Close

Pourquoi j’ai mis 41 ans à assumer que je ne veux pas d’enfants

Pendant 41 ans de sa vie, cette Rockie a subi le poids de l'injonction à enfanter et à fonder une famille. Elle en a souffert, son couple en a souffert, jusqu'à ce qu'elle arrive à assumer pleinement ce choix de vie qui la rend heureuse : elle ne veut pas d'enfants.

Temps de lecture : 8 minutes

Initialement publié le 10 juillet 

Vis ma vie de childfree

Bienvenue dans le premier épisode de notre série Vis ma vie de childfree !

Nous avons demandé à des femmes de 40 ans et plus sans enfant par choix de raconter leur vie, le regard de leur entourage sur leur choix de ne pas procréer, l’impact de cette décision sur leur vie de femme et/ou de couple…

Pourquoi ? Parce que chez Rockie, nous estimons qu’il est essentiel que chaque femme puisse s’identifier à un modèle qui lui ressemble, partage ses convictions et puisse lui servir d’exemple empouvoirant pour lui donner la force d’affirmer ses positions parfois contraires aux schémas enfermants de la société.

D’ailleurs, si toi qui lis cet article tu rentres dans ce profil, tu peux toujours nous envoyer ton témoignage par mail à l’adresse salut[at]rockiemag.com, avec en objet « Je suis childfree », et consulter notre appel à témoins si tu veux plus d’informations !

Pour lire les autres épisodes de la série, c’est par ici :

J’ai 41 ans et je suis childfree. Quand j’ai lu l’article de Rockie, il m’a semblé évident que je devais témoigner.

Pour avoir vécu le poids des injonctions au point d’avoir hésité et d’avoir failli faire le mauvais choix, je mets un point d’honneur maintenant à clamer haut et fort autour de moi, en particulier aux femmes plus jeunes de mon entourage, que OUI on peut être une femme heureuse et épanouie sans enfants, et que NON ce n’est en rien un passage obligé pour réussir sa vie.

Je me sens un devoir de porter cette parole afin que la génération qui arrive derrière moi sache qu’il n’y a pas qu’un modèle à suivre. Avoir un enfant n’est pas un passage obligé mais juste une option parmi d’autres.

Mon rapport aux bébés depuis mon enfance et jusqu’à l’âge adulte

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu d’attirance particulière pour les enfants. Petite, je n’ai jamais joué avec les nombreux poupons et accessoires offerts par ma mère qui avait une adoration pour les bébés.

Face à un tel désintérêt, elle a fini par se résigner et ne plus m’en acheter mais je sais qu’elle ne comprenait pas. Pour la plupart des gens, une fille se doit d’être maternante.

Étant la petite dernière de la famille, avec deux frères beaucoup plus âgés que moi, j’ai été confrontée pour la première fois de manière concrète à des enfants quand mes 4 petits neveux et nièces sont nés, entre mes 15 ans et mes 19 ans.

Avec du recul, je sais que j’ai dû forcer ma nature quand ils étaient bébés car même si j’étais très heureuse de leur venue au monde, j’étais assez mal à l’aise avec ces créatures fragiles et bruyantes. Je m’en suis pourtant occupée et surtout j’ai tissé avec eux une jolie complicité, surtout quand ils ont commencé à grandir (et encore plus maintenant qu’ils sont adultes).

Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas l’enfant mais plutôt la personne qu’ils étaient. Je pense que j’ai toujours « su faire » avec les enfants et qu’ils m’ont toujours appréciée mais pour autant je n’ai jamais tiré et ne tire toujours pas de plaisir ou d’excitation particulière à les côtoyer.

Enfin, pour être plus précise, pas plus de plaisir qu’à côtoyer des adultes car je suis une personne qui aime nouer des liens, partager et aller vers les autres.

Ma vie d’adulte et la pression du schéma familial type

Devenue adulte, j’avais tellement en tête le modèle classique (trouver un boulot, se mettre en couple et fonder une famille) que je ne cherchais pas à remettre ce schéma en question. C’était un peu la voie facile et toute tracée à suivre, la voie sécurisante.

Pourtant je ne suis jamais arrivée à me projeter en temps que mère. J’ai rencontré mon compagnon actuel à l’âge de 24 ans et j’ai tout de suite eu l’intuition que cette histoire allait durer, il était le grand amour de ma vie. J’ai cru qu’une fois le partenaire rencontré, tout naturellement j’allais avoir envie d’avoir des enfants avec lui.

Mais non, toujours rien. Je voyais passer les années avec pas mal d’angoisses et de questionnements. Je me disais que j’étais sûrement encore trop immature, qu’il fallait que j’attende pour connaître l’évidence.

