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Ma fille vit chez son père… et elle va bien, merci !

Cette lectrice de Rockie a fait le choix de ne pas demander la garde de sa fille. Elle la voit un week-end sur deux, et la moitié des vacances scolaires. Et tout va très bien pour elles deux.

Temps de lecture : 5 minutes

Je suis maman d’une fille de 11 ans. Je suis séparée de son père depuis qu’elle a 2 ans et j’ai choisi de ne pas réclamer sa garde. Oui, ma fille vit depuis 9 ans chez son père en résidence principale. J’ai un droit de visite classique (1 weekend sur 2 et la moitié des vacances scolaires) et je voulais parler de cette expérience pas banale.

Pour commencer, je voudrais démonter quelques clichés qui sont peut-être déjà en train de vous passer par la tête :

  • Est-ce que ma fille souffre de cette situation ? Ben non, elle va très bien, merci !
  • Est-ce que ma situation est exceptionnelle ? Pas tant que ça. Selon le Ministère de la Justice, 12 % des enfants de parents séparés résident chez leur père (contre 71 % chez la mère et 17 % en garde alternée).
  • Est-ce que je n’ai pas eu la garde de ma fille parce que la justice m’a estimée « défaillante » (alcoolique, sans revenus, droguée, que sais-je) ? Non, c’est parce que je ne l’ai pas réclamée, en accord avec son père.
  • Et l’instinct maternel dans tout ça ? J’y reviendrai…

Renoncer à la garde de ma fille n’a pas été facile

Techniquement, le passage devant le juge a été rapide, puisque nous nous étions mis préalablement d’accord avec le père. Ma fille avait 2 ans à l’époque alors la juge a émis quelques réserves, mais a rapidement entériné notre décision, jugée en faveur de l’intérêt de l’enfant.

Je ne suis pas en train de dire que cette décision a été facile à prendre : renoncer à la garde de ma fille a été dur à accepter, mais l’intérêt supérieur de l’enfant a fait peser la balance en faveur du père.

En effet, il présentait des garanties matérielles pour assurer de meilleures conditions de vie à notre fille (gros salaire, possibilité de payer seul le loyer de l’appart parisien, pas de perte de repères pour notre petite, qui conserverait sa nounou et ses habitudes…) tandis que j’étais dans l’impossibilité de m’aligner financièrement pour ne serait-ce que conserver l’appart ou en trouver un plus petit dans le même quartier (salaire plus faible, mais quand même trop élevé pour obtenir des aides financières).

Je ne voulais pas que ma fille perde ses repères après la séparation

Même avec la pension alimentaire, la vie seule avec ma fille aurait été une énorme galère tant pour elle que pour moi.

Last but not least, une séparation n’est jamais un long fleuve tranquille, et le conflit avec le père m’avait quand même lessivée psychologiquement. J’ai donc aussi choisi la paix sociale et l’assurance de bonnes conditions de vie pour ma fille en renonçant à sa garde. J’ai déménagé dans un studio à l’autre bout de Paris, elle aurait été contrainte de totalement changer de vie et de repères, ce que j’ai souhaité lui éviter.

Nous avons commencé cette nouvelle vie de couple parental séparé par une garde élargie : j’allais la récupérer auprès de sa nounou tous les soirs et je m’en occupais jusqu’à 20h à mon ancien domicile.

L’année suivante, je me suis arrangée avec mon employeur pour obtenir mes mercredis matins et voir ma fille du mardi soir au mercredi midi pendant ses premières années de maternelle.

Voir ma fille un week-end sur deux et la moitié des vacances

Quand elle a eu 5 ans, je suis partie vivre à 2h de Paris et nous sommes passés au droit de visite au sens strict, soit un weekend sur deux et la moitié des vacances scolaires.

Je vis toujours loin de Paris aujourd’hui et le système du droit de visite fonctionne toujours parfaitement bien : c’est juste une question d’organisation en amont, de budget SNCF et de bonne entente avec le père, avec qui j’ai conservé des relations cordiales.

Ma fille est aujourd’hui au collège, elle est heureuse et épanouie, et ces années de transit d’une ville à l’autre l’ont rendue très curieuse et débrouillarde.

Elle mène sa vie tranquille de préado, avec son père, sa belle-mère et son petit demi-frère. Elle s’éclate avec ses copines, ses activités extra-scolaires, son smartphone et ses chaînes YouTube préférées. Quand elle est avec moi, on fait d’autres activités, on voyage, on regarde aussi des trucs sur YouTube !

Devenir freelance pour être disponible pour ma fille

J’ai choisi d’avoir une activité en freelance pour être disponible pour elle quand elle est avec moi du vendredi au dimanche et pendant ses vacances.

Mon temps avec elle est totalement qualitatif, il n’y a pas le stress des matins où il faut se dépêcher pour aller à l’école, ou l’angoisse le soir pour boucler les devoirs. Le mercredi après-midi on se connecte en facetime avec WhatsApp et on fait les devoirs ensemble.

