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Comment j’ai changé de vie en partant m’installer en Suède

Marie a 30 ans et vit en Suède depuis l’été dernier. Avec son mari, ils ont démissionné et vendu leur maison pour partir s’installer dans ce pays pour lequel ils avaient eu un coup de coeur pendant leurs vacances.

Temps de lecture : 5 minutes

Je viens d’une famille modeste et mes parents se sont saignés aux quatre veines pour que l’on puisse, moi et mes soeurs, partir en vacances et faire des études.

Ils m’ont transmis l’idée assez répandue dans notre société qu’il faut se battre pour réussir, et avoir un métier, un bon salaire et un certain confort de vie.

Je me suis donc accrochée pour faire des belles études et une fois mon Master 2 en poche j’ai pu décrocher un job passionnant dans l’innovation et le digital avec un salaire correct à la clé. Finis les découverts bancaires et à moi le crédit immobilier pour devenir propriétaire.

Je sentais mes parents fiers et rassurés de me savoir casée, avec un métier et une maison. Ils ont tellement tout donné pour cette réussite sociale que le contraire les aurait peinés et inquiétés. J’avais rempli ma mission !

Une routine pesante

J’ai mis du temps avant de comprendre que je me sentais enfermée dans une case trop petite et que la routine me pesait.

Dans le groupe industriel international où je travaillais à l’époque, j’avais le sentiment de toujours devoir en faire dix fois plus que les autres pour faire mes preuves, parce que je suis une femme et que j’ai un master universitaire, et pas un diplôme d’une grande école d’ingénieurs ou de commerce.

La pression, le stress, les heures supplémentaires, les petites remarques mesquines… J’avais l’impression d’avoir un poids chaque jour plus lourd sur les épaules.

Tout n’était pas négatif, loin de là. Mon travail m’a quand même permis de m’épanouir intellectuellement, de vivre confortablement, et surtout de rencontrer des personnes incroyables.

Renouer avec l’essentiel

Et puis un jour, on a décidé de se marier avec mon compagnon, rencontré pendant mes études. Pour notre cadeau de mariage, nous avons proposé à nos invités de participer à l’achat d’un van, un petit fourgon aménagé pour sillonner l’Europe. J’allais enfin pouvoir sortir de ma case, au moins le temps des vacances, pour vivre ailleurs, autrement.

Dans notre maison à roulettes, on n’a que l’essentiel : pas de douche ou de toilettes, et un espace réduit qui empêche d’accumuler des trucs inutiles. Surtout, voyager en van permet de prendre des décisions au jour le jour. Pas de réservation dans un hôtel ou un camping qui nous attendent, juste l’envie d’aller à cet endroit, de rester ou de partir. Le tout en se reconnectant avec la nature, toujours plus belle et plus sauvage au fil des voyages.

À l’été 2017, on a pris la route de la Suède et de la Norvège, deux pays qui m’ont toujours beaucoup attirés. On y a découvert une nature vaste et sauvage et des gens sans artifices ou faux semblants. Ici on ne fait pas la bise, on ne dit pas bonjour à des inconnus, on ne tient pas la porte. Par contre, quand on est amis, quand on s’aime, on se serre dans les bras en pleine rue. J’y ai trouvé une forme de sincérité et de vérité qui me faisait écho.

Et puis, il a bien fallu rentrer au bout de trois semaines et j’ai laissé derrière moi la Scandinavie comme un déchirement. Pendant notre road trip, on avait émis l’idée de rester y vivre avec mon mari, mais souvent on dit des choses comme ça en vacances et puis on oublie. Mais pas cette fois-ci…

Cap sur la Suède

De retour en France, on a commencé à discuter sérieusement de s’installer en Suède. Notre choix s’est porté sur ce pays pour plusieurs raisons : c’est un pays de l’Union Européenne (contrairement à la Norvège) donc il est plus simple de s’y installer, et la météo y est plus clémente.

Plus on s’intéressait à ce pays, plus on découvrait des aspects qui nous attiraient vraiment : les valeurs d’ouverture, d’égalité femme-homme, le rapport à la nature, l’engagement écologique…

Il y avait aussi un confort de vie qui nous plaisait : pour les Suédois, il est très important de conserver du temps pour soi, pour ses activités ou sa famille. Il est donc assez mal vu de faire des heures supplémentaires ! Quel contraste avec mes semaines de 50 heures en France…

Pour confirmer tout ça, on a décidé d’y retourner en décembre, soit quatre mois après notre road trip, dans la ville de Göteborg où l’on imaginait s’installer. On voulait vérifier que l’hiver serait supportable.

Pendant dix jours, on a sillonné la ville, dans le froid, sous la pluie, dans le noir et… on a adoré ! En fait, je crois que l’on avait déjà pris notre décision avant même d’arriver, car on était déjà en mode repérage, d’où on allait vivre, et comment.

