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Je suis au chômage et j’aimerais qu’on me lâche la grappe

Florence, 32 ans, a quitté un job qui la rendait malheureuse et mettait sa santé en péril. Aujourd’hui, elle est au chômage et elle en a ras-le-bol des réactions de son entourage.

Temps de lecture : 4 minutes

Je suis graphiste, j’ai été recrutée à la fin de mes études par une agence de com dans laquelle j’avais fait un stage de 6 mois qui s’était super bien passé. J’y suis restée 9 ans avant de poser ma démission et de me retrouver au chômage. Un petit bout de “carrière”, avec une très chouette équipe mais une direction exclusivement masculine et des choix éditoriaux parfois (souvent) loin de mes valeurs.

Au fil des années, cela commence à me peser, mais j’ai peur… Peur de l’avenir sans travail et peur du chômage, un gros mot pour ma famille. Pour mes proches, les chômeurs sont des “profiteurs du système, fainéants, personnes paumées en détresse, hippies… » et autres noms charmants. Bref, démissionner est inconcevable pour eux.

Une démission plutôt qu’un burn-out

Mais parfois, heureusement, la vie a plus d’imagination que toi. Je rencontre Matthieu il y a maintenant deux ans et des broutilles et on s’aime fort, vite, très vite. Lui, parisien depuis 25 ans, me rejoint dans le sud-ouest au bout d’un an de relation, parce que “tu comprends Paris pour fonder une famille, c’est pas l’idéal”.

Nous voilà donc en train d’emménager dans la maison où j’ai grandi (après avoir perdu mes parents il y a dix ans). Tout ça, en étant tous les deux au chômage. Eh oui, Matt a quitté son taf parisien et moi le mien, peu après.

Pourquoi, alors qu’avant j’en étais incapable ? Parce que cet homme merveilleux, m’a donné la force et le courage de dire stop. Je ne veux plus travailler pour un patron aux antipodes de mes valeurs.

Du coup, dans ma famille c’est devenu THE sujet tendu. Matthieu, en bon Parisien qu’il est, n’a pas – encore – le permis de conduire. Nous vivons dans un tout petit village, la plus grosse ville aux alentours est Pau (80.000 habitants à peu près), à 30 km de notre maison. Autant vous dire que pour ma famille, c’est un échec total avant même d’avoir commencé à chercher du travail.

Sous couvert de “bienveillance”, ils projettent sur nous toutes leurs angoisses et craintes concernant notre situation. Oui, nous sommes au chômage, pour lequel nous avons cotisé, car le chômage est un droit, rappelons-le. Je ne fais pas partie de ces gens qui ne veulent pas bosser (encore faut-il qu’ils existent, perso je n’en connais pas).

J’avais besoin d’une pause

J’avais besoin d’une pause dans ma carrière. Nos boulots respectifs nous avaient broyés, réellement. Matt bossait chez Darty sur Paris dans un magasin qui brasse beaucoup de monde. Moi, c’était le stress de la graphiste, les délais trop courts, les clients à gérer et surtout, un patron dirigiste et très mauvais en management. Bref, une personne toxique dans sa façon d’être et de procéder.

Nous avions besoin de ce temps de pause, pour réfléchir, se poser les bonnes questions, se réorienter si nécessaire, ou pas… Bref, reprendre nos vies en mains pour, espérons-le, un avenir meilleur.

Ma paye ne bougeait pas depuis des années, malgré mon implication. Mon patron dépassait de plus en plus les bornes : réflexions cassantes, mauvaise attitude envers moi, humeur changeante, envie de montrer qu’il était le boss… Résultat des courses : kystes ovariens à répétition, perte de sommeil, début de dépression… Un beau jour, je reviens le lundi matin et je demande à partir.

Pas de négociation possible selon lui, of course, donc il me propose un abandon de poste, auquel je réponds oui. Il ne me supporte plus, je ramène trop ma bouche. Moi de mon côté, je ne le supporte plus non plus et ne peux plus me taire quand je l’entends dire des conneries aussi grosses que lui.

Bref, trois semaines après me voilà libéréeeeee, délivréeeeee et c’est un choix que je ne regrette absolument pas ! Même quand c’est dur, moralement ou financièrement…

Ras-le-bol des clichés sur les chômeurs !

C’est la première fois de ma vie que je fais ce qui me semble bon pour moi, et punaise que ça fait du bien ! Mais pour ma famille, c’est autre chose… Il y a ceux qui te posent vingt fois la question : “alors t’en es où ? Tu vas faire quoi ?”. Ceux qui te donnent des conseils : “alors moi à ta place, je partirais sur Bordeaux ici, dans ta branche, tu ne trouveras jamais”.

Ceux qui t’enfoncent : “ton mec et toi au chômage ? Tu sais que Macron va faire du ménage chez les gens comme toi avec sa réforme de Pôle Emploi ?”. Bref, tout un tas de clichés tous plus contestables les uns que les autres.

Et moi, je me retrouvais dans une situation où je passais ma vie à me justifier : “oui mais parce qu’en fait j’étais à la limite du burn out, et là, j’enchaîne sur une validation de mes acquis pour avoir un meilleur poste, mieux payé, etc”. STOOOOOOP !

