je m’accorde pour m’exprimer, souffler, me couper du monde, me libérer d’une idée, d’un sentiment… Pour lâcher prise et me permettre d’être ce qui sommeille en moi. Amener dans ce monde un part du mien. Je suis Fils de la Nuit, Fils du Soleil, Fils de la Chèvre. »

Comme pour d’autres contributeurs à Lusted Men, plus que de simples photos érotiques, les clichés de Ronnie sont pour lui une échappatoire aux pressions et normes de la société, un espace des possibles ouvert pour exprimer une réalité d’ordinaire cachée.

Il précise :

« L’homme ne vit pas en vase clos et est nécessairement impacté par les schémas sociétaux, par les représentations collectives inconscientes que le système lui fait bouffer à longueur de journée. Il se conditionne par la pression sociale.

Lusted Men a le mérite d’amener dans l’espace public un principe simple, mais pourtant souvent mis de côté dans l’érotisme : celui de réalité.

Oui, un homme peut être sensible, dans une posture de douceur et tout simplement vouloir être désiré pour ce qu’il est intrinsèquement, sans avoir à jouer un rôle de force ou de domination qu’on lui attribuerait d’office.

[…] Le projet Lusted Men, c’est donc un moyen de faire évoluer la société et son regard sur la question du désir en fonction du genre, que chacun et chacune soit plus permissif à soi-même et envers les autres, un moyen tout simplement de ramener plus d’égalité et de liberté. »

Le projet photo Lusted Men : ses actualités et évènements à venir

La collecte Lusted Men est encore ouverte, il est donc toujours possible d’envoyer des photos au collectif via un lien au bas de la page d’accueil du site Web !

Pour suivre le projet et en voir les clichés, rendez-vous sur le compte Instagram @lustedmen, puis lors de deux expositions à venir prochainement à Paris : au Hasard Ludique les 3 et 4 octobre 2020, puis à l’occasion du festival Photo Saint-Germain du 6 au 21 novembre 2020.

© Louka Perderizet/@LoukaPerderizet _ Lusted Men

« Avant ma transition je n’aurais pas supporté faire cette photo. Désormais, je suis prêt à m’offrir entièrement, j’ai envie qu’on désire mon corps même s’il n’est pas dans les normes. »

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Le dernier commentaire

20 Août 2020, à 23:56
Je trouve qu'il y a même pas mal de productions assez médiatisés au niveau du grand public avec une sexualisation des hommes mais contrairement aux femmes qui sont sexualisees pour tout et n'importe quoi (films d'horreur, pubs même quand c'est pour des volets électriques, etc), quand ça concerne les hommes c'est un peu la raison d'être du "produit" : la série des Magic Mike par exemple ou le calendrier des dieux du stade déjà cité. C'est d'ailleurs pas si récent, pour les gens comme moi qui ont des réf un peu anciennes, je me rappelle de mes posters et fiches découpés dans ok podium and co (Peter André, David Charvet, MN8, Worlds Apart, etc sans oublier les 2be3 où ils sont carrément partis chercher des gymnastes pour faire chanteurs/acteurs). Alors vu que c'était à destination des jeunes filles, ça restait assez soft mais les hommes y étaient clairement sexualises. Et si la majorité des clichés jouaient sur l'image virile classique, certains avaient un côté un peu plus sensible (genre tenir un chaton).
Bref, on peut faire et on fait du mâaaaale sexualise mais faut surtout pas que ça tombe sous les yeux de quelqu'un qui ne l'a pas spécialement cherché... Alors qu'une femme sexualisee, on tombe dessus à chaque station de métro... C'est normal
 
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