Trouver un emploi en Suède

Une fois la décision prise, on n’en a pas parlé tout de suite autour de nous, parce qu’on s’était fixés deux conditions pour partir : vendre notre maison et que l’un de nous deux trouve un emploi en Suède.

La maison était en vente, on a commencé à chercher du travail et au mois de mars mon mari a reçu deux propositions de contrat le même jour ! Il faut dire qu’il est développeur web, un métier qui facilite la recherche d’emploi…

Ensuite, nous avons dû démissionner, annoncer notre départ, faire nos cartons, vendre la maison, et dire au revoir à nos proches.

Heureusement qu’à ce moment là l’excitation du départ était forte, parce que sortir complètement de sa zone de confort et se confronter aux autres -qui sont soit admiratifs, soit dans l’incompréhension- n’est pas simple. Tu dois croire très fort à ce que tu es train de faire.

Avant le départ, il y avait aussi pas mal d’administratif à gérer : annoncer son départ aux impôts et à la sécurité sociale, clôturer tous les contrats d’assurance, de téléphone et d’internet. Vendre nos voitures et nos meubles et préparer le déménagement. En parallèle, il a fallu trouver un logement en Suède, s’occuper des papiers d’identification, ouvrir un compte en banque, reprendre une assurance, etc.

S’installer dans un nouveau pays

En Juin 2018, on est partis pour de bon. Depuis, je suis plus ou moins à la recherche d’un emploi et je profite de cette pause pour faire le point, me remettre au yoga, à la peinture et à l’écriture. On a aussi profité de l’été pour continuer à explorer le pays en van en étant libre de s’arrêter où l’on veut car le camping sauvage est autorisé dans le pays.

On commence à s’habituer aux températures extrêmes et aux nuits qui n’en finissent plus. Heureusement, tout ici est fait pour que tu te sentes bien et passe en mode cocooning six mois par an : se mettre au chaud dans un café, se promener dans les rues illuminées de décorations, où juste rester chez soi avec un gros pull et des grosses chaussettes…

Et quand l’été arrive, c’est l’inverse : le jour n’en finit plus et tu dois habituer ton corps à dormir en pleine lumière. C’est ce qui me faisait le plus peur et finalement je ne ressens presque pas l’impact ! Je vois cette alternance forte des saisons comme une reconnexion aux cycles de la nature.

Finalement, je ne me suis jamais sentie autant chez moi et je ne pensais pas qu’on s’habituerait aussi vite ! Si mes amis et ma famille me manquent parfois, je n’ai pour l’instant jamais ressenti le besoin de retourner vivre en France.

Toi aussi tu rêves de partir vivre dans un autre pays ? Tu as déjà sauté le pas ? Viens en parler dans les commentaires !

 

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Le dernier commentaire

20 Fev 2019, à 19:48
J'aimerais bien avoir des précisions sur la manière dont tu perçois ce "cliché qui n'en est pas un". Parce que, dans mon expérience personnelle, c'est vraiment un cliché. En fait de mes proches ayant vécu à l'étranger y'a vraiment trois grandes catégories (c'est hyper schématique et simplifié, ce sont des cases avec leur limite) :
- les gens qui étaient déjà, avant leur expatriation ou leurs voyages, curieux et ouverts, qui ont envisagé leur vie dans un autre pays comme un prolongement de leur découverte du monde et de l'Autre. Mais globalement ce trait de personnalité pré-existait à leur vie à l'étranger.
- les gens qui ont une adoration pour leur pays d'accueil et en se conçoivent pas ailleurs que dans ce pays et leur corollaire les gens qui ont une haine pour leur pays d'origine et se conçoivent vivre partout sauf dans leur pays d'origine. Je trouve ces comportements assez excessifs et difficilement compatible avec la notio d'ouverture d'esprit.
- les néo-colons (la quasi totalité des expats dans des pays Africains et une bonne partie des expats dans des pays d'Asie que j'ai croisé). Qui dissimule leur néo-colonialisme derrière un vernis de bons sentiments (les gens là bas, ils n'ont rien et ils donnent tout, ils ont un sourire grand comme ça....)

