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Avorter 3 fois m’a remplie de honte et de culpabilité

Solène a 32 ans, elle a avorté à trois reprises et y a toujours associé beaucoup de honte, de culpabilité, de tristesse et de douleur. Aujourd'hui elle a décidé d'en parler pour briser le tabou de l'avortement, sur Rockie et via son compte Instagram Un tiers des femmes.

Temps de lecture : 9 minutes

À la moitié du mois de mai, juste après le début du déconfinement, j’ai vu fleurir sur Instagram un compte au nom qui m’a interpellé : Un Tiers des Femmes.

En cliquant pour en savoir plus, j’y ai lu la mention « Moi aussi j’ai avorté », et la bio informative qui justifiait ce nom intrigant :

1/3 des femmes avortent au moins une fois dans leur vie.

Libérer ma parole, ta parole, notre parole.

Création d’un podcast.

Je me suis empressée de contacter Solène, créatrice de ce compte de libération de parole autour de l’avortement et de la honte qui peut en découler, pour en savoir plus sur son vécu et sur son initiative.

Les femmes et l’avortement en France

Selon une étude du Ministère des Solidarités et de la Santé, en 2018, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) s’élevait à 224 300, un chiffre supérieur de 3% par rapport à 2017.

Ce qui équivaut à 15,4 IVG pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans résidentes en France entière (métropolitaine et outre-mer), et à un avortement pour un peu plus de 3 naissances.

Selon cette même étude, depuis 2001, le nombre d’IVG varie chaque année entre 215 000 et 230 000.

Le chiffre du compte Instagram @untiersdesfemmes est bien exact, en France, 1/3 des femmes auront recours à une IVG au moins une fois dans leur vie, et derrière ces chiffres, il y a des êtres humains confrontés à des procédures parfois douloureuses, des femmes parfois soumises à un tabou qui persiste autour de l’IVG.

C’est le cas de Solène, 32 ans, diplômée pour exercer la profession d’avocate avant de changer de voie pour se tourner vers le développement personnel et le yoga, qui a eu trois fois recours à une IVG, par aspiration et par voie médicamenteuse.

La création de ce compte Instagram, murement réfléchie pendant toute la durée du confinement pendant laquelle Solène s’est retrouvée face à elle-même, répond à deux envies :

  • celle d’entendre les histoires d’avortement des femmes dans une société qui impose le tabou et le silence,
  • celle de briser globalement le tabou autour de l’avortement.

La honte et la culpabilité liées à l’avortement

Avant qu’elle ose s’exprimer sur son expérience de l’IVG dans des cercles de femmes bienveillants, puis sur le compte Instagram Un tiers Des Femmes, Solène a traversé un long processus,  qui est toujours en cours :

« Suite à cette remise en question professionnelle et personnelle, je me suis beaucoup intéressée aux cercles de femmes.

J’ai lu le livre de Camille Sfez, La Puissance du Féminin, dans lequel elle parle des cercles de femmes et des blessures du féminin. Pour la première fois, je lisais quelque chose sur l’avortement, sur la possibilité de pouvoir en parler.

Dès que j’ai pu, je me suis inscrite à un cercle de femmes avec Camille et dès ce premier cercle, je voulais parler de mes avortements mais les mots ne venaient pas.

J’avais honte, honte d’avoir avorté, honte d’en parler et j’avais peur, peur de blesser les autres femmes… Ce n’est qu’au bout d’un an que j’ai réussi à évoquer mes avortements en cercle.

Puis j’en ai parlé une fois, puis deux, puis trois.

J’ai parlé de ma honte, de ma culpabilité et très rapidement, je me suis rendu compte que plus j’en parlais plus je réalisais que je n’étais pas seule et que beaucoup de femmes avaient avorté autour de moi sans que je le sache.

Très vite, je me suis sentie soutenue et encouragée par les femmes autour de moi. Petit à petit le silence a fait place à la parole et à l’échange.

Puis pendant le confinement, je me suis retrouvée seule chez moi et face à moi-même. J’ai remarqué que mes avortements n’étaient pas « guéris » et que la souffrance que j’y avais attaché venait me chercher.

