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J’ai décidé de faire une IVG à 29 ans, alors que j’ai un couple et un boulot stable

Cette lectrice de Rockie a décidé d'avorter à 29 ans, alors qu'elle était dans une situation "presque parfaite" pour accueillir un enfant, à un "détail" près : elle n'en voulait pas à ce moment-là. Voici son témoignage à propos de son IVG.

Temps de lecture : 6 minutes

En septembre 2018, j’avais 29 ans, j’étais mariée depuis un an, j’avais un job stable qui me plaisait sans être trop prenant, et on avait même commencé à parler bébé avec mon mari. Pourtant, quand je suis tombée enceinte sans l’avoir planifié, j’ai décidé d’avorter.

Je témoigne aujourd’hui car souvent quand je lis des témoignages sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), même dans des médias féministes totalement pro-choix, je lis toujours plein de justifications : j’étais jeune/pas en couple stable/sans boulot stable…

Et même si ces justifications se finissent par « et puis chaque femme fait ce qu’elle veut », j’ai toujours trouvé que ça sonnait faux après avoir donné toute une liste de raisons « valables ».

Une situation presque parfaite pour accueillir un enfant

À 29 ans, j’étais dans une situation (presque) parfaite pour accueillir un enfant : un compagnon aimant et qui voulait être père, des discussions à ce sujet, une situation matérielle confortable… Et pourtant, j’ai mis fin à cette grossesse.

Je dis presque parfaite car avec mon compagnon nous rencontrions des difficultés dans notre relation depuis quelques mois et deux mois plus tard, il partait travailler à l’autre bout de la France tandis que je restais bosser à Paris. Et pourtant, ces deux éléments ont très peu pesé dans la balance quand j’ai décidé de recourir à une IVG.

J’ai interrompu ma grossesse car je ne voulais pas avoir d’enfant à ce moment-là, peu importe le contexte. Je voudrais sûrement un enfant plus tard et si on m’avait posé la question deux mois avant mon test de grossesse positif, je pense que j’aurais répondu que si je tombais enceinte, j’étais prête. Mais en fait, non.

Au printemps 2018, je suis passée d’un cycle réglé comme une horloge suisse à un cycle très anarchique.

Arrivée à la fin de mois d’août, après un été éprouvant professionnellement et personnellement, je constate que je n’ai toujours pas de règles alors que les dernières datent de début juillet. Je mets alors ça sur le compte de la nouvelle irrégularité de mon cycle et de mon stress quasi-chronique à cette période.

Je commence quand même à m’inquiéter, car premièrement c’est dans ma nature et deuxièmement, nous avons eu un rapport mal protégé deux semaines avant. Je fais un test qui s’avère négatif. Je ressens un immense soulagement sur le moment, mais quelque chose cloche encore… Une semaine passe, et rien, toujours pas de règles. Je refais donc un test… qui est positif (le bâtard).

Faire un test de grossesse positif et ressentir une grande détresse

J’étais assise sur mes toilettes, le test posé par terre et je vois la deuxième barre apparaître. Mes premiers mots ? « Oh putain ».

Je pense que j’ai passé 15 minutes à tourner dans mon appartement en le répétant sans cesse, parfois très vite, parfois lentement, parfois en murmurant, parfois en le criant. J’étais comme un lion en cage. Je fais un deuxième test, au cas où. Positif encore une fois (le gros bâtard).

Je pleure, je crie, je frappe mon oreiller, je stresse, je prends mon téléphone et je tape « IVG Paris ». Je range mon téléphone un peu paniquée de cette recherche et je me prépare à aller au travail. Sur la route, je passe au labo faire un test sanguin. Scientifique dans l’âme, fille de médecin, je mets mon stress en stand-by le temps d’avoir des résultés certifiés.

Dans la journée, j’alterne entre des moments de grande détresse et des moment où j’oublie totalement que je suis enceinte. Je n’ai pas encore consciemment pris de décision, mais je me dis que c’est bizarre de pouvoir oublier ça.

À un moment, j’ai mal au ventre, comme une douleur de règles. Je cours aux toilettes soulagée : soit c’était une fausse alerte, soit « ça ne va pas tenir ». Mais non rien, je ne saigne pas, c’est juste une douleur. Je ressors des toilettes très déçue et je m’en veux terriblement de penser ça, j’ai l’impression d’être un monstre sans cœur.

Ce petit scénario se répète trois ou quatre fois dans la journée. Jusqu’à ce que j’en sois certaine : ce n’est pas comme ça que je veux que ça se passe. Moi, je veux tomber enceinte et sauter de joie dans les bras de mon compagnon, incontrôlable, prise entre l’excitation et la peur.

Je veux appeler ma mère ensuite pour le lui dire et pleurer avec elle au téléphone. Je veux pas faire le tour de mon appartement en hurlant puis oublier plusieurs fois dans la journée cette situation.

Sur le papier, rien ne s’oppose à cette grossesse, mais je n’en veux pas

Je devrais être contente, je devrais le vouloir cet enfant, rien ne s’y oppose sur le papier. Sur le papier tout va bien, mais une grossesse et un enfant, ce n’est pas sur le papier, c’est dans la vraie vie. Et au fond de moi, c’est horrible. Je n’en veux pas.

Quand j’ai eu la confirmation du test sanguin le lendemain, je suis allée voir mon compagnon, que j’avais évité pendant les deux jours, pour lui annoncer.

Ça a été très difficile. Sa première réaction a été un grand sourire et des larmes aux yeux. Et puis il a vu mon visage et il s’est assombri. On a eu une des conversations les plus compliquées de notre vie. Pendant trois à quatre heures, on a parlé de tout ce qui n’allait pas ou plus entre nous depuis plusieurs mois, sans même aborder la question de cette grossesse.

