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J’ai 30 ans et je suis toujours vierge

À 30 ans, cette lectrice de Rockie n'a jamais eu de relation sexuelle avec une autre personne. Une situation subie qui lui pèse de plus en plus.

Temps de lecture : 6 minutes

Je n’avais pas imaginé ma vie d’adulte comme ça. J’ai fêté mes 30 ans et je suis toujours vierge, mais ce n’est absolument pas une volonté de ma part. C’est la vie et une succession de barrières qui sont à l’origine de ma situation actuelle.

Il y a des barrières que j’ai construites moi-même, comme celle liée à mon physique. Je ne suis ni moche, ni belle, mais je suis grosse. Depuis toujours, j’ai en tête le modèle de ce que doit-être une personne « désirable ». Un modèle auquel je ne ressemble pas.

Une barrière dans ma tête qui m’empêche de me trouver désirable

Ma mère n’était pas très présente pendant mon adolescence et mes grandes sœurs avaient des problèmes pour assumer leur physique. J’ai donc puisé mes modèles auprès des copines, dans les films et la télévision. Les bourrelets, les problèmes de peau, la pilosité, les odeurs, sont des éléments qui ne sont jamais montrés ou qui sont tournés en dérision. J’ai beau être adulte, j’ai beau avoir des contre-exemples dans tous les sens, c’est une réelle barrière qui existe dans ma tête et qui m’empêche de me trouver désirable et de croire que quelqu’un pourrait me trouver désirable.

À différents âges, j’ai eu des « amies » qui étaient très portées sur l’apparence. Ces filles n’étaient pas foncièrement belles, mais elles captaient l’attention des mecs. Difficile d’avoir confiance en soi et en son pouvoir d’attraction quand les mecs ne sont attirés que par ses copines et qu’on semble transparente. D’autant plus qu’elles me confortaient dans l’idée que j’étais différente et qu’il n’y avait qu’une personne « spéciale » qui pourrait s’intéresser à moi.

Je suis la bonne copine. Je suis sympa, amicale, drôle… mais pas baisable apparemment. Je peux compter sur mes doigts le nombre d’hommes qui m’ont fait sentir que j’étais désirable. Peut-être qu’il y en avait plus et que je ne les ai pas vus ? Peut-être les ai-je fait fuir ?

À force de se cacher, on finit par devenir invisible

Quand on n’a pas confiance en soi, on se cache. Pour ne pas me ridiculiser, je me suis comportée comme une invisible et j’ai fini par le devenir. J’ai longtemps imaginé que je dégageais des ondes négatives qui empêchaient les mecs de m’approcher et d’ôter ma cape d’invisibilité.

Ce célibat prolongé et cette virginité résistante ont fini par créer une sorte de légende qui me colle à la peau. Comme je suis à première vue, timide, gentille et rêveuse, une majorité de gens ont fini par penser que je croyais aux contes de fées. Certaines personnes se permettent même d’écarter les mecs qui ne seraient pas dignes de moi. On m’a mise sous cloche, comme une œuvre rare qu’on ne doit pas abimer et qu’on doit mériter. Mais est-ce que quelqu’un s’est demandé si je n’avais pas juste envie de baiser ?

En plus de cette non-confiance en moi, j’ai traversé quelques épreuves qui me rendaient psychologiquement indisponible. Après un long travail avec une psy, j’ai repris ma vie en main. Déjà d’un naturel très indépendant, je tenais enfin les rênes de ma vie, bien décidée à m’épanouir dans tous les domaines. Je suis devenue plus disponible mais j’ai beaucoup d’années à rattraper. Après être devenue une rareté, je suis devenue bizarre.

La zone du désespoir

Dans l’inconscient collectif, la femme de 30 ans qui a encore sa virginité est soit la religieuse radicale qui se conserve pour le mariage, soit la marginale du village qui a déjà commencé à élever des chats. Ce n’est pas une personne sociable, active et présumée épanouie comme moi. Pour tout le monde, c’est absolument incroyable que je sois dans cette situation. Pour mes amis, c’est un fait. On en parle très librement. Ils ne le comprennent pas et aimeraient que ma situation change, mais ils me soutiennent.

Pour ma famille, je suis carrément passée dans la zone du désespoir. Il faut savoir que dans ma famille, on se met en couple très jeune et on fait des enfants très jeune. Même ma nièce de 20 ans est entrée dans le schéma traditionnel. Alors moi, célibataire et vierge à 30 ans c’est inconcevable ! Un jour, ma mère a explosé au milieu d’une conversation qui n’avait rien à voir en criant : « Quand même, avec tous les hommes qu’il y a à Paris, tu ne peux pas en trouver un ?! ».

Pour le reste du monde, j’ai du mal à assumer. Je n’ai pas envie de devenir une curiosité. Je n’ai pas envie de me justifier, ni de subir ces éternelles remarques : « Comment c’est possible de n’avoir jamais rencontré d’homme ? », « Tu ne veux pas t’inscrire sur Tinder ? », « Tu es peut-être trop exigeante », « Tu sais que les hommes préfèrent les grosses »,  « Moi, je te trouve super jolie, je ne vois pas ce qui cloche chez toi ». Ces remarques ne m’aident pas et le regard de pitié qui les accompagne non plus.

