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J’ai arrêté de pleurer quand je suis en colère, et tu peux le faire aussi

Toute sa vie, Mymy a eu tendance à pleurer quand elle était en colère. Mais ça a changé ! Voici comment elle a appris à gérer ses émotions.

Temps de lecture : 6 minutes

C’est marrant comme je me rends compte, en grandissant, à quel point mon rapport à mes émotions a changé — parce que j’ai pris confiance en moi, parce que j’ai gagné en maturité (j’espère), et puis parce que : LA THÉRAPIE MA GUEULE ! Vive ma psy !

Il se trouve que ces derniers temps, j’ai eu plusieurs occasions d’être en colère, car la vie est parfois chiante. Et j’ai réalisé que… que…

JE NE ME METS PLUS À CHIALER DÈS QUE JE SUIS VÉNÈRE ! Incroyable ou pas ? Incroyable !

J’ai toujours pleuré quand j’étais en colère

Aussi loin que mes souvenirs remontent, je n’ai jamais aimé être en colère.

Cette émotion est pour certaines un moteur, un carburant qui brûle intensément, certes, mais qui leur donne la rage d’avancer. Pour moi, ça a toujours été l’inverse : la colère m’épuise, me paralyse, et me fait fondre en larmes quasi-immédiatement.

Combien de disputes avec mes parents ont-elles fini avec des sanglots dans mon oreiller… Oh wait, c’est une question rhétorique : TOUTES mes disputes avec mes parents ont fini avec des sanglots dans mon oreiller !

Car j’avais aussi ce côté « animal blessé » — je déteste qu’on me voit quand je suis vulnérable, donc je me cache, je m’enferme dans les WC, dans ma chambre (ou, une fois, dans une cabine téléphonique, mais c’est une autre histoire) pour y pleurer à l’abri des regards.

Cette tendance à chialer dès que j’étais en colère me faisait honte. Pour moi, c’était un aveu de faiblesse, une preuve de mon incapacité à communiquer « normalement », de mon manque de maturité émotionnelle.

La colère appelle les larmes, les larmes appellent la honte, la honte fait redoubler les larmes, à la fin je suis pleine de morve et je n’ai pas l’impression d’avoir avancé. Super.

Pourquoi pleure-t-on quand on est en colère ?

Avant de t’expliquer comment j’ai dépassé ce réflexe de pleurer dès que je suis en colère, j’ai fait quelques recherches afin de comprendre le mécanisme liant larmes et émotions négatives.

Sur Refinery29, le prof de psychologie Robert R. Provine rappelle qu’on ne pleure pas seulement quand on a un gros chagrin :

« Les larmes ne sont pas quelque chose de précis […] C’est une réaction naturelle qui répond à plusieurs types de signaux. »

La docteure Suzanne Degges-White précise dans le même article le rôle biologique mais aussi social des larmes :

« Pleurer nous aide à mieux gérer nos émotions, et d’un point de vue biologique, cela nous force à mieux respirer et réguler le rythme cardiaque. […] C’est un mécanisme de protection intégré.

[…] Qu’on le veuille ou non, c’est une manière franche de partager nos émotions avec les autres, souvent pour solliciter leur aide, même si c’est inconscient. »

Sous le coup d’une émotion vive, comme la colère, on peut donc se mettre à pleurer, ce qui a pour effet de soulager (un peu) notre corps, et de communiquer à la personne en face de nous qu’on est en train de vivre quelque chose d’intense.

Pleurer quand on est en colère, ça peut aussi être lié au fait d’être hypersensible, comme le suggère le psychiatre Christophe André dans Psychologies ; mais ça peut aussi être une façon de dire ce qu’on n’arrive pas à verbaliser, selon cet article :

« Plusieurs fois, le niveau de stress généré par la rage est si grand que nous ne sommes pas en mesure de revenir à notre état rationnel et d’expliquer par des mots ce que nous ressentons. Alors on pleure. »

Je pleurais quand j’étais en colère parce que je ne savais pas m’écouter

L’hypothèse selon laquelle les larmes permettent de communiquer de façon non-verbale ce sur quoi on n’arrive pas à poser des mots résonne fort avec mon vécu.

Je n’ai pas été élevée dans une famille où les émotions sont tabou, loin de là, pourtant j’ai toujours eu ÉNORMÉMENT de mal à gérer les miennes… en commençant par les identifier et les reconnaître.

Peut-être en réaction à ma mère, très émotive (oui je me psychanalyse, que veux-tu, ma thérapeute est en congé mat’), je me suis construite dans un objectif de nonchalance et d’humeur égale, refusant à toute émotion forte le droit de prendre le pas sur mon flegme.

Quand la colère montait, donc, je bloquais tout : au lieu d’analyser ce qui générait cette émotion, je préférais la nier en bloc, et elle finissait très vite par s’exprimer autrement, en débordant de mes yeux. On ne peut pas maîtriser un ressenti qu’on refuse de regarder en face : je ne pouvais pas désamorcer ma rage, je ne pouvais que la subir !

