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Merci à mes parents pour leur éducation, qui a fait de moi une femme indépendante

Plus elle se rapproche de la trentaine, plus Océane réfléchit à sa place de femme dans le monde et à son potentiel désir d'enfant. Dans ses réflexions, elle a pris conscience de la valeur de l'éducation qu'elle a reçue de ses parents, et tient à leur dire merci.

Temps de lecture : 6 minutes

Grandir et m’approcher tranquillement de la trentaine, pour moi, c’est synonyme de beaucoup de questionnements.

Certains que je me pose chaque jour depuis 15 ans, et d’autres, tout neufs, qui me mettent face à mes contradictions et à moi-même :

– Est-ce que j’arriverai un jour à être indépendante financièrement avec mes ambitions professionnelles ?

– Quelle est ma place dans ce monde et au cœur de cette société ?

– Quelle femme je suis, et quelle femme j’ai envie d’être ?

– Quel rôle d’adulte et d’aînée ai-je envie d’avoir ?

– Quelle mère j’aimerais être si un jour je décide d’avoir un enfant ?

Mes réflexions autour de la parentalité

Toute ma vie, j’ai toujours eu l’impression que j’étais faite pour être maman.

Je me souviens du jour où je me suis dit pour la première fois que je me verrais bien mère au foyer, sans savoir exactement quel âge j’avais, autour de 12 ou 13 ans certainement.

Même si ma famille n’a jamais projeté sur moi des injonctions à la maternité, la société l’a fait, et pour moi c’était une évidence : un jour, je sentirai un bébé grandir dans mon ventre, et je deviendrai mère à mon tour.

L’idée ne m’effrayait pas, être enceinte m’attirait, mais plus j’ai grandi plus j’ai questionné cette évidence, en rencontrant le féminisme, en rencontrant l’écologie, en me rencontrant moi en tant qu’adulte, femme, et en rencontrant mon corps.

Aujourd’hui, à tout juste 26 ans, alors que je suis comme pour la première fois de ma vie dans un couple dans lequel j’arrive à me projeter sans crainte, les questions s’intensifient et trouvent de moins en moins de réponses :

– Est-ce que je veux vraiment être maman ?

– Est-ce que j’ai envie d’infliger ça à mon corps ?

– Est-ce que j’ai envie d’endosser cette responsabilité ?

– Est-ce que j’ai envie de soumettre mon couple à cette intense épreuve et de le propulser dans une dimension de laquelle il ne reviendra jamais ?

– Est-ce qu’être maman et accomplir tous mes projets pro (loin d’être synonymes de sécurité) est compatible ?

Alors mon cerveau malaxe tout ça gentiment, petit à petit. Je réfléchis seule, parfois à deux avec mon mec, et même si la question d’avoir un enfant n’est clairement pas d’actualité, ma tête mastique en arrière-plan de ma vie de jeune femme de 26 ans.

Aujourd’hui, il est bien trop tôt pour avoir des réponses, je ne m’en demande même pas et je sais que certaines de ces questions n’en trouveront jamais.

J’estime que quand il sera temps, que tout ça aura éclos et que je serai suffisamment mature, je le saurai, je le sentirai.

Mais s’il y a bien quelque chose qui ressort de tout ça, une révélation claire comme de l’eau de roche, c’est à quel point je suis reconnaissante de l’éducation que m’ont donné mes parents, à laquelle je pense de plus en plus ces derniers mois.

Aujourd’hui je me rends compte à quel point je les admire pour l’attitude qu’ils ont adopté face à la tempête que j’ai été dans mes plus jeunes années.

La séparation de mes parents

Mes parents sont séparés depuis une vingtaine d’année, autant dire que je ne me souviens pas de les avoir vu ensemble un jour. Je me souviens de leur séparation et je l’ai très bien vécue, même si je sais que ce n’est pas forcément le cas de ma sœur aînée.

J’ai toujours vu cette séparation comme la meilleure des solutions, et déjà dans cette épreuve, je trouve que mes parents se sont conduis admirablement.

Tout de suite, une garde alternée (2 semaines chez l’un, 2 semaines chez l’autre) s’est instaurée, puisque mon père a déménagé dans une ville à 5 minutes de chez ma mère.

Malgré les disputes, les problèmes d’argent et probablement la volonté pour l’un comme pour l’autre de ne plus se côtoyer, ils ont maintenu une vie de famille équilibrée.

Il y avait du dialogue, encore beaucoup de moments à 4 pour les anniversaires, les évènements importants, ou juste un dimanche soir autour d’un fast-food pendant un changement de maison.

Cela me paraissait normal quand j’étais enfant puisque c’était ma réalité, mais quand j’ai vu que petit à petit ils s’éloignaient et se voyaient de moins en moins quand ma sœur et moi grandissions, j’ai réalisé que j’avais eu de la chance qu’ils aient ainsi géré leur divorce.

Mes parents dans ma vie turbulente d’enfant et d’adolescente

Dès mon enfance et jusqu’à ma vingtaine, j’ai toujours été turbulente. J’étais une petite fille remplie de peur et d’émotions bouillonnantes dont je ne savais que faire et dont je n’avais même pas toujours conscience.

Plutôt que de se manifester en fuite ou en discrétion, tout cela se manifestait en explosion, en colère, en affirmation parfois violente et disproportionnée de mes besoins.

J’étais colérique, tapais dans les murs, criais. Pendant très longtemps cela a été très dur à gérer, et mes relations, notamment avec ma mère, se sont beaucoup détériorées et compliquées.

