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J’ai fait un burn-out dans mon premier job

Pas besoin d'avoir vingt ans de carrière pour être concernée par l'épuisement professionnel ! Cette lectrice de Rockie, âgée de 25 ans, a fait un burn-out au tout début de sa vie pro, voici son histoire...

Temps de lecture : 4 minutes

Burn-out. Épuisement professionnel. Harcèlement moral. Les mots prononcés en mai 2018 par mon médecin traitant sont durs, mais sonnent à mes oreilles comme une libération. Je sais enfin ce qu’il m’arrive.

Depuis quelques mois, je n’allais pas bien… Prise de poids, envie de rien, fatigue, pleurs tous les soirs, voire crises de larmes… Au début, je pensais que ce n’était qu’un petit coup de blues, mais mon état s’est aggravé. Je voyais tout en noir ou en gris et je ne retrouvais le sourire que le week-end, enfin surtout le samedi puisque dès le dimanche matin, je savais que je devais reprendre le travail et l’angoisse me reprenait…

Mais commençons par le commencement : comment une jeune fille de 23 ans terminant son master 2 de droit des collectivités territoriales et venant de commencer sa vie professionnelle par un travail qu’elle aimait a pu sombrer dans ce magma noir ?

Les symptômes de mon burn-out : fatigue, boule au ventre et irritabilité

J’ai pris mon poste à l’automne 2017 et les premiers mois ont été vraiment intéressants : le job me plaisait, on n’avait pas de temps mort, l’ambiance était agréable.

Puis les fêtes de Noël sont arrivées, une période que j’adore habituellement, mais que j’ai abordé cette année là avec une fatigue très importante. Au début, je me suis dit que c’était normal, que les vacances me feraient du bien, que je pourrais me reposer et reprendre le travail tranquillement.

Mais dès la reprise, ça a été la descente aux enfers. Je rentrais le soir de plus en plus fatiguée. Mon trajet retour me semblait interminable. J’allais au boulot avec la boule au ventre. Chaque matin, je devais prendre 5 à 10 minutes sur le parking du travail avant de pouvoir passer la porte. Sur la fin, j’ai même failli faire une grosse bêtise…

Moi qui étais tout le temps joyeuse et souriante, je devenais irritable et je m’effondrais pour un rien. Le soir, je faisais des crises de larmes que seul mon conjoint arrivait à calmer. Je n’avais plus envie de rien, sauf de rester dans mon lit. Et mon conjoint mettait de plus en plus de temps à me sortir du lit le matin.

« Oh, ça va, tu ne vas pas craquer maintenant »

Lors d’un entretien professionnel avec ma cheffe de service en début d’année, j’ai fini par m’effondrer devant elle. Je m’étais tout de suite bien entendue avec elle, mais sa réponse lors de cet entretien m’a vraiment choquée : “Oh ça va, tu ne vas pas craquer maintenant, j’ai besoin de toi jusqu’en juillet au moins”. J’ai alors compris que mon état de santé ne préoccupait guère ma responsable.

J’ai continué à aller travailler jusqu’en mai. Je ne sais pas comment, mais j’ai tenu. Après une énième journée où tous mes dossiers se ressemblaient (un peu comme si j’étais dans une version contemporaine du film “Les temps modernes” de Charlie Chaplin), j’ai suivi le conseil de mon conjoint et pris rendez-vous avec mon médecin le vendredi après-midi.

Le jour J, je souhaite un bon week-end à mes collègues, je monte dans ma voiture et… c’est le trou noir. Impossible de me souvenir de comment je suis rentrée chez moi. Tout s’est fait mécaniquement.

Je me souviens seulement que j’étais dans le coin de mon plafond dans le salon en train de regarder une fille me ressemblant sur le canapé qui pleurait et répétait en boucle qu’elle ne voulait pas retourner au travail. Je ne sais pas vraiment comment décrire cette sensation. Mon psy m’a expliqué que le choc était tel que je me suis protégée.

