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Notre maison de vacances, théâtre des pires horreurs

Cette Rockie nous partage une partie des vacances d'été de son enfance en famille, passées avec un cousin violent, qui s'est avéré être capable du pire.

Temps de lecture : 6 minutes
Cet été, nos secrets de famille sont à l’honneur sur Rockie ! Pendant 8 semaines, tu pourras retrouver un nouveau témoignage tous les mercredis sur le poids des secrets et leurs conséquences. Tu peux retrouver aussi tous les épisodes précédents de notre série de l’été. 

Le secret prend racine dans la maison de vacances familiale, villa au bord de la plage sur une île de l’Atlantique. La grand-mère, mes parents, leurs frères et soeurs ainsi que leurs enfants, mes cousins et cousines, nous retrouvions tous là-bas pour de longs étés mémorables.

En tout point, c’était pour moi le paradis ! Seulement, j’ai appris bien plus tard, peu avant que ma grand-mère ne se décide à vendre la maison, que des choses beaucoup moins belles avaient pu s’y passer.

La rupture de nos familles

Un jour, une tante était passée nous voir, non pas à la plage mais dans notre vraie maison, accompagnée de son fils et sa fille, pour « avoir une explication » avec mes parents et mon grand frère.

Je n’ai pas tout de suite compris de quoi il s’agissait, et puis j’étais très jeune à cette époque, les grandes personnes ne voulaient rien me dire.

Cela faisait quelques années déjà que cette tante et mes parents s’étaient disputés, qu’on ne les voyait plus à la maison de la plage.

Plus tard, en grandissant, j’ai demandé à ma mère pourquoi on ne les fréquentait plus. C’était notre famille, j’aimais bien ma cousine, elle me manquait et j’aurais voulu la revoir.

Ma mère était toujours très évasive à ce sujet, prétextant que c’était des soucis de grandes personnes, que cela ne me concernait pas.

Ma curiosité grandissait à mesure que les années passaient sans que je ne revoie ces cousins ni cette partie de la famille. Je voulais savoir pourquoi, oui, POURQUOI il y avait ce silence chez les miens,  pourquoi il y avait eu cette rupture avec ma tante et ses enfants.

Je devais avoir une quinzaine d’années lorsqu’enfin j’ai été mise dans la confidence. J’avais pris ma mère à part, lui posant innocemment la question de pourquoi on ne voyait plus ces cousins. Et puis, le pourquoi de leur visite impromptue un jour à la maison.

Ma mère et moi sommes plutôt proches, peu de sujets sont tabous entre nous. Elle me parle sans gêne de ses souvenirs d’enfance, de sa relation avec mon père ou avec sa famille. Ce sont des échanges riches et elle prend souvent plaisir à me les conter.

Cette fois, son ton était moins jovial, et je la sentais beaucoup moins à l’aise que d’ordinaire.

Après ma question, elle a marqué une pause. Peut être se demandait-elle s’il était temps que je sache la vérité. Et enfin, elle m’a tout expliqué.

Il fallut encore des années pour que je puisse enfin apprendre le secret. Ce secret inavouable à un enfant, cette vérité qui fâchait, qui déchirait la famille, qui avait même poussé la grand-mère à tirer un trait sur cette maison.

Ce secret de famille horrible dévoilé

Il y avait ce cousin, le fils de ma tante. Un garçon souvent violent envers mes frères et moi, mais avec lequel on passait des journées entières à creuser des châteaux de sable ou pêcher à l’épuisette des merveilles dans les algues.

Il était plus grand que nous, car un peu plus âgé. Parfois, il abusait de sa force dans des éclats de violence envers sa petite soeur, toute chétive à côté de lui.

Ce cousin, il violait mon grand frère.

C’est long, un été, et on passait toutes nos vacances dans la maison familiale. Quand on rentrait d’une journée à plage, couverts de sable de la tête aux pieds, on passait tous prendre une bonne douche avant d’enfiler un pyjama, et de retourner fissa jouer avant le dîner.

Avec une dizaine d’occupants dans la maison, l’eau chaude était vite épuisée, donc pour économiser un peu, les adultes avaient trouvé bon que les enfants se douchent ensemble. Je me lavais avec ma cousine, mes deux frères avec le cousin.

Ma mère m’a décrit comment mon grand frère était venu lui parler un été. Il devait avoir à peine dix ans, c’était le temps des vacances dans la grande maison, comme à l’accoutumée. Il lui avoua qu’il ne voulait plus prendre sa douche avec le cousin.

Il en avait marre des jeux dans la douche, il n’aimait pas ça. Et le cousin lui faisait peur, il n’était pas assez fort pour lui dire d’arrêter — ou peut-être le faisait-il, mais sans succès.

Choquée, maman lui demandait quels étaient ces jeux bizarres dans la douche. Il lui expliqua alors, avec ses mots d’enfants, que l’autre s’amusait à lui enfoncer son zizi dans les fesses.

Le viol de mon frère, et sa reconstruction

Je suis restée scotchée. Net.

Je ne sais plus si j’ai dit quelque chose à ma mère une fois qu’elle eut fini. Il me semble qu’elle m’a demandé si le cousin m’avait touchée un jour, moi aussi.

J’étais encore plus jeune que mon grand frère à cette époque, et honnêtement, je n’en sais rien. J’espère que non, ou que j’ai oublié. Le fait est que mon frère lui, n’a jamais eu la chance de pouvoir oublier.

Je me doutais bien qu’il s’était passé quelque chose de grave entre nos deux familles, mais je m’imaginais qu’il s’agissait d’histoires d’argent, ou autre problème d’adultes. J’étais vraiment loin de la vérité, et cela m’a perturbée davantage.