Je ne dis pas qu’il n’y a jamais eu de dimanches soirs avec des larmes quand elle savait qu’il fallait se séparer de moi pendant deux semaines. Je ne dis pas non plus que cette situation a toujours été agréable pour elle, que je ne lui ai jamais manquée ou qu’elle ne n’est jamais demandé si je ne l’avais pas abandonnée pour vivre ma vie loin de chez elle. Bien évidemment. Mais je suis convaincue que la situation aurait été bien plus difficile si elle était restée seule avec moi.

Childfree la semaine, maman le week-end

Et moi dans tout ça ? Eh bien je suis childfree la semaine et maman hyper épanouie un weekend sur deux. Je comprends les femmes qui ne veulent pas d’enfant et je savoure une certaine liberté quand ma fille est avec son père, j’avoue sans honte.

Je peux me consacrer au développement de mon activité de rédactrice web freelance, avoir les horaires que je veux et une grande liberté d’organisation. Et quand elle est avec moi, je suis à 100% sa maman : j’éteins l’ordi et je me cale sur ses vacances scolaires pour organiser mes relations avec mes clients. C’est elle qui continue de passer en premier.

Je comprends aussi les mères qui s’éclatent totalement dans la maternité et qui n’envisagent pas de vivre loin de leurs enfants : il n’y a rien de plus précieux après tout…

Pourtant, j’ai tout entendu : on m’a dit que j’étais irresponsable, que je ne pensais qu’à ma gueule, que je me décourageais au premier obstacle, on m’a même dit que j’étais une ordure.

Je n’ai jamais rencontré de mères ayant fait le même choix

Et puis j’ai surtout entendu des silences gênés : on ne sait pas trop quoi répondre quand je présente ma situation. J’avoue que je n’ai encore jamais rencontré de femmes dans mon cas, c’est-à-dire des femmes qui ont choisi de laisser leur enfant au père, pas qui ont subi une pression ou une décision de justice en leur défaveur.

Je ne suis pas en train de m’ériger comme modèle parce que je vis très bien ma situation, que ma fille ne présente pas de problèmes psy ou autre, je suis juste en train de dire qu’il faut savoir se poser parfois et réfléchir à ce qu’on veut vraiment… et faire un choix. Le sacrifice n’est jamais la solution en tout cas.

Pour finir sur l’instinct maternel, est-ce que vous vous souvenez du Cercle de craie caucasien de Bertold Brecht ? Pour la faire brève (sans entrer dans les considérations politiques de la pièce), il est question de déterminer qui est la véritable mère d’un enfant en le plaçant au centre d’un cercle de craie et de laisser deux femmes le tirer chacune de son côté. La véritable mère est-elle celle qui arrachera l’enfant aux mains de l’autre ou celle qui le laissera partir pour ne pas lui faire mal en l’écartelant ?

Ce témoignage t’a interpellé·e ? Tu veux partager ton expérience sur le sujet ? Viens en parler dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

6 Août 2019, à 15:29
@o0kami Je ne suis pas une grande spécialiste du droit de la famille mais il faut comprendre que la fixation du système de garde de l'enfant se fonde sur deux principes : le cas par cas et l'intérêt supérieur de l'enfant.
En pratique, même si la décision est fixée au cas par cas, les parents se tournent vers les deux situations les plus courantes : la garde alternée (1 semaine par parent, ou semaine découpée en deux) ou la résidence chez un des parents avec droit de visite et d'hébergement de l'autre parent.
Et là, si les parents ne sont pas d'accord sur les modalités, le juge va regarde ce qu'on appelle l'intérêt supérieur de l'enfant. Or, l'un des critères qui est retenu dans ces cas-là, c'est la nécessité de stabilité d'un enfant (ne pas changer d'école, les jours d'école avoir la même routine,...).
A partir de là, le calcul se fait très simplement.
Ca veut dire que tous les jours de la semaine, l'enfant sera chez son parent-gardien. Il reste donc à caser week-end et vacances. Or, il faut bien répartir ce temps disponible de façon équitable, parce que ça ne serait pas "juste" pour le parent-gardien d'avoir uniquement le quotidien/école, tandis que l'autre parent aurait les moments plus calmes, plus propice à la détente et aux activités extérieures. C'est assez généraliste et schématique mais globalement c'est le calcul qui est fait.
Et puis, il faut bien prendre en compte qu'en matière de garde, rien n'est jamais immuable, tout peut être modifié avec le temps si les parents sont d'accord. Souvent, cette recherche de stabilité est souhaitée lorsque l'enfant est plus jeune (avant le collège, jusqu'à 12-13 ans) mais un équilibre avec une garde alternée peut ensuite être recherchée, voire la garde peut s'inverser.
Enfin, on parle réellement de garde dans le sens où le domicile de l'enfant est celui du parent-gardien. Mais cela n'empêche pas que l'autre parent puisse voir l'enfant dans la semaine : aller le chercher à l'école, l'emmener aux activités extra-scolaires, le garder à la maison du parent-gardien jusqu'à l'arrivée de celui-ci,...
 
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