Je crois aussi que les différents mouvements de libération de la parole des femmes des dernières années et mois m’ont encouragé à oser raconter mon histoire. »

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Ne pas apparaître. . Après mes avortements, je me disais : « j’ai tué mes enfants ». . Et cela me rendait profondément triste. . Alors que c’était MON CHOIX d’avorter. . J’y avais réfléchis, je l’avais ressenti dans mon cœur et dans mon corps. . Puis, j’ai réalisé que j’avais intégré consciemment ou inconsciemment la honte et la culpabilité que notre société patriarcale et judéo-chrétienne voulait que je ressente. . Or, l’avortement a toujours existé et les femmes l’ont toujours pratiqué. . Donc aujourd’hui, j’essaie de m’en libérer pour m’autoriser à redéfinir ce que je me dis : . « Ces âmes ne sont pas apparues ». . Et c’est OK. . 🤍 . #moiaussijaiavorté #avortement #ivg #mavoixcompte #mybodymychoice #feminisme #cerclesdefemmes #sororité

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Avorter trois fois à l’âge adulte : le témoignage de Solène

Les trois fois où Solène est tombée enceinte, il s’agissait de grossesses non-désirées.

Même si elle a toujours été persuadée qu’elle ne voulait pas d’enfant, une fois connectée à son corps et à sa capacité à donner la vie, la décision d’interrompre ses grossesses a été plus difficile à prendre que prévu :

« J’ai avorté trois fois, une fois par aspiration et deux fois par voie médicamenteuse, respectivement en 2014, 2017 et 2019, quand j’avais 27, 29 et 32 ans.

J’étais prise entre deux sentiments : la joie de savoir que je pouvais donner la vie et que ça se matérialise dans mon corps et la tristesse de savoir l’issue avant même d’y avoir réfléchi.

Car je me suis toujours dis que si je tombais enceinte et que ce n’était pas désiré, j’avorterai. Facile à dire quand je ne savais pas de quoi je parlais.

Ma première grossesse et ce premier avortement m’ont beaucoup fait réfléchir.

Je ne savais pas si je voulais avorter, une partie de moi était si heureuse d’être enceinte, je connectais et percevais quelque chose que je ne pensais pas avoir en moi, une espèce d’instinct maternel, une envie d’être mère.

Jusqu’alors j’avais toujours revendiqué que je ne voulais pas d’enfants mais une fois enceinte les choses étaient évidemment différentes.

Je ressentais beaucoup la pression de mon entourage qui me disait que « c’était sur que j’allais avorter » vu ma situation (démission, retour chez les parents, reprise d’études).

Ce qui a déterminé mon choix est que je n’avais pas grand chose à offrir à cet enfant si je l’accueillais, j’avais l’impression d’avoir encore tellement à faire. »

En plus d’une décision difficile à prendre, Solène raconte un vécu assez traumatique du déroulement de son premier avortement par aspiration :

« J’étais à 8 semaines d’aménorrhée (absence de règles), j’ai donc avorté par aspiration et sous anesthésie générale.

J’ai avorté dans une maternité, je me souviens que les infirmières avaient des blouses roses, que nous étions 4 ou 5 dans une grande chambre, l’ambiance était pensante.

Nous passions les unes après les autres. Je me souviens m’être endormie les jambes écartées les pieds sur des étriers et m’être réveillée les jambes fermées portant une espèce de couche.

Certaines femmes pleuraient dans la chambre et je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi. Le soir même, comme la veille, à mon tour je pleurais. J’étais triste et traumatisée.

Au-delà de mon choix, j’étais traumatisée par l’acte en lui-même, par la difficulté du parcours pour avorter, les regards, les remarques, les sites anti-IVG encore très présents à cette époque. »

Après l’épreuve d’une première grossesse non-désirée et d’un premier avortement, retomber enceinte a été un véritable choc pour Solène et a généré une honte décuplée :

« Quand j’ai été enceinte de nouveau, j’ai pleuré, je ne comprenais pas comment j’avais pu encore et encore me retrouver dans cette situation.

J’avais honte, terriblement honte… comme si j’avais raté quelque chose. Je me sentais conne, comme une enfant qui n’apprend pas de ses erreurs.

Tout de suite, je me suis mise en pilote automatique, pour régler la situation au plus vite, sans trop réfléchir à ce que je pensais. Les deux autres fois, dans la semaine après avoir appris que j’étais enceinte, j’avais déjà avorté.

Comme si tout ça n’avait pas eu lieu.

