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Comment j’ai survécu au premier trimestre de grossesse

Chloé est une lectrice de Rockie et une jeune mère à l'humour mordant. Tous les mois, elle partage sur Rockie son expérience de la grossesse et de la maternité. Dans cette troisième chronique, elle te raconte comment elle a vécu son premier trimestre.

Temps de lecture : 6 minutes

Résumé des épisodes précédents (n°1 et n°2): Malgré un contraceptif supposément efficace, je viens de découvrir que j’étais enceinte. En couple avec le responsable depuis seulement 4 mois et demi nous décidons néanmoins de garder l’enfant, poussés par notre méconnaissance totale du monde des bébés. Dans ce nouvel épisode, je brave glorieusement (ou pas) les méandres du premier trimestre.

Aux Pays-Bas, les interdits alimentaires sont inexistants pendant la grossesse

“ Bon, ça ne sert à rien que je vous examine, c’est beaucoup trop tôt, il faut attendre d’avoir passé la barrière des trois mois. Juste un petit point nourriture : je sais que dans votre pays il y a beaucoup d’interdits mais ici vous pouvez manger de tout. Essayez juste de ne pas consommer de pâté de foie tous les jours à cause de la vitamine A qui peut causer des malformations au fœtus ».

Voilà ce que m’indique la sage-femme lors de notre premier rendez-vous. Je lève un sourcil circonspect avant de me souvenir que nous vivons aux Pays-Bas, terre décontractée où le saucisson industriel et le fromage pasteurisé ne feront jamais le poids face à la sacro-sainte tartine de pâté de foie dont l’on se régale au petit-déjeuner. Par ON je veux dire tout un tas de gens qui ne sont pas moi. Je dis donc à la sage-femme de ne pas s’en faire pour le pâté de foie.

– Mais même les sushis je peux ?

– Oui, n’hésitez pas, le poisson c’est excellent pour le cerveau du bébé !

Je suis un peu déçue. Je me voyais déjà assise dans mon restaurant japonais préféré, entourée de mes amis qui ignoreraient encore les changements merveilleux qui s’opèrent en moi. Au moment de prendre la commande je susurrerais un mystérieux quoi que coquin : « Aujourd’hui je vais plutôt opter pour des grillades, bien cuites s’il vous plait ».

Surpris, quelqu’un se lèverait d’un bond, les yeux écarquillés avant de déclarer : “Quoi Chloé ? Mais tu ADORES les sashimis d’habitude qu’est ce qui …. OH ! Serait-ce donc possible ? Serais-tu… » Coupant court à ce suspens insoutenable je caresserais amoureusement mon ventre encore plat (ahahahah) avant de sourire sereinement telle la Madone.

Une amie se jetterait dans mes bras avant qu’une autre ne commence à gémir, la voix brisée par le bonheur et l’émotion “Oh mon Dieu, je vais pleurer”. Pour finir tout le monde se mettrait à applaudir. D’abord doucement avec pudeur et sobriété, puis la foule en liesse composée de mes amis et de tous les clients du restaurant bondé laisserait éclater sa joie en une clameur spontanée et un peu folle.

Bon, j'imagine que je vais devoir revoir un peu mes plans.

Le garde-manger type du début de grossesse

À la seconde où nous avons appris que j’étais enceinte, mon compagnon de galère a couru m’acheter des bières sans alcool, des crackers, des galettes de riz et de l’eau pétillante (j’étais absolument en état de me charger moi-même de ces emplettes, mais on a eu envie de coller au stéréotype de l’homme tout dévoué à son incubatrice préférée).

D’après la première page de Google et les forums Doctissimo, il s’agit là de mes meilleurs amis pour les neufs mois à venir. Les uns permettant de combler les fringales et soulager les nausées sans prendre 25 kilos (spoiler alert : que je prendrai quand même), les autres permettant de festoyer sans danger. Entre nous, ces aliments n’ont jamais fait partie de mes habitudes alimentaires. Je trouve que la bière blonde a le goût de l’urine, enfin selon l’idée que je m’en fais puisque fort heureusement, je n’en ai jamais bu de la vraie.

Les galettes de riz me donnent envie de me défenestrer, et les feintes du type « hihihi on recouvre le machin d’une couche de chocolat noir affligeante de petitesse pour une touche gourmande mais saine » me navrent encore plus. Les crackers c’est pas mal, mais uniquement si quelqu’un m’a tartiné du beurre et du saumon fumé dessus. Quant à l’eau gazeuse, c’est vrai que j’adore, mais uniquement quand elle est marron et qu’elle a le gout du Coca-cola.

Je m’enfile donc des galettes immondes au goût de carton recyclé (ou encore une fois de l’idée que je me fais du carton recyclé puisque je n’en ai jamais goûté non plus) et malgré l’abomination de la situation, j’en retire une certaine satisfaction. Ingérer ces choses insipides me permet de valider un état certes omniprésent, mais totalement abstrait.

Je ne suis contrainte à aucun changement alimentaire, mes symptômes sont excessivement étranges mais ne collent pas bien avec ce que l’on m’avait prédit et il semblerait que discuter de la grande nouvelle avec quiconque avant d’avoir atteint les 12 semaines de grossesse revienne à prendre un risque énorme qu’il serait délirant de vouloir braver.