Être vierge à mon âge fait fuir les mecs

Ce qui est difficile à croire pour les autres, c’est que je semble libérée et sûre de moi. C’est vrai que je suis plutôt franche, ouverte d’esprit et libre… mais pas sur ce sujet ! Il y a peu, lors d’une soirée entre collègues, l’un d’eux m’a inclue joyeusement à une conversation qui parlait de sexe en disant : « Toi qui parle si librement de tout, on parle de nos histoires sexuelles. Allez raconte-nous ! ». C’était un véritable traquenard. J’étais gênée et les autres ne comprenaient pas pourquoi ma langue se liait tout à coup.

Mentir ? C’est flagrant et trop compliqué. Dire la vérité ? Mais pour raconter quoi ? Ma dernière et seule expérience de couple date de mes 19 ans, lorsque je suis sortie avec un mec que j’ai embrassé une seule fois et qui deux semaines plus tard, n’était pas sûr de vouloir me revoir, car il était amoureux d’une autre fille qui ne voulait pas de lui. Après plusieurs années de désert, j’ai embrassé un inconnu en boite, qui a finalement décliné ma proposition en me conseillant d’attendre le grand amour, tout en m’envoyant une dick pic. Non, vraiment, je n’ai rien à raconter !

À part, qu’être vierge à mon âge, ça fait fuir les mecs. J’ai connu plusieurs cas où les mecs avec qui je parlais ont pris leurs jambes à leur cou, comme si je leur demandais un service de vie ou de mort. Ils imaginent que j’ai d’énormes attentes et ils se mettent la pression, alors que moi, je veux juste que ça m’arrive. Je suis assez lucide : j’ai des copines et je lis des articles. Je sais que la première fois, ce n’est pas un truc de ouf.

Même si mes copines me racontent que la première fois avec une nouvelle personne reste une première fois, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’un mec s’imagine que je suis une femme avec environ 15 ans d’expérience. Ça me fait peur. J’ai peur d’être paralysée, d’être ridicule et de ne pas savoir quoi faire. C’est pour cela que je préfère être honnête. Et aussi, je l’avoue, pour que le mec fasse attention à moi. Finalement, je veux juste qu’il ait conscience que c’est la première fois que je monte à cheval et que je ne suis pas une championne de rodéo. Ce n’est pas trop demander, non ?

J’ai déjà une sexualité !

J’entends déjà les commentaires : « Oh la pauvre ! Elle n’a jamais pris son pied. Elle ne sait pas ce qu’elle rate. Lancez-lui une bouée ! ». Que les choses soient claires, ce n’est pas parce qu’on n’a pas de partenaire qu’on a une sexualité inactive. Je peux rassurer tout le monde : j’ai une sexualité solo épanouie. Je connais plutôt bien mon corps. Et je peux affirmer fièrement que j’ai sans doute connu plus de jouissance que certaines femmes. Évidemment, ce n’est pas la même chose qu’avec un partenaire, mais c’est une sexualité.

Pourtant, dans notre société, la masturbation est un tabou. J’ai eu honte de ma sexualité solo pendant une dizaine d’années. Maintenant que je l’assume, je ne peux pas en parler. Mes amies ne sont pas à l’aise avec le sujet. Dès que je tente d’en parler, même dans un cas général, sans me citer en exemple, les gens sont gênés. C’est secret et c’est sale. Même le mot « masturbation » est hideux. Je ne peux pas assumer ma sexualité parce qu’aux yeux du monde, elle ne compte pas. Je suis officiellement célibataire et vierge, le reste, on ne veut pas le savoir.

Comme la plupart des gens ne comprennent pas ma situation, ils me demandent régulièrement si je ne me suis pas trompée d’orientation sexuelle. Je pensais que la nature décidait. Mais, selon la croyance populaire, quand on est une femme, c’est la durée de célibat qui décide de son orientation sexuelle, comme si être lesbienne était un plan B pour hétéro désespérée ! J’ai même réussi à en douter moi-même. Puisqu’aucun homme ne semblait me désirer, j’étais peut-être destinée à une femme ? Il semblerait que non.

Mon horloge biologique me presse

Plus les années passent et plus ma situation est compliquée et insoluble. Mon horloge biologique me presse, car oui, en plus, j’ai un désir d’enfant. L’urgence est accentuée par un problème hormonal qui présage une difficulté à tomber enceinte et qui avance la date de péremption d’utilisation de mes ovaires.

Actuellement, mon cerveau lutte entre deux idées : comment trouver un mec en contrant quinze années de barrières psychologiques ? Et, comment établir un plan bébé alors que clairement, on n’en est pas là !

Une chose est certaine : je suis différente. Je n’ai d’autre choix que de l’assumer. Et surtout, je suis perdue, car il n’existe aucun exemple, aucun repaire, ni guide de survie pour quelqu’un comme moi. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré personne dans la même situation, mais puisque c’est assez tabou d’en parler, peut-être ne suis-je pas seule à vivre cette expérience ? J’espère néanmoins réussir à dépasser ces barrières, changer les mentalités et atteindre pourquoi pas, un peu plus de « normalité ». Un bien vaste programme !

Suite à la publication de cet article, une lectrice a créé un compte Instagram sur le sujet pour partager les expériences de personnes concernées. N’hésite pas à aller y faire un tour.

Tu te sens concerné·e par ce témoignage ? Viens en parler dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

12 Sept 2019, à 19:31
C'est très large, sous quel axe ? Conviction personnelle, complexes, asexualité ? Les gens qui en souffrent, ceux qui s'en foutent ?
 
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