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Mes parents ne m’aiment pas, et j’en souffre toujours

Cette lectrice de Rockie souffre depuis des années du manque d'amour de ses parents. Devenue mère à son tour, elle se demande si elle doit couper les ponts avec eux...

Temps de lecture : 4 minutes

Mes parents ne m’aiment pas. Cela peut paraître exagéré, et pourtant… Ils aiment l’idée d’avoir eu des enfants, mais cela s’arrête là. Lorsque je suis née, ma mère a eu une poussée de rhumatismes et elle a ensuite fait une dépression post-partum. Avec les informations que j’ai pu réunir, j’ai reconstitué le fil des événements et je crois que ma mère n’a pas supporté que le regard de mon père se soit déplacé d’elle vers moi et mon père a culpabilisé de la voir malheureuse.

Mon enfance s’est passée sans encombres et sans reliefs aussi. J’ai le souvenir de difficultés financières, des maladies de ma mère, des déplacements professionnels de mon père et de la télévision comme un membre de notre famille. Je me souviens avoir réclamé une seule chose à mes parents : partir en vacances, mais ce n’était jamais possible.

Un été, ils sont partis sans moi et mon jeune frère, et je l’ai vécu comme une profonde trahison. Alors je me suis habituée à ne plus rien demander. J’étais lisse et sage et pourtant jamais félicitée. Je supportais sans broncher les soucis de ma mère et ses menaces de quitter mon père lorsque mon frère et moi serions plus grands.

L’adolescence est arrivée et les préoccupations du collège et du lycée m’ont fait oublier ce qui se passait. Mais on me demandait régulièrement de m’occuper de mon frère comme un parent devrait le faire.

Pour ma mère, nous n’étions jamais comme il faut

Autour de la vingtaine, j’ai ouvert peu à peu les yeux. Mes parents ont décidé de vendre la maison familiale sans nous prévenir au prix de grands sacrifices sur notre quotidien : perdre tous nos amis et mon frère a dû déménager chez ma grand-mère pour terminer son année scolaire.

Ma mère manifestait une profonde angoisse qu’on ne quitte jamais la maison. Elle nous menaçait régulièrement de nous mettre à la porte mais jamais directement. Elle s’en ouvrait à mon frère à mon sujet et inversement. Par contre, elle proposait à d’autres adolescents de les accueillir à la maison et de les conduire là où ils le souhaitaient. Mon frère et moi n’étions jamais comme il faut : pas assez ou trop présents, ordonnés, scolaires…

Lorsque je me suis séparée de mon petit-ami de l’époque, j’ai compris que quelque chose ne tournait pas rond . Ma mère s’est plus inquiétée pour lui que pour moi. Sans m’en parler, elle a appelé les parents de ce garçon pour les prévenir que leur fils était au bord du suicide (alors que rien ne pouvait lui laisser penser ça…).

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Ensuite, les méchancetés ont été plus frontales et toujours sans témoins. Ma mère m’a accusée de souhaiter le suicide de mon père. Elle a refusé de m’aider financièrement temporairement alors qu’elle en avait les moyens et que j’avais déjà contracté deux prêts étudiants.

À l’annonce de mon mariage, mon père, fou de rage, leva le doigt au ciel et déclara : « Si j’apprends que vous avez monté une opération financière sur mon dos , ça va mal se passer. Parce que si on participe à la noce,  tu vas te faire un bénéfice avec les cadeaux que tu recevras en retour ! Je te donne X euros mais ne compte pas sur nous pour t’aider à quoi que ce soit ! »

Demander à mes parents de me dire qu’ils m’aiment

Je sentais un malaise latent et les différents professionnels que j’ai consulté m’ont conseillé deux choses. D’abord, de demander à mes parents de me dire qu’ils m’aiment. L’objectif était de me faire prendre pleinement conscience de ce qui se passait face à leur réaction. La seconde était de couper définitivement les ponts.