Disclaimer : Je sais que les fausses-couches ne cessent pas à 12 semaines et que le risque zéro n’existe pas passé le premier trimestre. J’ajoute aussi que chacune décide du bon moment, selon elle, pour annoncer sa grossesse. Cette chronique n’a pas vocation à juger ou à énoncer des vérités générales, je voulais juste relater avec humour un parcours de grossesse des plus lambdas.

Le paradoxe du premier trimestre de grossesse

Les femmes de mon entourage, le corps médical et globalement l’internet tout entier sont formels : entamer un premier trimestre de grossesse, c’est avancer à l’aveugle, sans chaussures adaptées, sur un terrain glissant criblé de mines anti-personnel.

Et même si ce début de grossesse me colle des migraines, que j’ai les jambes lourdes et que je suis essoufflée, j’ai intérêt à courir vite parce que je suis poursuivie par un monstre à tête de hyène qui dans un gloussement démoniaque me souffle que même si mon enfant survit à ces 12 premières semaines, et à celles qui suivent, les emmerdes ne font que commencer.

Je ne suis pas prête pour ça. Je ne suis même pas foutue de faire tourner une machine à laver de blanc sans oublier dedans ma chaussette bleue qui déteint. Et quid du poisson rouge que j’ai laissé crever quand j’avais 7 ans ? Et puis si je ne l’aime pas ce bébé ? Et si je le détruis psychologiquement et qu’il décide d’aller témoigner de ma maternité toxique dans le talkshow de l’après-midi sur France 2 ?

Et encore, ça c’est dans l’hypothèse où mon embryon survit. Comme on ne manquera jamais de me le rappeler par la suite : “Protège-toi, ne t’attache pas, tu ne sais pas ce qui peut arriver. C’est beaucoup trop tôt pour t’emballer”. Traverser le premier trimestre, c’est apprendre à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : quoi qu’il arrive c’est fichu pour ma pomme.

La question n’est pas de savoir si ça va mal tourner pour moi, mais quand et comment. Vais-je perdre un bébé que j’aime déjà de tout mon cœur ? Ou le bébé va-t-il survivre et me rendre dingo une fois dehors à force de nuits hachées et de temps libre sacrifié ? Le choix de Sophie pour moi toute seule puisque mon mec élude ces questions d’un air confiant en m’assurant que : « Tu vas voir tout va très bien se passer ! »

Des symptômes pénibles et inquiétants au premier trimestre de grossesse

À la solitude de ces trois mois tabous, où le moindre éternuement, la moindre secousse en voiture, le moindre morceau de crudité serait susceptible de me faire perdre mon embryon et me rendre définitivement infertile, s’ajoutent des symptômes curieux. Il y a ceux que tout le monde connaît bien sûr… Et puis il y a les autres. Ceux dont on ne parle pas à la télévision même s’ils impliquent aussi la rétention ou la sécrétion involontaire de fluides et de miasmes en tous genre.

Savais-tu par exemple que les saignements réguliers voire quotidiens sont un symptôme courant du premier trimestre ? Taquin comme symptôme quand on sait que la terreur absolue d’une femme enceinte est de retrouver du sang au fond de son slip. Et me voilà pétrie d’une angoisse que je ne peux partager qu’avec mon amoureux.

Je me retrouve donc à discuter saignements vaginaux et constipation (symptôme de grossesse le plus courant selon un sondage empirique mené auprès de toutes les femmes ayant jamais été enceintes autour de moi) avec un homme que je connais depuis maintenant 5 mois et avec qui j’envisageais d’avoir d’autres sujets de conversation pour au moins l’éternité.

Des fois j’en ai tellement marre de flipper que je me dis que si je le perds, tant pis. Au moins je pourrai retourner boire des bières avec mes copains et continuer à ne pas rembourser mon découvert. Ce sera aussi l’occasion de me tirer pour un tour du monde sac au dos comme je projette de le faire à chaque fois que je traverse une crise existentielle et que j’aime me faire croire que je suis quelqu’un de très sauvage et aventureux.

Cette idée ne m’effleure que quelques secondes et il suffit que je jette un coup d’œil au futur papa pour réaliser que même si ni lui ni moi n’avons la moindre idée de ce qui nous attend, rien ne pourra démonter notre enthousiasme et probablement notre inconscience folle. Si ce petit décide de se pointer pour de bon, on l’attend de pied ferme.

À suivre…

Et toi, tu l’as vécu comment ce premier trimestre de grossesse ? Viens partager ton expérience dans les commentaires. 

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Le dernier commentaire

8 Sept 2019, à 11:18
@klifer je ne sais pas ce que t'a raconté ta sage-femme mais aux Pays-Bas il y a bien des recommandations nationales sur ce qu'il faut éviter de manger pendant la grossesse.
Par contre c'est vrai que le personnel médical est beaucoup plus détendu qu'en France : pas de vérification pour la toxoplasmose et pas d'analyse d'urine.
 
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