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La sexsomnie (somnambulisme sexuel), mon trouble méconnu

Ce lecteur de Rockie a découvert qu'il était atteint de sexsomnie, une pathologie rare qui ressemble à une sorte de somnambulisme sexuel. Voici son histoire.

Temps de lecture : 5 minutes
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Je souffre d’un trouble du sommeil assez méconnu et avec une mauvaise image : la sexsomnie.

Pour faire simple, c’est une sorte de somnambulisme sexuel pendant lequel la personne va avoir une brusque montée de désir et qui va se traduire par des actes dont elle ne se souviendra pas le lendemain.

Ça peut aller du simple gémissement à la tentative d’avoir un rapport sexuel, en passant par la masturbation.

C’est un sujet qui a fait polémique dans certaines affaires d’agression sexuelle où l’accusé affirmait être sexomniaque.

Car comment prouver que la personne n’était pas consciente de ses actes ? Et comment dire à une victime que son agresseur n’était pas conscient de ses actes alors qu’elle a tout de même subi une agression…

Du somnambulisme… à la découverte de la sexsomnie

Pour certaines personnes, il ne s’agit que d’une affabulation pour se dédouaner de ses actes, sûrement parce qu’ils ou elles ne savent pas vraiment à quoi correspond ce trouble.

C’est aussi pour ça que je souhaitais raconter comment j’ai découvert ma sexsomnie.

J’ai appris que j’étais sexsomniaque il y a plusieurs années grâce à ma femme. Avant ça, je n’avais pas conscience d’en être atteint, mais avec le recul je me dis que les quelques réveils que j’ai eu avec les draps tachés n’étaient peut-être pas dus uniquement à des rêves érotiques.

Donc au début de notre relation, il arrivait que ma femme se plaigne que j’aie les mains baladeuses la nuit. Mais nous mettions ça sur le compte de rêves érotiques, sans plus y faire attention.

Je savais déjà que j’étais sujet au somnambulisme (entre autres, elle m’a déjà vu la nuit, assis dans le lit, les yeux dans le vide, à caresser notre chat tranquillement installé sur mes genoux).

Et puis il y a ce jour où j’ai remarqué qu’elle avait l’air de m’en vouloir sans que je sache pourquoi. Quand je lui ai demandé ce qui n’allait pas, elle a cru que je me moquais d’elle : j’avais passé la nuit à la tripoter.

Elle me virait à chaque fois en m’engueulant et se tournait sur le côté pour être tranquille. Mais à chaque fois qu’elle se remettait sur le dos je repassais à l’attaque.

Elle avait vraiment eu l’impression que j’étais réveillé et que j’attendais qu’elle soit sur le dos pour recommencer.

Sauf que je n’en avais absolument aucun souvenir.

Découvrir sa sexsomnie et ressentir un mélange de peur et de honte

Ça a commencé à m’inquiéter, je ne comprenais pas ce qui avait pu se passer. Mon premier réflexe a été de chercher sur internet, et c’est là que je suis tombé sur des articles parlant de sexsomnie.

Et là, j’ai vraiment flippé : au milieu des rares articles abordant le sujet d’un point de vue médical, plusieurs articles parlaient d’agressions sexuelles par des personnes supposément atteintes de sexsomnie.

Sur le moment ma femme a été plutôt sceptique, mais en lisant ce que j’avais trouvé sur internet elle a eu un déclic, et m’a confirmé que c’était sûrement ça.

La sexsomnie, une pathologie reconnue par la médecine

Selon l’American Sleep Association, la sexsomnie est un type rare de parasomnie, c’est-à-dire un comportement inhabituel qui se produit pendant le sommeil.

 

Elle a été ajoutée en 2013 dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) qui fait référence pour les professionnels.

 

Elle touche plus fréquemment les hommes que les femmes.

Mon état d’esprit à ce moment était un mélange de peur et de honte. Petit à petit, le fait de prendre conscience de ce que c’était m’a aidé à aller mieux.

On a pu en parler sereinement avec ma femme. On s’est mis à interpréter certains événements passés différemment.

J’avais peur de lui faire du mal sans le vouloir, mais elle m’a rassuré, parce qu’au final j’ai la chance que ma sexsomnie soit assez légère.