Donc je me demandais comment tu expliques et analyses la manière dont tu vois les choses sur le rapport entre "vivre à l'étranger" et "être ouvert d'esprit et grandir en tant que personne" ?
C'est une vraie question, je suis très curieuse d'avoir un avis de l'intérieur.
[WARNING: j'utilise un clavier qwerty donc desole pour le manque d'accents]

Oui tu fais de bonnes remarques effectivement et je suis tout a fait d'accord avec toi! J'admet que ce que j'ai dit c'est un peu un raccourci pour partager l'idee que oui etre expat ca te change la vie et toi-meme (@Louisette_ a aussi developpe un peu ce sujet).
Je tiens a faire la difference entre les gens qui voyagent beaucoup et/ou longtemps, qui sont en erasmus ou qui vivent a l'etranger depuis 1-2 ans ET ceux qui vivent a l'etranger depuis 10-20 ans, sans vouloir sonner vieille chouette, mais l'expatriation a vraiment sa phase "lune de miel - tout est genial" et c'est seulement apres quelques temps que tu commences a voir les choses avec un peu plus de nuances (un peu comme les histoires d'amour quoi haha) et que tu peux vraiment voir les consequences que ca a eu sur toi, ta personnalite etc.

BWEF

Pour revenir a ta question, moi par exemple je me range un peu dans la 1ere categorie que tu décris, et meme si tu es comme ca a la base, vivre a l'etranger ca amplifie le truc d'une certaine facon, parce tu es bien plus expose a des choses differentes que si tu restes en France ou meme juste si tu voyages. Pour ma part je dirai que ca te fait vraiment reflechir a ta propre identite, a ta propre culture et ce que tu trouves "normal" et ce genre d'introspection et de mise en perspective ca te fait forcement grandir/murir. Par exemple tu ne te sentiras jamais autant francais ou autant europeen qu'en dehors de france ou d'europe, ou par exemple jusqu'a ce que j'habite en israel, "chretienne" comme partie de mon identite ne m'avais jamais effleure l'esprit vu que je viens d'une famille athee et porutant ici je suis de culture chretienne (par elimination vu que je ne suis ni juive, ni musulmane et qu'ici etre "rien" ca n'existe pas) et c'est comme ca que les gens me categorisent.

Et de la meme facon que ca te force a avoir une introspection sur ton identite, ca m'a aussi fait voir (et apprecier) la france d'un autre oeil. Israel est un pays ultra capitaliste, ou la vie est tres chere et il n'y a quasiment aucune aide sociale, quand je raconte aux gens la quantite d'aides qu'on a en france par exemple ils n'en reviennent pas lol Et ca change me vision des choses au fil du temps, bien que gauchiste convaincue maintenant ca m'irrite de plus en plus de voir mes amis d'enfance se plaindre de pas avoir assez d'apl, et de prime pour l'emploi, et d'aide pour la creche blablabla (et du coup je me demande si je deviens pas de plus en plus de droite avec le temps et ca me fait peur^^). Vivre a l'etranger me fait vraiment apprecier beaucoup plus tous les trucs chouettes de ce pays, et aussi m'a fait me rendre compte de trucs moins chouettes (du genre le harcelement sexuel et l'insecurite ordirnaire des femmes dans l'espace public est vraiment particulier en france).

Et pour finir, encore une fois ca depend de ton pays d'adoption (c'est surement moindre si tu es expat en Belgique j'imagine) mais quand tu es expat, dans 90% des cas tu rencontres des gens de partout dans le monde, ca devient tes amis ou tes collegues ou autre, et que tu sois ouvert d'esprit ou non a la base, ca finit forcement par avoir une influence sur ta vision des choses, rien que de te rendre compte que les gens des pays les plus lointains/differents sont des gens normaux , qui regardent netflix comme toi. Moi de mon experience personelle je vis dans un endroit ultra special, et en plus j'ai bosse pendant 4ans sur le terrain pour une ong en plein coeur du conflit israelo-arabe donc forcement j'ai appris tellement de choses au niveau "humain" sur la realite des conflits etccc, je sais pas trop comment expliquer sans en faire un roman, mais je suis sure que chaque expat apprend quelque chose de son environnement qu'il/elle n'aurait jamais pu apprendre de France. J'ai un master en etudes du moyen-orient et relations internationales, je suis arrivee en me pensant super calee sur israel, le conflit, le moyen-orient etc et maintenant j'ai une nouvelle vision pour tout, une opinion plus nuancee etc que jamais de la vie je n'aurais pu avoir de France. Ca c'est un exemple precis mais je pense que ca s'applique pour beaucoup d'autre sujets et pour pratiquement tous les expats. C'est juste l'exposition "forcee" a l'Autre, au Different, consequence inevitable de l'expatriation qui t'enrichie en tant que personne que tu le veuilles ou non.

Et comme mentionné aussi, aucune expatriation n'est facile (meme la plus "doree" qui soit) et s'adapter a une nouvelle culture et partir d'un nouveau depart est toujours difficile, donc meme si d'apparence les gens ont l'air insuportables ou comme si tout etait super simple dans leur vie comme tu decri, une vraie expatriation est toujours difficile et forcement les "challenges" forgent l'experience et te font grandir.

Voilaaaa desole pour le roman, je sais pas trop comment etre conciseeee
 
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