Au-delà de l’aspiration que je ne voulais pas revivre, je ne voulais surtout pas sentir mon corps se modifier, mes hormones me dominer…

À chaque fois, les démarches ont été compliquées. Je me rappelle avoir souvent pensé que, malgré le droit d’avorter en France, la réalité est une galère. Je ne comprenais pas pourquoi c’était si complexe.

Ma gynécologue habituelle ne s’occupait pas des avortements et donc à chaque fois j’ai dû aller consulter d’autres soignants. Je me rends compte maintenant que je ne savais pas vraiment où m’adresser (j’habite en banlieue dans le 93).

J’avais le sentiment d’être livrée à moi-même et de ne pas savoir où aller. J’avais peur d’être jugée et ça n’a pas manqué.

On m’a demandé pourquoi je n’utilisais pas le DIU qu’on m’avait prescrit (mais que je n’avais pu poser à cause d’infections urinaires à répétitions), et la pilule ?

J’ai vu différents gynécologues mais comme ils avaient tous accès à mon dossier, ces hommes m’ont tous reposé les mêmes questions.

À mon troisième avortement, j’ai demandé à être suivie par une femme qui m’a prescrit des médicaments mais a refusé de me faire un arrêt de travail alors qu’à ce moment là j’étais vendeuse et donc debout toute la journée…

Globalement, je me suis sentie mal, triste, en colère et profondément seule avant, pendant et après.

Pendant, je me suis sentie triste, jugée, bête, infantilisée… J’ai le sentiment de ne pas avoir été écoutée. À aucun moment, on ne m’a demandé comment j’allais ou comment je me sentais. »

Incompréhensions, honte, colère, tabou et tristesse après plusieurs avortements

Solène me raconte la complexité des ressentis qu’elle a eu au fur et à mesure de ces grossesses et de ces interventions :

« Après l’IVG, et à chaque fois, j’ai ressenti un énorme soulagement que ce soit fini et une grande tristesse, couplé à la honte et à la culpabilité.

Je me sentais aussi en colère que ça se soit encore mal passé, qu’une fois encore je n’ai pas réussi à assumer, à vivre les choses différemment, à m’imposer et à me faire respecter.

Aujourd’hui je ressens également beaucoup d’incompréhension… Je ne comprends pas, est-ce qu’il n’y a que moi pour qui ça se passe mal ? Pourquoi c’est si difficile d’avorter en France alors qu’on se targue d’avoir la loi Veil ?

Pourquoi avorter dans des maternités ? Ou seules chez nous ? Comme s’il ne fallait pas voir, pas s’occuper des avortements ? Pourquoi ne pas parler de la souffrance émotionnelle que ça peut engendrer MÊME SI c’est mon choix ?

Pourquoi ne pas parler des souffrances physiques qu’on peut vivre à ce moment là ou après ? Quid des violences gynécologiques pendant l’avortement ? »

Toutes ces émotions et traumatismes ont été augmentées par son incapacité à se sentir légitime de parler de son vécu à cause du tabou autour de l’intimité des femmes et de l’avortement.

Seule, avec le sentiment d’être abandonnée à la fois par le corps médical et ses proches, cette solitude a renforcé son mal-être :

« Je ne me suis pas sentie du tout à l’aise de parler de mes expériences de l’avortement, avant, pendant et après. Je me suis à chaque fois sentie dans une profonde solitude et jugée.

La première fois que je suis tombée enceinte, mes proches ont tout de suite présumé que j’avorterai, comme si c’était une évidence pour eux vue ma situation, alors que cela ne l’était pas forcément pour moi.

La deuxième fois quand je suis tombée enceinte de nouveau, les premières remarques que j’ai eues ont été « tu es super fertile » et « il va falloir te faire un cours sur la contraception ».

J’avais plutôt envie d’être écoutée et rassurée, qu’on me dise que ce n’était pas si grave.

La troisième fois, j’en ai encore moins parlé, de peur de me faire encore plus juger (ce qui est quand même arrivé).

Je pensais que je pourrais le vivre différemment cette fois-là (et j’ai essayé) mais au final c’était peut-être une des fois les plus difficiles car j’ai énormément souffert physiquement.

