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Je suis chauve depuis mes 20 ans et je le vis bien

Fab est chauve depuis la fin des années 90. Il raconte dans ce témoignage son parcours vers la calvitie et comment, malgré les injonctions à la chevelure viriiiiile et les insécurités que les gars lui renvoient, il l'a plutôt toujours très bien vécu.

Temps de lecture : 6 minutes

Raaah les cheveux, ce fantastique paradoxe : ils sont à la fois si fragiles et pourtant symboles de virilité. Le mythe de cette andouille de Samson, personnage biblique qui tirait sa force légendaire de la longueur de ses cheveux, est sans doute passé par là. Entre autres choses.

Être un mec chauve au XXème siècle (du moins avant 1998), je crois que c’était compliqué : les gars virils, c’était Lino Ventura, Jean Gabin, puis plus tard Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone. Des gars pas trop barbus — le brun barbu était moins en vogue à l’époque, mais à la tignasse bien accrochée.

Côté chauves, à l’époque, on était plutôt sur du Michel Blanc qui ne pouvait miser que sur les malentendus pour que ça puisse marcher.

Vers l’an 2000, les modèles de virilité ont commencé à se diversifier — et tant mieux parce que j’ai moi-même commencé à perdre mes cheveux à cette période.

D’abord est arrivé le sacro-saint Fabien Barthez, gardien de but de l’équipe de France de foot, qui au-delà de ses arrêts exceptionnels arborait fièrement son crâne luisant et en avait même fait une signature. Je crois d’ailleurs que c’était le seul mec chauve si connu à s’être rasé depuis Yul Brynner, acteur américain ayant sévi entre les années 1940 et 1970 — c’était en tout cas la réf à l’époque quand on évoquait la boule à zéro.

Puis sont arrivés d’autres mecs virils-mais-chauves de la fin des années 1990 au début des années 2000 : Bruce Willis, qui a perdu ses cheveux au fil des épisodes de la trilogie Die Hard, puis Jason Statham ou plus récemment Dwayne “The Rock” Johnson. Avec à chaque fois une constante : avoir le crâne complètement rasé.

Au fur et à mesure des années, le crâne rasé n’était donc plus un signe d’appartenance au mouvement skinhead – j’ai eu moi-même droit à quelques remarques par-ci par-là de la part de personnes à l’esprit obtus, mais une réelle volonté d’assumer la calvitie en passant par l’étape “boule à zed”.

Ceci dit, à une génération près, je crois que je suis né à la bonne époque : alors que mon père, lui-même chauve à 18 piges, a très très très mal vécu sa calvitie (sans jamais le dire explicitement — un bonhomme, ça montre pas ses fêlures il paraît), je pense n’avoir jamais été complexé par mes cheveux qui se sont faits la malle très tôt.

Être chauve depuis l’âge de 20 ans

Parce que oui, quand je dis que j’ai commencé à perdre mes cheveux “très tôt”, c’était vraiment : “très tôt”. Je me suis rendu compte pour la première fois que mes tifs décidaient de vivre leur vie durant l’été qui m’amenait à mes 18 ans.

La plage, la mer, les douches récurrentes, et je voyais littéralement mes cheveux partir dans le siphon pour la première fois. Ça m’a fait bizarre, parce qu’il faut dire que jusque-là, j’avais toujours eu une chevelure bien épaisse. La preuve avec ma photo officielle de permis, prise à 15 ans :

Oui bon, en 1995, c’était la mode des lunettes de tueur en série.

Est-ce que le karma m’a mis une bonne droite, à avoir chambré plus que de raison mon daron au moment de l’adolesence — peut-être d’ailleurs pour me rassurer moi-même ? C’est possible, ça m’aura en tout cas appris à devenir le centre de l’attention de tous les mecs insécurisés sur le sujet, mais on y reviendra.

Assez rapidement, j’ai commencé à voir mes golfes se creuser. J’ai d’abord décidé de me couper les cheveux très courts, en me disant “ça va les tonifier” (haha).

Puis, petit à petit, comme ces coupes courtes n’ont pas « tonifié » mes cheveux (sweet summer child), je suis passé un jour au rasage de tête, boule à zéro.

Si c’était la suite naturelle de mon évolution capillaire pour moi, ce fut le cap le plus dur à passer pour mon entourage : ma copine d’abord, qui m’a regardé de travers, me disant même qu’elle détestait me “caresser le crâne”, que ça lui faisait bizarre (entre nous, c’est l’amour vache depuis 25 ans). Ma daronne aussi, qui voyait ce rasage de tête comme un échec de sa part — ironiquement, j’ai d’ailleurs appris plus tard que le gène de la calvitie se transmettait par la mère…

Passés ces quelques moments plus désagréables pour elles que pour moi — « c’est ma nouvelle tête, va falloir vous y faire », j’ai très vite adopté le crâne rasé, alternativement très court (à base de tondeuse sans sabot), voire parfaitement blanc (coucou le rasoir électrique, plus safe pour se faire une coupe soi-même).

À mon sens, les caractéristiques de la masculinité ont suffisamment évolué des 20 dernières années pour pouvoir vivre aujourd’hui sa calvitie à peu près sereinement.