Mais attendez, finalement ces peurs-là, ce sont les vôtres non ? Pas les miennes, enfin si, certaines, mais pas toutes ! Et parce que j’ai peur, je devrais rester enfermée dans un boulot où le patron me dégoûte de ce métier que j’adore ?! Mais pourquoi ? Parce que vous, les générations d’avant, vous avez passé votre vie en CDI enchaînées à des entreprises où on vous traitait mal ? Parce qu’on ne peut pas tout avoir ?

Et si moi j’ai envie de tout avoir ? Un bon salaire, un·e bon·ne patron·ne, un taf qui me plaît ? Et si je montais ma boîte ? Ou cette épicerie bio que j’ai toujours eu envie d’ouvrir ?

Alors oui, je suis au chômage. Oui, parfois je me sens paumée, j’ai peur de ne pas y arriver, de ne pas réussir à re-rentrer dans le système.

Mais je me sens aussi vivante, comme jamais, j’ai de la chance de pouvoir faire cette pause, de m’accorder quelques mois pour mieux repartir, rebondir. Le chômage ce n’est pas une fin en soi, ce n’est pas permanent. C’est un passage, un instant que je compte bien mettre à profit.

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Le dernier commentaire

15 Juin 2020, à 12:26
@SunnyJude "Déjà car pareil que beaucoup, mon père était quelqu'un de très accroché au travail (il était artisan menuisier ébéniste) et que le côté devoir, responsabilités, marche ou crève bah je l'ai bien assimilé (lui en est entre autre mort).."

... Ça m'a tordu le bide, je sais ce que c'est, papa avec le même travail, qui a dû mal à concevoir que certains taffs obligent à ne pas être à fond car défaillance des institutions impossible à porter seule sur ses épaules au risque de ne pas y survivre. Courage, courage, courage, ce que tu dis m'a touché.
Salut toi et merci pour ton message. ❤
Et courage à toi !
Le côté naze de cette affaire, c'est que j'ai activement participé à me piéger dans ce fonctionnement. Quand mon père est décédé (il y a 6 ans et demi maintenant) j'étais en stage de master 2 dans cette même institution. Le dernier plan professionnel que je lui ai évoqué était «passer le concours, devenir fonctionnaire, blabla». C'était cependant plus le genre de plan que lui (et la société d'ailleurs) souhaitait que moi-même. Mais au moins ça ne laissait plus de place aux remises en question de mon parcours, que je tentais soigneusement d'éviter. J'ai d'ailleurs mis cette institution de côté pendant les plusieurs mois de chômage qui ont suivi mon diplôme, jusqu'à un de ces jours d'usure où j'ai candidaté à un CDD que je ne voulais pas, dans un département que je ne voulais pas. Quitte à me perdre au passage. Et c'est d'ailleurs pour cela que je refuse de faire à nouveau ce choix.

Concernant mon père... j'aurais vécu ces quelques années comme lui. Dans le sacrifice, notamment de la vie de famille (qui elle avait droit aux excès de colère, aux humeurs très bofs, à l'indisponibilité globale et très rarement à ce qu'il pouvait y avoir de beau chez nous, et que nous réservions aux autres, bien que de manière superficielle quoique très convaincante pour tout le monde.)
Si aujourd'hui nous allons mieux avec mon conjoint, j'ai sacrément amoché mon couple durant toute cette période qui laisse encore des traces. Nous nous sommes d'ailleurs séparés pendant quelques mois, 8 mois seulement après ma prise de poste.

Si je devais dire une seule chose de ce que cette expérience m'a appris, c'est que le plus dur, c'était de renoncer. Renoncer à vouloir changer quoique ce soit dans un système qui de toute façon nous détruit.
Comme pour toi mon père, qui menait lui-même son entreprise aurait sûrement difficilement envisagé ce renoncement. Jusqu'au bout il est allé autant que possible travailler, tel un bon petit soldat, car c'est ce qui à la fois lui faisait du mal (y a du transgénérationnel à ajouter à ça) mais aussi ce qui le faisait tenir. Car il était rudement doué dans son travail. Il était reconnu du plus grand nombre tant il était compétent certes... Mais aussi, comme exprimé plus tôt : disponible et à l'écoute des gens de l'extérieur. (L'église était BLINDÉE lors de son enterrement) Une remise en question de tout cela, qui a failli débuter d'ailleurs à l'annonce de sa maladie, lui a finalement, je pense, parue trop coûteuse, il s'est donc très rapidement raccroché à son travail.

Aujourd'hui je vis en me disant que la retraite, faut déjà pouvoir y arriver (il avait 56 ans) et que si je ne peux pas changer la vision de la société sur le travail, je me dois pour moi-même de faire en sorte de préserver ma santé et mon bien-être.

Le jour officiel de ma démission, j'avais un petit mot sur mon éphéméride:
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Ma sœur, qui critiquait ouvertement mon rejet de la fonction publique, songe aujourd'hui de plus en plus sérieusement à une reconversion...
 
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