À la fin, je lui ai dit : « c’est mauvais signe quand même de passer quatre heures à parler de tous nos problèmes quand on apprend une nouvelle pareille. Je ne veux pas le garder ».

Je n’étais tout simplement pas prête. Ce n’était pas pour moi, pas maintenant. Je me voyais arrachée à ma vie, privée de mes choix, privée de tout contrôle sur ma vie pour au moins les vingt prochaines années.

Ce mardi matin à 7h25 quand j’ai vu les deux barres s’afficher sur un bâton imbibé d’urine, j’ai senti qu’on m’enlevait quelque chose. On me privait de ma liberté. Et c’était insoutenable.

Faire une IVG à 29 ans : une expérience difficile remplie de culpabilité

J’ai réalisé quelques mois plus tard que quand mon mari et moi parlions d’avoir des enfants dans un futur relativement proche, j’étais persuadée que ça ne pourrait pas arriver tout de suite. Un gynécologue m’avait prédit vers 17 ans des difficultés pour concevoir et je pensais qu’on n’y arriverait pas tout de suite, voire pas du tout naturellement.

Je lui avais dit quelques mois avant de tomber enceinte que je pensais être prête. Mais je crois que j’étais prête à ce qu’on essaye mais pas à ce que ça fonctionne. C’est très bizarre je sais, mais ça me semblait juste invraisemblable de pouvoir tomber enceinte.

D’ailleurs, dès qu’on parlait de grossesse, je devenais très silencieuse et je lui disais que de toute façon ce serait sûrement compliqué et que j’avais peur car je ne pensais qu’aux conséquences d’une grossesse sur mon corps et aux risques associés. Finalement, avec le recul, je ne pensais pas tellement à un enfant.

Avorter a été une expérience difficile : très douloureuse physiquement, emplie de culpabilité et de jugements envers moi-même, malgré le soutien sans faille de mon mari et l’encadrement de professionnels de santé respectueux.

J’ai une tendance naturelle à énormément juger mes choix et à beaucoup beaucoup culpabiliser. En plus, chaque témoignage que je lisais commençait toujours par une liste de raisons logiques et pragmatiques de recourir à une IVG. Et j’y voyais une forme de jugement.

Ces listes de raisons me hurlaient : « toi tu n’avais pas de raisons objectives de le faire, c’était un caprice, tu aurais dû vouloir le garder ». Mais pourtant, j’en avais une de raison objective : je n’étais pas prête et tout mon corps et toute mon âme me criaient qu’il fallait que je mette fin à cette grossesse.

Je ne regrette pas mon choix d’avorter, mais il m’a fallu du temps pour surmonter ça

Alors, même si ça a été difficile, je ne regrette pas ce choix, mais je regrette juste d’avoir dû en passer par là.

Il m’a fallu du temps pour m’en remettre, pour dépasser ce jugement intérieur, et pour refaire confiance à mon corps, avec qui j’ai eu une relation assez conflictuelle les mois suivants. Mes cycles avaient beaucoup changé, mes règles ont été difficiles à vivre pendant plusieurs mois.

Mon syndrome prémenstruel qui se traduisait par une simple envie de gras et de sucre pendant quatre jours était devenu une semaine de déprime alliée à des douleurs. Mais aujourd’hui tout va beaucoup mieux de ce point de vue là, tant sur le plan physique que moral.

La date prévue du terme (en plein milieu de mon SPM) a aussi été une épreuve et nous a assez chamboulés, mon mari et moi.

Pourtant, je sais que j’ai fait le bon choix. Ce mardi de septembre j’avais l’impression de perdre la maîtrise de toute ma vie, d’être l’esclave d’une réalité biologique qui me rattrapait. Quelques jours plus tard, je prenais ma vie en main.

Par ce témoignage, je veux dire à toutes les personnes qui sont tombées enceintes et qui n’en voulaient pas qu’il n’y a pas de raison qui tienne plus que d’autres : que même si plein de voyants sont au vert, si vous ne voulez pas de cette grossesse, alors vous êtes légitime à recourir à une IVG. Vos sensations, vos peurs, vos certitudes sont légitimes. Votre corps, votre choix. Un point c’est tout.

Ce témoignage t’a interpellé·e ? Tu as une expérience à raconter autour de l’IVG ? Viens en parler dans les commentaires.

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Le dernier commentaire

9 Déc 2019, à 19:33
@EmmanuelleMerteuil toujours aussi bienveillant et intelligent les gens... qu’est ce que ça peut me faire à moi qui n’ai pas réussi à avoir d’enfant qu’on mette la pression à une femme pour qu’elle en ait un??? Ça m’apportera pas d’enfant... c’est complètement con (je suppose que ces gens disent à leur enfants de finir leur assiette parce qu’il y a des enfants qui n’ont pas à manger)
@Allitché de la solidarité c’est sur, une certaine forme de reconnaissance de la souffrance de l’autre aussi mais de l’empathie c’est plus compliqué je trouve.
Je ne juge absolument pas une femme qui avorte ( même 20 fois, même alors qu’elle est dans une situation où « sur le papier, pourquoi pas » ou que sais-je) mais la chose dont je suis sure c’est que je ne « sais » pas ce qu’elle ressent au même titre que malgré toute la bonne volonté du monde une mère ou une CF ne peut pas savoir ce que je ressens.
C’est quelque chose que j’ai mis du temps à comprendre et que mes copines ont dû mal à entendre : non tu ne sais pas ce que je ressens. C’est pas grave, ta compassion est suffisante, ton amitié aussi. Je ne sais pas ce que tu vis avec tes enfants, tu ne sais pas ce que je vis sans « les miens », c’est la vie et tant qu’on oublie les jugements, ce n’est pas grave
 
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