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Je suis partie travailler en Guinée pour une ONG et cette vie me plaît

Alice est ingénieure agronome et travaille en Guinée, un pays qui l'a fait grandir et où elle se sent bien.

Temps de lecture : 4 minutes

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Après le bac, j’ai décidé de faire des études pour devenir ingénieure spécialisée dans l’agriculture des pays en développement. Pour rentrer dans l’école qui m’intéressait, il fallait passer un concours post-bac ainsi qu’un entretien de motivation.

Pendant la conversation, on m’a demandé si j’étais prête à vivre et à travailler à l’étranger.  J’ai dit « oui » alors même que je n’avais jamais posé un pied en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine.

J’avais déjà voyagé toute seule en Espagne et aux États-Unis (dans une communauté hippie au Nouveau-Mexique) mais je n’avais jamais passé plus de 3 semaines loin de mes parents et de mes sœurs.

J’ai eu la chance d’être admise dans cette école mais l’idée de devoir passer 6 mois dans un pays lointain pour effectuer mon stage de fin d’études me stressait et je me suis longtemps demandé si j’allais en être capable.

Un premier coup de foudre pour l’Afrique de l’Ouest

Dans mon cursus, on doit faire tous les ans un stage dans un pays en développement ou dans un DOM (ça reste de l’agriculture tropicale).

En première année, je suis partie 2 mois au Bénin et j’ai eu un véritable coup de cœur pour l’Afrique de l’Ouest. J’avais la sensation étrange d’être dans mon élément et je ne me suis pas sentie perdue une seule seconde.

En deuxième année, je suis partie 4 mois au Costa Rica et ça a été plus difficile pour moi, même si cette expérience m’a fait grandir. L’année d’après, je suis partie à la Réunion et j’ai vraiment adoré, surtout que j’ai pu réaliser un de mes rêves d’enfant : voir le Piton de la fournaise en éruption.

Enfin, le fameux stage de fin d’études est arrivé. Je voulais absolument partir au Maroc et j’ai réussi. Le stage était super intéressant, je me baladais dans tout le Maroc avec ma petite voiture pour rencontrer des producteurs, boire du thé et manger des tajines. J’avais des copains de promo un peu partout au Maroc et on se retrouvait les week-ends.

Je pourrais écrire des pages entière sur ces 6 mois de ma vie qui ont clairement été les plus fous. Aussi parce que juste avant de partir au Maroc, j’ai rencontré un garçon super chouette d’une promo en dessous, et on est tombés amoureux.

De la Thaïlande jusqu’à la Guinée

Une fois rentrée en France, j’ai fait comme mes amis de promo, j’ai fait la fête, les vendanges, pris des petits jobs en attendant d’en trouver un grand. Et puis, mon amoureux devant à son tour partir en stage de fin d’études, on s’est dit que le premier qui avait une opportunité (un travail pour moi ou un stage pour lui), l’autre le suivrait.

Mon copain a décroché un poste en Thaïlande, alors je l’ai suivi. J’ai cherché du travail pendant 4 mois mais je n’ai rien trouvé. Finalement, j’ai dégoté le job de mes rêves dans une association qui me plaisait beaucoup, mais en Guinée.

En aout 2017, je me suis donc installée en Afrique. La Guinée, mon amoureux y avait fait un stage pendant que j’étais au Maroc, alors je n’y allais pas totalement à l’aveuglette.

Et puis c’est l’Afrique de l’Ouest, et j’avais très envie de retourner dans un pays avec des gens qui t’attrapent le bras, qui te font des hugs, et où ça parle fort et ça se bouscule.

Premiers contacts avec Conakry, ses habitants et sa réalité

Quand j’ai débarqué en pleine saison des pluies à Conakry, j’ai pris une grosse claque de réalité dans la figure : les routes défoncées, les bidonvilles inondés, les mamas au bord des routes, trempées, qui cherchaient désespérément à allumer un feu pour faire chauffer de l’eau… J’étais à la fois sidérée et en colère contre l’humanité.

Au milieu de cette pluie tropicale, j’ai rencontré une bande de jeunes un peu comme moi, qui avaient envie de faire la fête mais qui essayaient aussi de faire bouger les choses.

Ces gens-là, ils ont rempli mes week-ends de blagues sur la Guinée (c’est un pays à anecdotes, il y a de quoi faire un spectacle sur les galères du quotidien), de Guiluxe (la bière locale) et de karaokés de chansons françaises.

Une jolie maison sans eau et sans électricité

Et puis je me suis installée dans un petit village à 2h de la capitale, et mon copain est venu me rejoindre. On a trouvé une super jolie maison au bout d’une piste, sans eau, sans électricité et, au départ, sans meubles.

Ça n’a pas été facile d’apprendre à gérer la charge mentale que représente une vie sans eau et sans électricité : remplir les bidons d’eau, faire la vaisselle avec des seaux et des coupelles, penser à charger les lampes de camping au bureau, penser à acheter des bougies, faire les courses tous les 2 jours car sans frigo les aliments ne se conservent pas très longtemps…

Ça a été un long travail d’apprentissage entre nous deux pour éviter l’épuisement et les frustrations, mais au bout d’un an et demi, je pense pouvoir dire qu’on a trouvé un bon équilibre.

Mon amoureux a trouvé un travail dans le même village que moi mais dans une autre ONG. On est quatre Français, on s’entend bien mais ça ne nous empêche pas d’aller retrouver nos autres copains à Conakry pour diversifier nos interactions sociales.

« Alors, c’est comment la Guinée ? »

On a une vie très différente de celle de nos copains en France et c’est parfois difficile de leurs expliquer que non, on ne peut pas se faire un petit smoothie de mangue, même si on en a plein.

C’est aussi compliqué de leur expliquer pourquoi on est bien ici, alors j’ai créé un compte Instagram pour raconter notre vie, les trucs nuls et les trucs géniaux, et pour tenter de répondre à la question « alors, c’est comment la Guinée ? » qu’on nous pose souvent.

Dans un an, on quittera ce beau pays pour aller vivre de nouvelles aventures ailleurs.

Quand j’avais 18 ans et que j’ai passé l’oral d’admission de mon école, j’étais très loin d’imaginer à quel point les voyages que j’allais faire allaient m’enrichir, m’ouvrir et me donner des histoires à raconter.

Bien sûr, il y a des jours où j’aimerais bien être chez mes parents pour le déjeuner du dimanche, ou à la fête de l’huma avec tous mes copains, mais généralement, ces jours-là, je passe devant le terrain de foot, le marché ou la mosquée au moment de la célèbre « golden hour » qui n’existe qu’en Afrique, et je veux être ici, rien qu’ici, pour une raison qui me dépasse.

Et toi, es-tu tombée amoureuse d’un pays qui, sur le papier, ne fait pas rêver tes proches ?

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Le dernier commentaire

17 Sept 2019, à 09:49
oui @Ringolevio, tu n'as pas tort sur la position intermédiaire mais je disais ça seulement pour ceux qui ne comprennent pas la décision de cette femme de rester dans ce pays pauvre après avoir passé quelques temps là-bas ;)
 
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