En dehors d’une multitude de paramètres qui ont fait que ma relation mère/fille était loin d’être paisible et idéale, je souffrais quotidiennement de ne pas trouver ma place dans le monde, de me sentir en marge, de ne pas savoir comment me rendre utile à l’échelle de la société.

Je souffrais beaucoup de mon anxiété, j’avais la sensation de porter le poids de la Terre sur mes épaules, je voyais le monde comme un immense trou noir dans lequel j’avais pourtant envie de me jeter, mais pour quoi faire ? Comment ?

Quand je réfléchis aujourd’hui à cette période de ma vie et que je pense au rôle que mes parents ont joué, je me souviens qu’ils ont fait des erreurs, mais je me rends surtout compte de toutes les armes qu’ils m’ont donné pour que j’éclose un jour.

J’ai toujours su que j’avais de la valeur, ils ont toujours chéri mon originalité, mes prises de positions, ma singularité. Ils m’ont fait comprendre, encore et encore, que j’étais capable, et même si ça a pris du temps et qu’il a fallu travailler, ça a fini par rentrer.

J’ai très vite compris, grâce à leurs mots et leurs conseils, que tout ce qui me faisait tant souffrir pendant des années allait être ma plus grande force quand j’aurais trouvé comment l’utiliser.

Et j’allais trouver, ils en ont toujours été persuadé, malgré mes mauvaises notes, mon insolence en classe, mes difficultés.

Là-dessus ils ont été strictes (sûrement un peu moins qu’avec ma grande sœur, je le concède), pas complaisants, m’ont punie quand je dépassais les bornes, ont fixé des bases et un bagage solide pour, une fois qu’ils étaient persuadé qu’il était bien accroché, me laisser m’envoler.

Me laisser m’envoler tout en s’assurant que j’étais consciente qu’à n’importe quel instant il m’était possible de rentrer pour me recharger, et que jamais je ne serai jugée.

Comment mes parents ont géré mes expériences de jeune adulte

Quand je pense à l’éducation que mes parents m’ont donné, ce qui me rend le plus admirative, c’est toute la confiance qu’ils ont placé en moi et l’importance capitale qu’ils ont donné à mes expériences.

Et croyez-moi, des expériences dangereuses et effrayantes, j’en ai fait un paquet.

En étant toujours dans le dialogue, sans jamais franchir les barrières de mon intimité avant que je les laisse moi-même y rentrer, ils ont permis une chose : que je me sente toujours à l’aise de leur parler de ma vie, sans rien leur cacher.

Quand j’expérimentais (après ma majorité) la fête, la drogue illégale avec parfois beaucoup d’excès et que mes amis étaient dans le mensonge permanent vis-à-vis de leur famille, j’avais des conversations ouvertes avec mes parents sur le sujet.

Quand je passais la nuit dans des champs, que je partais plusieurs jours chez des inconnus, ils savaient toujours où j’étais, à peu près ce que je faisais, et ça leur a permis de toujours garder une main sur ma sécurité.

Quand j’ai fugué en pleine nuit, suis sortie avec un garçon de beaucoup mon aîné, ils me surveillaient, étaient présents, mais m’ont toujours laissée gérer.

Ils n’étaient pas les parents copains, les parents laxistes, ni les parents hyper autoritaires et dictateurs, ils ont trouvé un juste milieu parfait que je n’avais jusqu’à présent pas mesuré.

Des secrets, j’en avais, et ils étaient parfaitement conscients qu’ils existaient, mais dans cette dynamique de confiance, ils ont réussi à m’insuffler la certitude que j’étais capable de réagir en cas de danger, de prendre soin de moi, de m’entourer d’amis de confiance qui sauraient eux aussi prendre soin de moi.

Et surtout, surtout, qui si une situation venait à déraper, je n’hésiterais pas à les appeler.

Je dis merci à mes parents pour la femme que je suis

Alors aujourd’hui, dans les méandres de mes réflexions sur ma place de femme, d’adulte, et ma potentielle place de mère, j’ai très peu de certitude. Mais si j’en ai bien une, c’est la place de modèles qu’ont mes parents pour moi dans ma vision de l’éducation idéale.

Des erreurs, des manquements, des souffrances, il y en a eu, personne n’est parfait. Et pourtant, malgré leur situation financière toujours compliquée, malgré leur acharnement au travail, leurs horaires impossibles, leur gros bagage émotionnel, ils ont été exemplaires.

Je mesure aujourd’hui toute la crainte et les inquiétudes qu’ils ont dû ressentir à mon sujet, sans jamais (ou presque) flancher. Ils ne m’ont pas bridée, ne m’ont pas jugée, ne m’ont pas séquestrée pour me protéger.

Ils m’ont laissée faire mes erreurs tout en garantissant ma sécurité, m’ont aidée à devenir la femme forte que je crois apercevoir aujourd’hui.

Ils m’ont aidée à être une femme indépendante, droite dans mes baskets, enrichie de 1000 expériences qui ont affuté mon œil sur la société.

Une femme empouvoirée qui sait qu’elle est dans la capacité de se débrouiller seule, et d’atteindre tous les objectifs qu’elle s’est fixée.

Alors quand parfois je me projette en mère et me rends compte que je panique à l’idée qu’un jour un enfant dont j’ai accouché sorte seul pour affronter ce monde de fous, je repense à l’enfant que j’ai été et aux parents que j’ai eus, et je me sens rassurée.

Je ne sais pas si je serai mère un jour, et si je le suis, quel genre de mère je serai, mais je sais quels parents j’ai eu, je leur dis merci, et j’espère que je serai une adulte au moins aussi géniale qu’eux.

À lire aussi : Comment savoir si on veut vraiment un enfant ?

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