J’entends mon conjoint arriver, me parler, mais je suis incapable de réagir. J’étais vidée, je n’étais plus là. Le médecin a été mon sauveur ce jour-là. Il me met en arrêt et sous traitement. Je sors du rendez-vous soulagée, comme si un poids venait de partir, légère. Le contrecoup m’a fait perdre 5kg (que j’ai rapidement repris) et mes règles qui avaient un retard de plus de 3 semaines (ce qui ne m’était jamais arrivé) se sont déclenchées.

À lire aussi : Comment savoir si je risque de faire un burn-out ?

Prendre la décision de démissionner après un burn-out dans mon premier job

À ce moment là, je pensais pouvoir tourner la page rapidement, que tout était fini. Mais que nenni !

Ma cheffe de service m’a appelé quelques semaines après pour m’informer que si mon arrêt était prolongé, elle serait obligée d’annuler les congés de mon collègue… Et ce ne fût pas le seul appel de ce genre de sa part. Dès que j’en recevais un, je faisais une crise de larmes.

J’ai alors décidé de suivre les conseils de mon conjoint et de démissionner, car la rupture conventionnelle n’existait pas à l’époque dans la fonction publique (Note de la rédac : c’est désormais possible depuis le 1er janvier 2020 !).

Ma démission a été acceptée pour le 1er juillet et je pensais donc que je serais enfin libre (oui oui comme Dobby) ce jour-là. Mais non, mon calvaire a continué et ce jusqu’en septembre 2018 par le biais de divers problème RH (non-paiement de mes 8 jours de congés restants, pas le bon montant de salaire…) et malgré toutes mes demandes et relances, je n’ai eu de réponses qu’en octobre 2018.

Retravailler après un burn-out ?

Ensuite, j’ai traversé une phase de doutes. Plus j’y réfléchissais, et moins je souhaitais retravailler. J’ai essayé de reprendre mes recherches de travail (Pôle Emploi mon amour) mais j’ai fini par faire une rechute et à devoir de nouveau tout arrêter.

Depuis mon arrêt et jusqu’en septembre, je n’ai pris aucun plaisir à sortir de chez moi, même pour aller faire du shopping. J’avais peur de quitter notre chez nous, notre petit cocon. Je ne conduisais plus non plus.

Aujourd’hui, je vais mieux. J’ai retrouvé le goût de sortir, même si j’ai toujours du mal à le faire seule. Heureusement, je sens vraiment des améliorations avec le temps. Je ne vais pas mentir : j’ai encore des cicatrices, mais elles finiront par se refermer.

J’ai de la chance, mon conjoint gagne bien sa vie, et après en avoir discuté avec lui, j’ai décidé de prendre mon temps pour trouver ma voie. Pour l’instant, je ne travaille pas et cela me convient, même si j’ai subi pas mal de pression sociale pour retrouver une activité professionnelle… « Une femme doit travailler pour être indépendante », « tu ne vas pas passer toute ta vie à la maison », « il faut penser à la retraite », etc.

Je profite de mon temps libre pour découvrir de nouveaux loisirs : je couds, je cuisine, je me cultive dans de nouveaux domaines… Je m’occupe de la maison, ce qui permet d’alléger mon conjoint et d’avoir plus de temps pour nous. Ce nouvel équilibre nous convient mieux : j’ai trouvé ma place et lui me dit qu’il se sent plus reposé.

Cette mésaventure m’aura au moins permis de mesurer le soutien et l’amour de mon conjoint. Quand j’étais dans cette tempête, il a été mon phare. Je ne serais sûrement pas là aujourd’hui sans lui.

Ce témoignage t’a interpellé ? Tu as une expérience de souffrance au travail ou d’épuisement professionnel à partager ? Viens on en parle dans les commentaires ! 

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Le dernier commentaire

15 Jan 2020, à 11:28
@Kitchie : j'ai été précisément dans cette position, pour ma part ça m'a fait du bien de dire à mon ex. hiérarchie que j'avais été "arrêtée par mon médecin". Pas de cause, pas de mention d'un état maladif ou pas, juste la résultante ==> Un arrêt long court. Ils n'ont pas cherché à comprendre et m'ont foutu la paix (non sans tenter de me refiler du travail à faire chez moi, ça va de soit, mais j'ai désactivé mon téléphone pendant trois jours, ça a été radical).
 
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