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Vis mon job de géologue et chercheure au CNRS

Oublie le cliché du vieux barbu en blouse blanche. Julie, 33 ans, a réussi au bout de cinq tentatives le prestigieux concours du CNRS et elle parle avec passion de son métier de chercheure.

Temps de lecture : 4 minutes

Mon boulot de rêve, c’est chercheure au CNRS. Pour faire court, je suis géologue (tiens c’est plus un truc de mec normalement ?) et je travaille sur les climats à l’époque de l’homme préhistorique. C’est passionnant et très stimulant. J’ai la chance de faire partie des gens qui sont contents de se lever le matin pour aller taffer !

Un boulot très varié où l’on ne s’ennuie jamais

Au quotidien, je n’ai pas vraiment de routine. Je passe environ 25 % de mon temps sur le terrain (au grand air !) : on recherche des sites, on « gratte » des coupes géologiques pour pouvoir les étudier, on prélève des échantillons pour pouvoir faire ensuite des analyses en labo, des datations…

Je passe ensuite 10 à 15 % de mon temps à faire des analyses : je prépare les échantillons et je les pèse avant de les passer dans des machines compliquées qui me donnent des données chiffrées. J’ai de la chance car j’ai des analyses qui sont assez rapides à faire. J’ai des collègues qui passent beaucoup plus de temps en labo…

La majorité du temps, je suis quand même au bureau et là, c’est très varié : il y a le traitement des données, que je vais trier, interpréter, comparer aux données d’autres collègues (ça, ça s’appelle faire de la « pluridisciplinarité !), et à celles déjà publiées par d’autres équipes (je fais alors de la « biblio »).

Transmettre et vulgariser

L’aboutissement de tout ça, c’est bien sûr de faire à notre tour connaître nos recherches à nos collègues soit en participant à des colloques scientifiques soit en écrivant des articles scientifiques (c’est le plus important !). Ces articles sont relus et validés par des collègues avant publications (c’est le “peer-review”) du coup ça m’arrive aussi de relire des articles d’autres collègues.

Je passe aussi du temps à encadrer des étudiants de master et peut-être bientôt un doctorant dans leurs recherches et je donne ponctuellement des cours. En tant que chercheure, je ne suis pas obligée de donner des cours (contrairement à mes collègues universitaires) mais c’est tout de même important.

Il y a aussi une partie de valorisation de mes recherches auprès du grand public qui peut prendre plusieurs formes : participation à des émissions de radio/télé, rédactions de plaquettes, collaborations avec des musées, etc. Globalement, j’ai un sujet de recherche assez sexy pour intéresser à peu près tout le monde et j’adore causer avec les gens (surtout les enfants) de ce que je fais.

Enfin, je suis très investie dans une association scientifique (je suis Secrétaire) qui promeut ma discipline en aidant les étudiants à participer à des colloques, en organisant des excursions, des colloques scientifiques… C’est très prenant mais passionnant.
Bref, j’ai un boulot très varié et pour dire la vérité, je pense que c’est ce qui me plaît ! On ne s’ennuie jamais.

Devenir docteure en Préhistoire

Au lycée, je voulais être archéologue mais faire histoire de l’art/archéo à la fac, ça ne me tentait pas trop car je suis une scientifique pure et dure… J’ai rencontré un archéologue qui m’a conseillé de faire de la géologie et ça tombait bien car j’aimais ça. J’ai donc fait une licence en Sciences de la Terre et de l’Environnement à Dijon, avec une option archéo.

Comme je voulais travailler sur du « vieux » (tout est relatif, à l’échelle de la géologie ça reste hyper récent), je suis partie à Paris pour faire un master « Quaternaire et Préhistoire » au Muséum national d’Histoire naturelle, toujours sur les conseils d’un de mes profs de Dijon.

C’est un master « Erasmus Mundus », ce qui veut dire que je pouvais partir facilement à l’étranger (c’était un argument supplémentaire pour choisir ce master). Je suis finalement partie 6 mois à Tarragone, en Espagne !

J’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables qui m’ont encadrée pour mon mémoire : c’est là que j’ai commencé à me spécialiser sur mon sujet de recherche. J’ai ensuite réussi à obtenir une allocation qui m’a permis de faire une thèse. Après 8 ans d’études, j’étais docteure en Préhistoire (Géologie du Quaternaire).

Décrocher le Saint-Graal

C’est après que ça a été un peu compliqué : j’ai passé 2 ans au chômage à faire de la recherche bénévolement pour faire progresser mon CV. J’ai ensuite eu des contrats à droite à gauche, notamment à l’INRAP (Institut National de Recherche en Archéologie Préventive) puis dans une petite boîte privée super sympa et dynamique : Géoarchéon…

Ça m’a permis de faire décoller mes projets de recherche post-doc et après 5 tentatives, j’ai réussi à décrocher le Graal : j’ai eu le concours chercheur·e du CNRS !

Cela fait maintenant 2 ans que je suis en poste (j’ai 33 ans, je suis dans la moyenne plutôt basse…). Le problème, c’est qu’il y a en effet peu de postes, que ce soit au CNRS ou à l’Université (poste de maître de conférence). J’ai pas mal d’ami·es docteur·es qui ont lâché l’affaire et se sont reconverti·es…

Il faut être motivé·e pour retenter chaque année des concours tout en étant dans une situation professionnelle précaire. Ça peut aussi être compliqué d’un point de vue perso, quand on est en couple notamment et qu’on ne sait pas où on va être l’année suivante.

Dans mon cas, mon compagnon est chercheur en biologie. Actuellement, lui n’a pas de poste pérenne et fait un post-doc à Bordeaux alors que je suis à Paris… Bref, ce n’est pas simple.

2.300 euros nets par mois

Il y a aussi le côté très administratif du métier auquel je ne m’attendais pas forcément. Et le manque de moyens qui fait qu’on est toujours en train de bricoler pour travailler pour pas trop cher.

En parlant d’argent, ce n’est clairement pas un boulot que l’on fait par appât du gain. On est super mal payé vu les années d’études et l’expérience que l’on a, sans parler des heures de boulot que l’on fait. Je ne compte pas vraiment mais je fais bien plus de 35 heures par semaine. À titre d’exemple, je suis à environ 2.300 euros nets par mois après 8 ans d’études et 5 ans d’expérience dont 2 au CNRS.

Dans le privé, je serais payée le double, mais je n’aurai pas la liberté de travailler sur ce qui me plaît et de faire de la recherche vraiment fondamentale.

En règle générale, le chercheur véhicule pas mal de mythes pas (toujours) fondés. On s’imagine que c’est un milieu sexiste où il n’y a pas ou peu de femmes, mais c’est faux ! Mon labo est tout à fait paritaire de la direction aux étudiants (limite, il y a plus de filles) et je n’ai jamais été remise en question par rapport à mon genre (ou alors par des cas isolés car il y a des sots partout…). Cela dépend surement des disciplines scientifiques mais chez moi, c’est vraiment cool !

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9 Avr 2019, à 16:29
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