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Et toi, tu t’y mets quand ? Plaidoyer pour qu’on nous lâche l’utérus

Et toi, tu t’y mets quand ? Plaidoyer pour qu’on nous lâche l’utérus

Entre 20 et 40 ans, tout le monde a son mot à dire sur ce que tu fais de tes ovaires, et ça commence à me courir sur le périnée.

Temps de lecture : 6 minutes

À 20 ans, si tu dis que tu ne veux pas d’enfants, on te répond que tu vas changer d’avis. Si tu dis la même chose à 30 ans, on te demande : “t’as pas peur de regretter ?” Et à 40 ans, on te sort que tu es égoïste (médaille d’or de la réaction la plus pourrie, j’en reparle plus loin).

Les femmes qui déclarent ouvertement ne pas vouloir d’enfants sont d’ailleurs encore extrêmement minoritaires : moins de 5% des Françaises sont dans ce cas, selon une enquête de l’Institut National d’Études Démographiques datant de 2012. (Il est possible que cette proportion ait augmenté depuis mais il n’y a pas eu d’étude plus récente sur le sujet en France).

De notre côté, nous avions posé la question à nos abonné·es à la newsletter, et près de 22% avaient répondu ne pas vouloir d’enfants.

« Pourquoi diantre ne t’es-tu jamais reproduite ? »

Si tu ne clames pas publiquement ton non-désir de maternité, on ne lâche pas pour autant la nullipare que tu es. À 20 ans, on te demande combien tu veux d’enfants. À 30 ans, on te gonfle à base de “horloge biologique gnagnagna faudrait pas trop traîner”. À 40 ans, on ne te dit plus rien, mais on se demande quel est ton problème. “Pourquoi diantre ne t’es-tu jamais reproduite ?”, s’interroge la populace.

Et quand tu essayes d’avoir un enfant, mais que ça ne marche pas pour X ou Y raisons, ces réactions sont particulièrement pénibles à vivre. Tu n’as pas forcément envie de parler de ton infertilité à ta voisine de palier ou de décrire par le menu ta dernière tentative de FIV à la machine à café.

Et si tu n’es pas concernée par le sujet (lucky you), penses-y à Noël prochain, avant de demander innocemment à ta cousine en âge de procréer : “alors, tu t’y mets quand ?” Si ça se trouve, tu vas juste remuer le couteau dans l’utérus et rajouter un peu de sel par-dessus.

Décider d’avoir ou non un enfant est sans doute l’un des choix les plus intimes (et les plus engageants) qu’un individu (ou un couple) puissent faire. Pourquoi le monde entier se sent-il autorisé à donner son avis là-dessus ?!

Même après avoir eu un enfant, les gens continuent à se mêler de ton utérus : “Et le deuxième c’est pour quand ?” “Vous allez nous faire un petit troisième ?”

Une pression sociale qui pèse sur les femmes

Je ne t’apprends rien en te disant que cette pression sociale pèse principalement sur les femmes. Les hommes ne sont pas épargnés à 100%, mais comme ils ont une fenêtre de tir (hé hé) plus large, on leur accorde le bénéfice du doute plus longtemps.

Ne pas avoir d’enfants à 35 ans quand on est une femme, c’est suspect. À 40 ans, c’est carrément louche.

Surtout, la société a tendance à considérer qu’un homme peut se réaliser autrement que dans la paternité : dans la création, l’entrepreneuriat, la foi, le sport, etc. Pour les femmes, ce n’est pas si simple… Même si la société française évolue vers plus d’égalité, elle continue de renvoyer le message que, pour être pleinement épanouie en tant que femme, il faut devenir mère.

Comme le dit très bien Mona Chollet dans son livre Sorcières, la puissance invaincue des femmes : “Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu’une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde”.

Les pressions viennent de partout et partent souvent d’un bon sentiment (“L’Enfer est pavé de bonnes intentions” me souffle-t-on dans l’oreillette). Il y a tes parents qui ont “tellement envie d’être grands-parents” ou tes potes qui trouveraient ça trop cool que “vos enfants puissent jouer ensemble”.

Il y a aussi ce recruteur qui te demande d’un ton angoissé -et dans l’illégalité la plus totale- si tu as prévu d’avoir des enfants dans les trois prochaines années. Eh oui, tu as 30 ans, tu es forcément “à risque”. Ou ces mères sur les réseaux sociaux qui te répètent qu’avoir des enfants donne un sens à ta vie.

(Précision qui a son importance : je suis hyper heureuse pour celles (et ceux) qui s’épanouissent dans la parentalité. Je n’exclus pas d’en faire partie un jour mais je trouve ça dommage que l’on n’entende pas plus celles et ceux qui ont fait le choix de ne pas se reproduire).

Est-ce que je veux vraiment des enfants ?

Le résultat c’est qu’on peut avoir du mal aujourd’hui à savoir si on veut réellement des enfants ou si c’est la société qui nous pousse à en vouloir.

C’est sûr qu’avant les lois sur la contraception et l’IVG, on se posait moins la question. Si on vivait en couple hétérosexuel et qu’on était en capacité biologique d’avoir des enfants : ils et elles arrivaient sans qu’on ait forcément le choix. Enfin si, on pouvait choisir entre devenir mère ou risquer sa vie en recourant à un avortement clandestin.