Globalement, j’en ai parlé qu’aux personnes très proches de moi mais je me suis quand même sentie dans une profonde solitude. Le plus difficile pour moi a été de demander du soutien car je ne savais pas de quoi j’aurais eu besoin.

Certaines de mes amies attendaient que je les contacte si j’avais besoin d’elles, mais dans ces moments-là, je me sentais prise entre l’envie d’être soutenue et l’envie d’être seule.

J’avais envie qu’on s’occupe de moi même si je n’osais pas le demander, j’avais peur de déranger. »

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PAS DE CULPABILITÉ. . Souvent quand il est question d’avortement, il est question de culpabilité. . Je me suis sentie (et peut-être encore) très souvent coupable. . Mais coupable de quoi ? . Selon le dictionnaire Larousse, la culpabilité est « le sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire ». . Je m’interroge. . Quelle faute aurais-je commis ? . Celle d’avoir des relations sexuelles ? . Celle de tomber enceinte ? . Celle d’avorter ? . Celle de me choisir ? . Selon certains psychologues, la culpabilité impliquerait également le désir de punir. . C’est en regardant le reportage « Le monde en face, Avortement le prix à payer » sur France5 que j’ai compris. . Les mots d’un médecin (dont ce n’est pas le point de vue) m’ont frappé : . « Il ne faut pas que ce soit si simple d’avorter parce qu’il faut que les femmes se rendent compte. Et là on retrouve le poids moral, négatif de l’avortement, etc… Faut que ce soit compliqué, il y a le côté on va punir, on va punir les femmes » . Je ne me laisserai pas punir. . Je ne suis pas coupable de mon choix. . L’avortement est un droit. . Et vous, sentez-vous coupable d’avoir avorté ? . #moiaussijaiavorté #avortement #avortementlesfemmesdécident #ivg #ivgstory #pasdeculpabilité #moncorpsmonchoix #liberté #monuterusmonchoix #droitdesfemmes #ivgmoncorpsmondroit

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Dans tout ce processus, Solène a tenu à parler de ses partenaires, qui ont malgré tout joué un rôle et eu une place dans toutes les épreuves qu’elle a traversé :

« Je n’ai rien dit au partenaire de ma première grossesse car nous venions de nous séparer, je n’osais pas, j’avais peur qu’il influence ma décision. Je l’ai beaucoup regretté.

Puis, je lui ai finalement partagé quelques mois après et il l’a très bien pris m’indiquant que j’avais fait ce que je pensais être juste et qu’il ne m’en voulait pas.

Quand au partenaire de mes deux autres grossesses, ça été plus compliqué. Je lui ai dit à chaque fois mais pour lui avoir un enfant était une décision que nous n’avions pas prise et ce même s’il disait que c’était mon choix.

Les deux fois, il a été absent. »

Libérer la parole et briser le tabou de l’avortement

Oser parler pour permettre à d’autres de parler, libérer la parole autour de l’avortement, savoir si d’autres femmes ressentent cette honte et cette culpabilité pour se sentir moins seules, accueillir la diversité des ressentis des femmes face à l’avortement, que chacune puisse trouver du soutien en traversant ces épreuves…

Les motivations de Solène dans la création de son compte Instagram Un tiers des Femmes sont multiples et toutes importantes, et elle espère que son long parcours d’acceptation pourra profiter à d’autres femmes :

« J’ai souffert du tabou de l’avortement de plein de façons. Je me souviens qu’au début je n’osais même pas écrire le mot avortement ou IVG, et je demandais à mes copines quand elles m’en parlaient par message de le dire autrement.

Je me rends compte maintenant que c’est complètement absurde.

J’ai beaucoup menti aussi quand j’annulais des rendez-vous après mes avortements car je n’avais envie de voir personne, je n’osais pas dire que j’étais triste ou fatiguée.

Même aux différents médecins qui me suivent, je ne sais pas s’il faut le dire ou pas.

En fait, pour moi le tabou est partout car en soi on ne parle jamais d’avortement, il n’y a pas de lieu ou de moment pour recevoir ces paroles. Même avec des amies qui avaient avorté à l’époque on en avait peu parlé.

Même à mes psychologues, j’en ai peu parlé.

J’ai peur de me faire juger car, au final, si je suis tombée enceinte, c’est parce que je ne me protège pas assez ou mal donc c’est ma faute quelque part.