La trentaine est arrivée et avec elle la pression quasi quotidienne des collègues, des voisins, de la famille.

« Alors c’est pour quand ? Vous allez bien nous faire un petit bientôt ? »

(notez au passage la perversité du « nous » dans cette question, comme s’il fallait faire un enfant pour les autres…)

Comme je doutais toujours, j’écoutais les bons conseils de tous ceux qui avaient déjà fondé une famille. Ils me disaient qu’avoir des enfants était formidable, la plus belle chose au monde.

Qu’on ne devenait une vraie femme qu’une fois qu’on était mère (le truc le plus insupportable et violent que j’ai entendu !). Et surtout, l’argument pervers ultime :

« Tu n’en as pas envie maintenant mais si tu n’en as pas tant qu’il est temps, tu le regretteras plus tard. »

Sous-entendu « quand tu seras enfin mûre ».

L’impact de l’injonction à enfanter sur moi et mon couple

Clairement, je n’ai jamais eu envie d’avoir un enfant et d’être enceinte. Jamais. Pas une seule fois. Même pas l’espace de quelques minutes.

Quand j’essayais de me dérouler les scénarios sympas dans ma tête : la grossesse, la naissance, emmener mon enfant à l’école, jouer avec lui, passer du temps avec lui — rien ne me faisait envie et ne ressemblait à une vie idéale pour moi.

Au contraire. Je ne ressentais que contrainte et oppression. Est-ce vraiment ça devenir adulte : se forcer à faire une chose qui ne nous tente en rien et nous colle des angoisses rien que d’y penser ? Mais je restais sous l’emprise de l’argument massue :

« Tu vas le regretter plus tard. »

J’ai fini par y croire et essayer de me formater à l’idée que j’allais en passer par là, qu’il fallait que j’essaye, que l’évidence et la révélation viendraient une fois que l’enfant serait là.

Mon compagnon a toujours été très réticent à l’idée d’avoir des enfants. Avec du recul, on était dans la même situation sauf que lui a rapidement assumé son non-désir et pas moi.

Je ne voulais pas me sentir rejetée et jugée par la société. Je n’étais pas encore assez forte pour affirmer qui j’étais et ce que je voulais. Alors j’ai commencé à lui mettre un peu la pression, l’air de rien.

Cette période de notre couple a été horrible et avec du recul je me dis « mais que de temps perdu pour rien, quel malentendu stupide »…

Les premiers temps, avec les moyens de contraception, il n’y avait pas de risque que je tombe enceinte mais l’ombre de « l’enfant » planait au-dessus de notre couple au quotidien. Une incertitude insécurisante sur la suite, sur notre avenir. Allions-nous en avoir, en avions-nous envie, était-ce une bonne idée ?

Puis, j’ai arrêté de prendre la pilule parce que je vivais mal ce rituel contraignant et ses effets sur ma libido ; et lui, petit à petit, a arrêté de faire attention. Pas vraiment un choix, plutôt une espèce de résignation et l’idée de remettre notre sort entre les mains du destin puisque nous étions tellement perdus…

Et, rien. Un an plus tard nous apprenions que monsieur était stérile. Il faut croire que le destin est plutôt bien foutu finalement parfois (dans notre cas, évidemment…).

« Mais vous pouvez quand même tenter une FIV, ça devrait pouvoir marcher. »

Il a fallu plusieurs semaines pour sortir du brouillard et y voir clair. Non. NON ! Non, nous ne voulons pas faire une FIV. Parce qu’en fait, non nous ne voulons pas d’enfants. Nous ne voulons pas d’enfants ! La société veut que nous en ayons.

Nos amis, notre famille, nos collègues. Mais nous non ! Il a fallu en arriver jusque-là pour avoir le déclic. Le fait de ne pas avoir pu avoir d’enfants naturellement nous a littéralement sauvé la vie.

La libération et le bonheur d’assumer que je ne veux pas d’enfants

C’était il y a 5 ans. C’était le début d’une nouvelle vie. Le début de la libération et de l’épanouissement. À partir de là, j’ai commencé à dire « je ne veux pas d’enfants » quand on me posait la question, en me fichant pas mal des réactions et du jugement en face.

J’ai réalisé que ce n’était pas ma voie, que cela ne l’avait jamais été mais que je ne m’autorisais pas à m’écouter à cause de la pression sociale. Nous avons tous les deux ressenti dans les mois qui ont suivi un profond sentiment de soulagement, comme si un poids énorme sur nos épaules s’était envolé, que nous devenions enfin les véritables maitres de notre vie.