Aujourd’hui, les options sont plus ouvertes et c’est une excellente nouvelle ! Même s’il reste du chemin à parcourir pour que toutes les femmes – lesbiennes et célibataires incluses – puissent avoir accès à la PMA, et que l’accès à l’IVG doit sans cesse être défendu.

Pourtant, la liberté de faire ce que l’on veut de son utérus n’a pas fait disparaître les injonctions à la maternité. Ni le fait qu’entre la puberté et la ménopause, la période où l’on peut procréer naturellement est restreinte.

Surtout qu’avec l’allongement des études et des débuts de carrière de plus en plus précaires, on peut mettre du temps à avoir une situation que l’on juge suffisamment stable -matériellement et affectivement – pour accueillir un enfant.

Et malgré les progrès de la médecine, il y a une réalité qui ne change pas : la fertilité naturelle décline après 35 ans. Le taux de conception à 12 mois est de 75,4% à 30 ans, de 66% à 35 ans et de 44,3% à 40 ans.

C’est-à-dire qu’à 40 ans, moins d’une femme sur deux réussira à tomber enceinte après un an de rapports sexuels réguliers, alors que trois-quarts des trentenaires y parviennent.

Le temps nous est réellement compté

Et si l’horloge biologique n’est qu’une métaphore (nos utérus ne font pas tic tac passés 35 ans), le temps nous est réellement compté. Et cette baisse de la fertilité peut inquiéter les indécises.

Non seulement, tu dois prendre cette décision ô combien importante en ton âme et conscience, en tentant de résister aux pressions extérieures, mais en plus, tu dois le faire en un temps limité…

L’autoconservation des ovocytes par vitrification (aussi appelée congélation, en référence à l’ancienne méthode de conservation) est une des pistes pour éloigner cette épée de Damoclès et gagner cinq ou dix années de répit.

En vitrifiant suffisamment d’ovocytes de bonne qualité avant 35 ans, on peut ensuite espérer donner naissance à un enfant via une fécondation in vitro, après ses 40 ans. Tout en gardant en tête que les risques associés à une grossesse augmentent avec l’âge.

Pour l’instant, cette procédure d’autoconservation reste interdite en France, sauf cas particuliers : maladies affectant la fertilité comme l’endométriose, avant un traitement par chimiothérapie, ou dans le cadre d’un don d’ovocytes qui permet d’en conserver une partie pour son propre usage…

D’autres pays européens – comme la Belgique et l’Espagne- l’autorisent moyennant plusieurs milliers d’euros. Plusieurs voix se sont élevées ces derniers mois pour demander à la France de s’aligner sur la pratique de ses voisins, notamment celle de la chanteuse Lorie, dans une tribune sur le Huffington Post. Pour l’instant, le gouvernement ne s’est pas prononcé sur le sujet.

L’égoïsme n’a rien à voir là-dedans

Il y a des dizaines de raisons pour ne pas vouloir être mère : convictions écolo, sentiment de ne pas être prête, de ne pas avoir trouvé le bon coparent, de ne pas avoir les moyens matériels ou affectifs d’accueillir un bébé, de ne pas avoir envie de reproduire des schémas familiaux toxiques, envie de se réaliser autrement, etc.

Mais je ne pense pas que l’égoïsme supposé de celles qui ne veulent pas d’enfants ait grand chose à voir là-dedans. Personne ne renonce à la maternité juste pour conserver ses grasses matinées (même si ça peut être une raison tout à fait valable) !

Avoir suffisamment réfléchi à ses aspirations profondes, à son couple, à son environnement et prendre la décision de ne pas avoir d’enfants malgré le prix social que l’on devra payer et les jugements que l’on devra supporter, voilà qui révèle plutôt selon moi courage, lucidité et altruisme. En attendant que cela devienne peut-être, un jour, un choix comme un autre.

Pour aller plus loin :

Tu peux lire l’excellent livre de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, et notamment le chapitre 2 qui parle du refus de la maternité. (À trouver chez ton libraire préféré, via le site Place des libraires par exemple ou sur le site de la Fnac).

Tu veux qu’on te lâche l’utérus ? À moins que tu n’aies jamais ressenti cette pression sociale ? Dans tous les cas, viens en discuter dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

5 Fev 2019, à 20:39
Je trouve que c’est vraiment un article très chouette et c’est bien de parler de ce questionnement
J’ai toujours su que je voulais des enfants un jour et quand mon fils est arrivé ma mini tornade ça a vraiment changé ma vie
Mais je respecte totalement les gens qui je veulent pas d’enfants homme ou femme
En plus je veux pas passer pour une mauvaise mère” ( a quand le topic sur tous les préjugés de la société envers les femmes) mais les enfants c’est épuisant
Ma conscience ecolo est en contradiction avec mon désir d’enfants et j’en suis consciente
Après cette envie/ ou non envie ne devrait pas s’expliquer c’est tellement propre à chacun
Je me permets juste de dire que tout le monde a le droit de changer d’avis dans un sens comme dans l’autre rien n’est gravé dans le marbre
 
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