En général, je commence à la peloter (en touchant sa poitrine ou en glissant ma main dans sa culotte) et ça la réveille.

Elle me repousse et je me retourne dans mon sommeil, parfois en grognant, parfois en parlant avec une voix très différente de la mienne, plus grave et rauque.

La plupart du temps, je ne me souviens de rien le matin, ou alors j’en ai un très vague souvenir (comme un rêve un peu flou).

Je me suis fixé des règles pour éviter tout risque avec ma sexsomnie

Du côté de ma femme, je crois que la seule chose qui la dérange dans mes crises, c’est que je la réveille et que du coup ça lui pourrit sa nuit, parce qu’elle a du mal à se rendormir.

Elle ne prend même plus la peine de me le dire systématiquement quand je fais une crise, j’ai l’impression que pour elle c’est au même niveau de nuisance que mes ronflements : ça la dérange surtout parce que ça la réveille.

Ma sexsomnie est aussi plutôt rare : on a même l’impression qu’elle est moins fréquente depuis qu’on le sait, comme si ça m’avait donné un certain contrôle.

Je me suis tout de même fixé des règles pour éviter tout risque : ne dormir avec personne d’autre que ma femme, pas même mon fils.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le manque de sexe n’est pas forcément un élément déclencheur des crises, et je peux avoir une crise alors que l’on vient de faire l’amour.

Par contre, j’ai l’impression que la fatigue et l’alcool peuvent augmenter le risque de crise.

L'avis d'une médecin Interrogée par LCI, la neurologue Isabelle Arnulf conseille aux personnes qui se pensent atteintes de sexsomnie de :

 

« Consulter en centre spécialisé, dans un service des pathologies du sommeil susceptible de traiter narcolepsie, hypersomnie et syndrome de Kleine-Levin, et qui proposera alors une thérapie comportementale, parfois un traitement par antidépresseur. »

La sexsomnie, une pathologie peu reconnue

Au début, j’avais honte d’en parler, et puis petit à petit j’ai commencé à le faire, le glissant dans les conversations lorsque ça s’y prêtait.

Ça m’a permis de me débarrasser de la honte, mais la plupart du temps ça n’a pas été pris au sérieux.

De manière globale, j’ai l’impression que ce n’est pas une pathologie reconnue, soit parce que les gens n’en ont jamais entendu parler, soit parce qu’ils s’imaginent que c’est une fausse excuse pour tripoter l’autre dans son sommeil (et donc là, soit tu passes pour un agresseur, soit ça amuse la galerie, selon les personnes en face).

C’est ma hantise de me dire qu’un jour je pourrais agresser quelqu’un involontairement dans mon sommeil.

J’ai la chance d’être avec une femme qui m’aime et avec qui je compte passer le reste de ma vie, parce que si je devais faire de nouvelles rencontres, je ne sais pas comment je ferais.

Faudrait-il en parler aux potentiel·les partenaires avant toute relation sexuelle ? Si on doit juste dormir dans le même lit ? Est-ce ça ne risque pas de le ou la faire fuir ? Heureusement pour moi, ce sont des questions que je n’ai pas à me poser.

Ce témoignage t’a interpellé·e ? Viens en discuter dans les commentaires.

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Le dernier commentaire

10 Jan 2021, à 00:05
Mon compagnon "souffre" aussi de ce trouble, somnenbule depuis l'enfance, on a découvert assez vite ce trouble quand on s'est retrouvé sous le même toit.
Ce qui peut être impressionnant dans les crises c'est déjà le non-souvenir le lendemain... qui en fonction de la nuit peut être très vexant mais aussi la force/conviction qu'il peut déployé en étant somnanbule qui peut être assez disproportionné par rapport à la journée.

Après c'est un trouble qui ne me dérange pas plus que ça :p. Et cela n'est jamais arrivé avec quelqu'un d'autre que moi normalement.
Bonsoir,
je me permets de vous écrire suite à la lecture d'un de vos témoignages sur ce sujet.
Je m'intéresse vivement à en apprendre sur le vécu personnel des personnes se pensant 'sexsomniaque' ou ayant des conduites similaires.
Seriez-vous partant pour que l'on puisse échanger? Je suis étudiante en psychologie (dernière année) et je réalise mon mémoire dessus.
Merci de me lire,
Cdt
 
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