C’était même grisant et jouissif et ça l’est toujours.

Pas un jour ne passe depuis sans que je ne sois heureuse de ce choix. Pas une seule fois je n’ai douté ou regretté. Je suis entourée d’amis qui ont des enfants (et aussi pas mal qui n’en ont pas) ; ils sont surement très heureux mais non seulement leur vie ne me fait pas envie, mais elle fait plutôt office de repoussoir pour moi.

Quand je vois les contraintes, la fatigue, les sacrifices que cela implique, je me dis que ce n’était vraiment pas fait pour moi et que surtout cela ne m’aurait pas rendue heureuse.

Je suis libre. J’adore mon métier dans lequel je m’investis beaucoup, j’aime voyager, randonner, lire, prendre du temps pour moi, passer du temps avec mes amis. Je m’intéresse à une tonne de choses et j’ai du temps pour tous les projets et toutes les envies qui me passent par la tête.

À 41 ans je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau et sereine. Aussi sûre de moi.

Ce que je réponds aux personnes qui jugent mes choix de vie

À ceux, de moins en moins nombreux, qui continuent à me dire que notre choix est bizarre, anormal, que je « serai seule quand je serai vieille » (il faut croire qu’ils ne trouvent plus d’autres arguments pour me convaincre que j’ai tort), je réponds que pour moi le fait d’avoir une vie riche et remplie d’amour n’a rien à voir avec le fait d’avoir des enfants.

Déjà, on ne fait pas des enfants pour ne pas être seuls plus tard… Mais surtout, pour moi les liens du sang ne sont pas supérieurs aux autres liens, ceux que l’on tisse tout au long de notre vie avec nos amis, nos collègues, nos voisins, etc.

Justement, n’ayant pas d’enfants, j’ai beaucoup plus de temps à accorder aux âmes qui me sont chères et plus d’occasion de partager des moments forts avec plein de personnes différentes. Il y a beaucoup d’amour et de joie dans ma vie.

Je comprends l’envie d’enfant mais j’aimerais que celles et ceux qui en ont comprennent que leur désir n’est pas universel et que leur mode de vie ne correspond pas à tout le monde.

J’aimerais qu’ils arrêtent de juger, culpabiliser les personnes qui ont fait un choix différent et qu’ils cessent de croire qu’ils savent mieux qu’elles ce qui peut les rendre heureuses.

À toi qui ne veux pas d’enfants

À 20 ans, je savais déjà ce que j’assume enfin pleinement à 41 ans. J’aurais aimé ne pas avoir à passer par ces étapes douloureuses avant d’en arriver où j’en suis actuellement.

C’est pour cela que je veux te dire à toi qui a 20, 30 ans et ne sens pas en toi l’envie d’être mère : cela n’a aucune importance !

Peut-être que tu en auras envie plus tard ou peut-être pas mais cela ne conditionne en rien le fait que ta vie soit réussie et que tu sois heureuse et épanouie. Une femme épanouie n’est pas une femme qui a des enfants, c’est une femme qui suit sa propre voie, qui s’écoute et se respecte.

Les filles, ne réfléchissez pas trop, ne vous mettez aucune pression, faites ce qui vous anime et vous fait briller, faites ce qui vous fait du bien et vous rend heureuse. Si vous faites cela, vous avez peu de risques de vous tromper de voie.

Ce n’est pas votre utérus qui définit ce que vous êtes, qui définit votre féminité. N’écoutez pas les autres autour. Vous seules savez ce qui est bon pour vous.

Je vous souhaite d’être plus fortes et assurées que je ne l’ai été car j’ai perdu trop de temps inutilement à douter. Je suis sûre que si j’avais eu un modèle au-dessus de moi pour me dire tout ça, j’aurais certainement su affirmer et assumer beaucoup plus tôt mon non-désir d’enfants.

À lire aussi : Pourquoi je parle « envie d’enfants » dès le 1er date

Rubrique
Mots-clés

Le dernier commentaire

19 Juil 2020, à 14:51
Je me dis que ce sera plus facile à vivre quand on aura "passé l'âge" puisque de toutes façons, personne ne nous regardera plus... (ironie, attention!)
Plus sérieusement, je n'ai pas spécialement peur de vieillir. À 34 ans, je vois les premières rides, les premiers cheveux blancs, la peau ailleurs qui n'est plus aussi ferme... Et en fait, ça ne me gêne pas tant que ça. Je suis même un peu excitée à l'idée de voir la tête que j'aurai plus tard, à quoi je ressemblerai et à qui (ma mère, mes grands-mères?)
 
Voir les réactions sur le forum (22 réponses)
Close