Je crois même qu’en vieillissant, je vis beaucoup mieux les rides et autres joies de l’âge avançant que mes potes. Pour une raison simple : avec ma tête de caillou, j’ai la sensation d’avoir eu une tête de vieux environ toute ma vie.

Gérer l’insécurité des autres mecs sur le sujet de la calvitie

“L’enfer, c’est les autres”, et dans le cas du jeune homme chauve, l’enfer, c’est les autres mecs. Vivant bien ma calvitie précoce, j’ai mis un bail avant de comprendre le traumatisme potentiel que c’était pour bon nombre de mes comparses.

Résultat : un nombre incalculable de mecs m’ont renvoyé au visage leur peur de devenir eux-mêmes chauves, avec une agressivité déplacée, ou des vannes ridicules sur mon crâne d’oeuf. Kyan Khojandi l’évoque d’ailleurs dans ce sketch en parlant des commentaires qu’il reçoit sur Insta. “Oeuf ! 🥚”

Ou ces mecs qui me regardent de façon trop insistante le haut du crâne. J’imagine que c’est moins flagrant que ces mecs qui regardent en bas, directement dans votre décolleté, mais au final, l’effet est le même : gars, je vois bien que t’es pas en train de me regarder DANS LES YEUX !

J’ai développé quelques techniques avec le temps, que je vous partage ici :

  • Si le mec a clairement été un trouduc, je regarde son crâne et je lui dis “oulala, mais t’es en train de te dégarnir, toi, fais gaffe, moi aussi j’ai commencé comme ça”. Ça a tendance à les calmer pour quelques heures.
  • Si le mec a été jusque-là sympa, j’ai appris avec le temps à désamorcer les situations, et à lui expliquer qu’on me fait ce coup-là depuis des années, qu’il a sans doute peur de perdre ses cheveux et plutôt qu’on fasse la bagarre de qui a les tifs les plus épais, on peut peut-être en discuter sereinement. Spoiler : ça amène souvent à des questions assez géniales.

Un toupet, dites-vous ?

Autant j’ai envisagé de suite l’opération de la myopie à l’instant où j’ai appris qu’elle existait, autant les implants capillaires n’ont jamais été une option pour moi. C’est peut-être dû au fait que je vivais mal ma myopie (la pénibilité du port de lunettes !) mais ma calvitie n’a jamais été un souci.

Avec le recul, c’est étrange que je n’ai même pas considéré la solution des implants. Mais quand j’y réfléchis plus longuement, je me souviens que j’ai suivi il y a 10-15 ans un mec qui racontait dans un blog sa galère avec ses opérations de repousse de cheveux, et ça m’a peut-être inconsciemment calmé sur le sujet.

Et j’irais même plus loin : je crois que mon crâne lisse fait désormais partie de mon identité. Ceci dit, je ne vais pas me mentir et te mentir par la même occasion : si demain, Voldemort apparaissait devant moi pour me proposer un vœu exaucé d’un coup de baguette, rapport qu’on se ressemble trop, je lui demanderais instantanément des cheveux.

Parce que oui, si je la vis très bien, je vois deux inconvénients majeurs à la calvitie : 1/ l’hiver, j’ai froid au crâne (et je perds trop mes bonnets) et 2/ je ne peux pas changer de tête comme une personne normale, en changeant – par exemple – de coupe.

Ici, par exemple, grâce à cette perruque, je ressemble à Samantha Oups.

Mymy a néanmoins découvert il y a quelques jours par l’intermédiaire de cet article ces magnifiques perruques autocollantes qui t’habillent le crâne en un clin d’œil.

Alors que le postiche a toujours été une source infinie de blagues visuelles dans la pop culture, je dois dire que je trouve le boulot de “Phil Does Hair” magnifique.

De la même façon que Queer Eye a déclenché chez moi une prise de conscience folle sur mon apparence, ces vidéos m’ont vraiment retourné le cerveau : je crois bien que pour la première fois, je pourrais me laisser tenter par une perruque de la sorte.

Je la porterais non pas pour masquer une calvitie honteuse, mais plutôt comme un accessoire de mode qui me permet de transformer mon apparence, et de jouer avec.

Viens, on monte un club de chauves (ou de mecs qui ont peur de le devenir)

Aussi, j’aimerais lancer un grand appel aux mecs chauves qui vont lire ces lignes : venez, on crée un groupe de gars chauves sur le forum Rockie, sur ce topic. On pourrait y discuter de nos peurs éventuelles liées à cette calvitie, se filer des conseils, partager nos expériences…

Dernière chose : si tu ne vis pas ta calvitie aussi sereinement que moi, la rédaction de Rockie serait ravie de lire ton témoignage ! Tu peux nous écrire depuis cette page, ça serait top.

Et toi, c’est quoi ton rapport à la calvitie ? Viens on en cause dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

11 Nov 2019, à 12:53
@Hinhinhin c'est tout à fait normal de perdre des cheveux au quotidien. Perso quand je passe dans la salle de bain j'en fous partout, il y en a sur mon oreiller, mes vêtements, partout dans la maison, pourtant ma tignasse reste foisonnante. Pas de panique :fleur:
 
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