Je ne comprenais pas comment cela avait pu être possible. Pourquoi en était-il venu à faire ça à mon frère, d’où lui venait cette pulsion ?

Et mon frère dans tout cela, comment le vivait-il ? Il n’avait qu’une petite dizaine d’années à l’époque. Je ne sais pas comment il a survécu à cela quand c’est arrivé. Sa scolarité a été un peu compliquée, il n’a jamais vraiment excellé en cours, et à l’adolescence, il s’est très vite mis à fumer

J’ai mis longtemps après la « révélation » à lui demander comment il allait.

J’ai de très bons rapport avec mes frères. Surtout avec le plus grand, on discute ouvertement de tout et c’est naturellement qu’il s’est ouvert à moi quand j’ai abordé le sujet.

Il m’a dit lui en vouloir, à ce cousin. Plus que tout. Que depuis ces faits, sa sexualité en est dérangée, qu’il a du mal à se fier aux gens. Ces souvenirs et d’autres choses dans sa vie ont fait de lui un adulte sensible mais tourmenté.

Je ne crois pas qu’il lui a ne serait-ce qu’adressé un mot depuis, que ce soit par message, lettre ou coup de fil. Et s’il le revoit aujourd’hui, je n’ose pas imaginer ce qu’il pourrait se passer…

Notre vie de famille après ce drame

Après cette confidence de mon frère à ma mère, les rapports se sont énormément détériorés avec notre tante, la mère du cousin en question. Elle et ses enfants ne sont plus revenus à la maison de la plage. Il y eu quelques Noël en famille je crois, mais le cousin restait à l’écart.

C’était sûrement une règle, un contrat qui le forçait à rester loin de nous.

Ce fameux jour où la tante est passée à la maison, j’ai cru comprendre que c’était pour régler les comptes.

Mes parents étaient dans une telle rage, j’imagine qu’ils ont pensé à porter plainte. Mais en définitive ils ont décidé de garder cela secret, tout en coupant définitivement les ponts.

Pour protéger mon frère ? Ne pas faire de scandale ? Je l’ignore. On n’en parle jamais avec mes parents, cela demeure un secret.

Cela fait plus donc plus de dix ans qu’il ne circule aucune nouvelle entre ma tante, ses enfants, nous et ma grand-mère. La maison a été vendue. D’autres histoires sordides y sont sûrement rattachées, bien qu’elle reste dans mes souvenirs un havre de paix.

Je me sens chanceuse de lui avoir échappé, mais j’ai peur de l’homme qu’a pu devenir ce cousin. J’ai, de mon côté, essayé de recontacter ma cousine lorsque j’ai quitté la maison pour mes études. Je me suis dit qu’après tout, elle n’y était pour rien, et avait peut-être subi des choses aussi en le côtoyant quotidiennement…

Pour l’heure, malgré quelques échanges, nous n’avons toujours pas pu nous revoir. Et si cela se fait un jour, je ne sais pas si on en parlera.

Quant au cousin, je ne sais pas du tout ce qu’il devient. S’il s’est calmé avec le temps, s’il a pris conscience de la gravité de ses actes… Je ne sais pas.

J’ai déjà parlé de ce secret à des amis proches, lors de confidences. Toutes les familles ont des secrets, plus ou moins honteux. Je vous ai livré le mien, et je pense vivre assez bien avec. Parfois je repense à cette époque avec nostalgie, et puis j’essaie d’y trouver des clefs pour comprendre.

Je suis triste d’avoir perdu cette merveilleuse maison, mais je comprends qu’elle incarne trop de griefs pour une partie d’entre nous et que c’est sûrement mieux ainsi. Pour moi, ce secret est comme une ombre dans une enfance paisible. Pour mon grand frère c’est autre chose, bien évidemment.

Que faire en cas de découverte d'un inceste sur mineur

Selon la Haute Autorité de Santé, près de 2 millions d’adultes pourraient avoir été victimes d’inceste pendant leur enfance. L’inceste sur mineur serait gravement sous-déclaré. 90% des incestes ne seraient pas signalés à la justice.

L’enfant victime d’inceste dénonce difficilement les faits dont il est victime, notamment :

  • par crainte des représailles de l’agresseur
  • par crainte des conséquences sur sa famille,
  • par méconnaissance de la nature exacte des faits commis.

Si tu as été victime ou que tu as connaissance de faits contre un mineur de ton entourage, de nombreuses associations peuvent donner des ressources et des aides pour agir, comme L’Enfant Bleu ou La voix de l’Enfant. 

À lire aussi : Les violences sexuelles dans l’enfance et leurs conséquences à long terme

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Le dernier commentaire

6 Août 2020, à 16:03
@LuLa
Disclaimer : je ne suis pas juriste, je connais juste très bien Légifrance, donc ce que je dis resterai à vérifier auprès d'un avocat

Dans le cas d'un viol sur mineur tu as jusqu'à trente ans après ta majorité pour porter plainte, donc jusqu'à tes 48 ans, au delà c'est préscrit. 1994 c'était il y a 26 ans, donc en fonction de l'âge de la victime au moment des fait, ils sont peut être déjà prescrit, malheureusement (si la victime a eu 18 ans en 1990 par exemple).

Si ils ne sont pas encore prescrit, il faudrait vérifier si la loi n'a pas un pouvoir rétroactif, c'est rare, mais dans le cas des crimes ça ne me paraît pas deconnant que ce soit le cas, à confirmer donc.
 
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