Je pleurais quand j’étais en colère parce que je n’avais pas confiance en moi

Qu’est-ce qui génère la colère ? Selon Cerveau et Psycho, « la colère se manifeste toujours lorsque vous n’atteignez pas votre objectif ou que vous êtes blessé dans votre amour-propre ». Je me reconnais plus dans la seconde raison que dans la première.

La colère, chez moi, monte quand mon ego est touché ; quand mes valeurs sont heurtées ; quand je ressens l’injustice d’une situation et que je ne me sens pas respectée.

Donc accepter ma colère, l’analyser et surtout la verbaliser, ça revient à défendre mon ego, à exiger le respect qui m’est dû. Et pendant longtemps, je ne me considérais pas spécialement digne de respect…

Tu connais la chanson : gamine introvertie, vilain petit canard pas sociable, anti-cool kid qui préfère sa Gameboy aux jeux de cour de récré, syndrome de l’imposteur puissance 1000, complexes physiques et autres joyeusetés. Si moi-même je ne me respectais pas, comment pouvais-je demander aux autres de me respecter ?

En avançant sur le beau chemin de la confiance en moi, j’ai appris à dire « Je mérite le respect », « Je mérite que mes limites soient respectées », « Je mérite qu’on ne me parle pas comme à une merde », « Je mérite qu’on ne soit pas injuste avec moi ». À le dire, et surtout à le penser, à le croire, dans mes tripes, dans mon cœur !

Je ne pleure plus quand je suis en colère, je parle

Aujourd’hui, je ne pleure plus systématiquement quand je suis en colère, même si ça peut encore arriver, surtout si je suis fatiguée ou en syndrome prémenstruel (après, dans ce cas-là je pleure quand je fais tomber une spatule, donc ce n’est pas un filtre très fiable).

Mais les larmes sont devenues une sorte de dernier recours : elles arrivent quand tout le reste a échoué. Car j’ai à présent d’autres outils à ma disposition pour gérer ma colère !

Pour gérer ma colère, je comprends d’où elle vient

En premier lieu, je l’identifie et j’essaie de comprendre ce qui la provoque. Je ne suis pas très portée sur la méditation, mais j’essaie en tout cas de respirer un grand coup et de m’interroger : pourquoi CET évènement précis me met-il autant en colère ? Qu’est-ce qui fait que l’émotion survient ?

Prenons par exemple un ami, retardataire chronique, auquel j’explique mille fois que CE JOUR-LÀ, il DOIT être à l’heure. Et qui arrive quand même en retard.

Pourquoi je suis en colère ? Pas vraiment parce que j’ai poireauté ou qu’on a raté notre séance de cinéma, mais parce que je ressens son retard comme un irrespect envers moi.

C’est comme s’il me crachait « Je ne tiens pas assez à toi pour faire un effort, je n’ai pas écouté ce que tu m’as demandé, je n’ai pas respecté ta volonté ni ton temps ».

Pour gérer ma colère, j’utilise la communication non violente

Une fois que j’ai compris d’où venait ma colère, je me sens maintenant légitime à l’exprimer, et pour faire cela de la meilleure façon possible, j’utilise les bases de la communication non violente.

Ainsi, je ne vais pas parler en « tu » (« Tu es tout le temps en retard, tu te fous de ma gueule ») mais en « je » (« Je suis en colère parce que je ressens ton retard comme un manque de respect »).

Je vais garder, autant que possible, un ton posé bien que ferme, je ne suis pas du genre à hurler, casser des trucs ou taper dans des murs.

Je vais essayer de rester centrée sur le problème en cours et ne pas extrapoler : si je pars en « Non mais de toutes façons tu t’en fous de TOUT, on peut JAMAIS compter sur toi pour RIEN », d’un coup ça rend la chose beaucoup plus large et c’est compliqué de se concentrer sur la raison de ma colère.

J’accepte qu’il faut parfois, pour régler un souci, faire preuve de patience et que si la personne se braque ou se ferme, il vaut mieux prendre un peu de recul, redescendre chacune de notre côté, puis en reparler.

Bref, j’utilise les outils que ma thérapie m’a appris afin de reconnaître et de désamorcer ma colère. Ça marche vachement mieux que sangloter dans mon oreiller !

J’espère que cet article t’aura aidée, si toi aussi tu chiales à la moindre contrariété et que ça te soûle : ce n’est pas une fatalité ! Si tu as d’autres astuces pour gérer ses émotions, n’hésite pas à les partager dans les commentaires ♥

À lire aussi : Je ne sais pas « prendre soin de moi », et j’en ai honte

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Le dernier commentaire

15 Juil 2020, à 21:05
@Merlu
J'ai aussi mis du temps à comprendre.
Le tapotement du dos, c'est dans la catégorie contact humains. Une manière de "je te touche physiquement pour te montrer que je veux t'aider à passer cette épreuve de la même manière que je t'attraperais si je te voyais t'évanouir". C'est une forme plus intense que le serrage de main parce que la zone touchée est moins neutre.
 
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