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Avec le procès Daval, les féminicides reviennent sur le devant de la scène

Trois ans après la découverte du corps carbonisé d’Alexia Daval qui avait bouleversé la France, le procès de son époux, Jonathann Daval, s'ouvre ce lundi 16 novembre devant la cour d'assises de Vesoul. Au-delà du fait divers, l'affaire Daval est devenue en France un symbole des violences conjugales et des féminicides.

Temps de lecture : 2 minutes

Cent-quarante six. En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon. Soit 25 de plus que l’année précédente, selon les derniers chiffres officiels.

Alors que la France confinée enregistre une hausse de 16% des violences conjugales, le procès d’Alexia Daval, emblématique des cas de féminicides, s’ouvre aujourd’hui, le 16 novembre 2020, devant la cour d’assise de Vesoul.

Après sa disparition, le 28 octobre 2017, le corps de la jeune femme de 29 ans avait été retrouvé calciné à Esmoulins, en Haute-Saône.

Son mari, Jonathann Daval, avait rapidement signalé sa disparition, s’affichant en larmes devant les médias.

Trois mois plus tard et alors qu’il se trouvait en garde à vue, Jonathann Daval est passé aux aveux.

Il aurait étranglé sa femme, l’aurait habillée en joggeuse et transportée dans sa voiture, pour faire croire à un meurtre à l’initiative d’un badaud. Cette affaire qui a suscité beaucoup d’émoi est devenue le symbole des féminicides en France.

Un terme réfuté par les avocats. Un féminicide, c’est tuer une femme parce qu’elle est une femme. « L’affaire Daval, ce n’est pas du tout cela », affirme à l’AFP Randall Schwerdorffer avocat de Jonathann Daval.

Une stratégie de défense qui lui a attiré la colère des féministes, d’autant plus que le terme « féminicide » n’existe pas dans le code pénal.

126 000 femmes victimes de violences conjugales

Hasard du calendrier ou pas… Le procès s’ouvre le jour de la publication des chiffres concernant les violences conjugales par le ministère de l’intérieur.
En un an, les violences conjugales ont augmenté de 16%, selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité ». En 2019, la France a enregistré un peu plus de 142 000 victimes de violences commises par leur partenaire, dont près de 126 000 femmes.

Autre chiffre alarmant, la hausse du nombre de morts de violences au sein du couple. Il y a eu 173 victimes en 2019 (contre 149 en 2018) dont 146 femmes mortes sous les coups de leur conjoint. Une augmentation glaçante qui s’explique par le contexte sanitaire actuel.

En effet, d’après le rapport publié par le ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, lors du premier confinement, le nombre d’appels reçus par le service d’écoute des victimes de violences conjugales (3919) a bondi d’environ 400%.

Selon, la mission interministérielle pour la protection des femmes (MIPROF), ce chiffre révèle une aggravation des faits de violence plutôt qu’ un déclenchement de nouvelles violences dans des couples non concernés avant le confinement.

Cette hausse des signalements est liée à une grande mobilisation de l’entourage et du voisinage.

Des annonces, mais pas de budget

Par ailleurs, si le confinement a permis d’augmenter significativement le nombre de signalements, celui-ci n’a pas permis, faute de moyens financiers, d’apporter des solutions pérennes aux victimes telle qu’un logement.

Deux ans après le Grenelle des violences conjugales, les associations dénoncent un budget quasi inexistant.

C’est bien beau de décrocher le téléphone, mais ça ne suffit pas si on ne peut pas apporter de solutions à ces femmes en situation de danger.

Aujourd’hui par manque de moyens, les femmes sont condamnées à rester dans un foyer où elles risquent leur vie.

À lire aussi : Comment aider une proche victime de violences conjugales

En 2020, avec deux confinements et sans action du gouvernement, difficile de ne pas imaginer que le nombre de féminicides augmentera de manière exponentielle.

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Le dernier commentaire

17 Nov 2020, à 20:03
Malheureusement, la hausse de nombres de signalements va toujours de pair avec une augmentation effective des cas de violences, il est donc illusoire de se raccrocher à l'espoir que ce soit dû à un taux de dénonciation qui augmente.:erf:
Comme mentionné par @MrB, il n'est absolument pas automatique qu'une hausse des signalements soit le témoin d'une hausse effective des faits, notamment de violences (NB : cela peut bien sûr arriver !). C'est un point à prendre en compte pour les statistiques de la criminalité en général, ainsi que pour les violences de genre en particulier.

En effet, les signalements aux services de police/gendarmerie ne dépendent pas uniquement du nombre de faits effectifs mais également de tout un autre ensemble de facteurs (libération de la parole, obstacles lors du dépôt de plaintes/signalement, acteurs qui peuvent au contraire l'encourager, évolution dans la manière de comptabiliser les statistiques dans les services de sécurité etc.).

Pour prendre un exemple pour les violences au sein du couple, voici le nombre de victimes d'après l'enquête CVS (estimation du nombre de victimes - qu'elles aient signalé les faits aux services de police/gendarmerie ou non) :
CVS couples.png
Entre 2017 et 2018 le nombre de plaintes pour violences conjugales auprès des services de police/gendarmerie a augmenté de 10%, alors que les estimations du nombre de victimes ont baissé de 7% sur la même période.
 
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