J’ai mis des années avant d’appliquer le premier conseil par téléphone à un moment où ils s’en sont pris à mon frère. Mon frère venait de perdre un bébé et mes parents lui ont dit qu’ils préféraient passer les fêtes avec moi et mes enfants. Lorsque je leur ai dit que mon frère et moi souhaitions seulement savoir qu’ils nous aimaient, il y eut un long silence embarrassé au téléphone.

En ce qui concerne le second conseil de couper définitivement les ponts, je m’y suis refusée pendant des années. Mes parents ont fait écran entre le reste de notre famille et mon frère et moi. Plus jeunes, nous n’allions jamais les voir et plus tard, ils se plaignaient de nous auprès d’elles.

Je n’ai donc aucune relation privilégiée avec mes grands-parents, tantes, oncles ou cousins. Alors je mettais un point d’honneur à ce que mes enfants aient une relation privilégiée avec mes propres parents malgré nos différends. Malheureusement, je songe de plus en plus à prendre mes distances avec eux aujourd’hui.

Je suis fatiguée de prendre sur moi

Mes enfants ne s’amusent pas avec leurs grands-parents et leur comportement est inadapté : alcoolisme, propos déplacés, télévision, sans aucune discussion possible… Et puis je suis fatiguée de prendre constamment sur moi pour encaisser les réflexions lorsque je suis seule avec eux, tandis qu’ils font preuve d’une gentillesse hypocrite en présence de témoin comme mes beaux-parents…

C’est à devenir folle ce double-jeu, comme un ascenseur émotionnel permanent entre attendre leur reconnaissance et être déçue et blessée, entre ce qu’ils disent et ce qu’ils finissent par faire.

On m’a souvent répété que je m’étais construite seule, et c’est vrai. Mais c’est une construction précaire et la dualité du comportement de mes parents me fragilise inexorablement.

Il y a quelques années, j’ai compris que je ne pouvais pas compter sur mon arbre généalogique alors j’ai décidé de créer le mien. J’ai fait un enfant, je me suis mariée et j’ai changé de nom, j’ai fait un second enfant, puis j’ai déménagé loin de chez mes parents. J’ai une famille qui me ressemble, pas parfaite mais pleine d’amour.  Au quotidien, je fais de mon mieux avec celle que je suis.

Devenir mère avec un sentiment d’abandon tenace

Maintenant que je suis mère, je ne peux entendre les propos de ma mère sans grincer des dents. Elle répète à qui veut l’entendre que mon frère et moi étions des enfants voulus et que ses grossesses furent merveilleuses mais elle occulte la réalité. Elle met de côté ses dépressions, le fait qu’elle ne partageait aucun jeu avec nous, aucune promenade, aucune activité extra-scolaire, qu’elle ne prenait aucun plaisir à nous habiller ou à prendre soin de nous et qu’elle ne nous adressait aucune félicitation…

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C’est aliénant cette différence entre la surface, ce fin vernis si facile à égratigner et le gouffre d’un sentiment d’abandon tenace qui vous fait vous sentir sans cesse en danger.

En septembre, je compte leur expliquer que nous n’avons rien en commun et donc plus besoin de nous voir mais qu’ils pourront toujours voir leurs petits-enfants s’ils le souhaitent et s’ils respectent nos conditions.

Si j’écris ce texte, c’est d’abord parce que j’en avais besoin mais aussi parce que je rencontre régulièrement des personnes qui souffrent également du manque d’amour de leurs parents. Oui, cela existe.

Ce témoignage t’a interpellé·e ? Viens partager ton expérience dans les commentaires…

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Le dernier commentaire

16 Août 2019, à 22:51
@Lol'ô et @Martesmartes
Merci à vous d'avoir pris le temps de me lire et de m'adresser un gentil mot! :fleur:
Autant j'accepte qu'on puisse ne pas vouloir d'enfant, ou qu'on ait du mal à accepter sa venue (je pense par exemple aux femmes qui ont un baby-blues), autant je ne comprends pas qu'on puisse le détruire de cette manière :dunno:
 
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