C’est tout ça que ça me renvoie. »

Si tu as vécu une expérience d’avortement similaire ou complètement différente de Solène, je t’invite à aller t’abonner à son compte Instagram et à en parler à tes proches qui pourraient être concernées !

Solène recherche des témoignages de femmes et d’hommes (dans un second temps) pour leur donner la parole via un potentiel podcast, mais aussi pour, peut-être, organiser des cercles d’écoute et de parole autour de l’avortement.

Soutenir, parler, échanger, c’est toujours une précieuse idée.

À lire aussi : J’ai décidé de faire une IVG à 29 ans, alors que j’ai un couple et un boulot stable

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Le dernier commentaire

7 Juil 2020, à 14:50
Merci pour cette initiative !
Personnellement, je continue à ressentir de la tristesse et de la culpabilité 5 mois après mon avortement, même si je vais de mieux en mieux.

J'ai eu tellement de difficultés à trouver des espaces de parole, des témoignages, des sites internet, qui regroupent les ressentis des femmes ayant vécu un IVG. Que ce soit au moment de faire mon choix ou bien après, je ne suis tombé que sur deux types de ressources : les sites anti-IVG culpabilisant et les sites pro-choix banalisant l'acte et réduisant les témoignages de celles qui en ont souffert à une peau de chagrin. Je comprends la nécessité de défendre ce droit, mais je regrette que cela passe par le silence des femmes, alors que j'avais tant besoin d'entendre leurs vécus pour m'aider à avancer.

Aujourd'hui je vais un peu mieux, mais comme vous le confinement intervenu 1 mois seulement après mon IVG a été une épreuve. J'ai regretté mon choix, j'ai culpabilisé de regretter.

J'ai vécu cette expérience comme une injustice, moi qui avait tout fait "dans les règles" (stérilet en cuivre, réputé pour son efficacité), mais savoir qu'on fait partie des malchanceuses, c'est dur à encaisser.

Et puis j'ai ce désir d'enfant depuis déjà plusieurs années, je fantasmais en secret de tomber enceinte par accident de mon amoureux. Sauf qu'en fait quand c'est arrivé, à 25 ans, vivant dans une ville différente de lui, je me suis aperçu que le psychisme avait été plus fort que la contraception et mes désirs les plus fous auraient mieux fait de rester au stade de désir.

C'était trop tôt et pourtant je me sentais déjà mère. Pour mon compagnon c'était inenvisageable car les conditions logistiques n'étaient pas réunies pour accueillir un enfant. Nous n'avions jamais vécu ensemble, nous étions encore en attente de ma mutation pour prévoir d'emménager dans la même ville, bref le côté raisonnable des choses tendait vers l'IVG. Moi je vivais tout par le ressenti et mon premier instinct fut de vouloir continuer la grossesse. La réaction et les arguments de mon compagnon m'ont fait hésiter alors j'ai mis mon cerveau en mode automatique, mes émotions en off et je me suis lancé dans le grand bain. Prise de rdv au centre orthogénie de l'hôpital, consultation d'un médecin généraliste, échographie etc. Etc. Résultat : le stérilet avait bougé, passage obligatoire par la case ivg chirurgicale sous anesthésie générale.

J'ai signé les papiers, j'ai vu la psy de l'hôpital vant de prendre les médicaments qui interrompent la grossesse et puis voilà.
Je crois que je me suis réveillée de ce mode automatique 2 semaines après l'intervention. J'ai été prise de tristesse, de chagrin immense. J'en voulais à mon copain, j'en voulais à ma malchance, j'en voulais à mon héritage catholique qui me rajoutait un poids de culpabilité supplémentaire.
Au sortir du confinement je me suis ressaisie. De toute évidence je ne pouvais pas rester dans cet état alors j'ai rappelé l'hôpital et j'ai repris un rdv avec la psy. Cela m'a permis de mettre un mot sur mon mal-être : dépression réactionnelle.

Aujourd'hui ça va beaucoup mieux et je pense être sortie de ma phase dépressive grâce à mon amoureux, à mes parents et à mes amis. Mais aussi beaucoup grâce à moi-même. Je réalise que ce que j'ai surmonté m'a demandé un effort colossal et je suis fière de m'en être sortie. Je conserverai toujours une blessure au coeur, mais cette plaie cicatrise et ne me donne que plus de force pour avancer.
 
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